L'abbaye de Saint-Ferme est une abbaye catholique de l'ordre de Saint-Benoît, située dans la commune de Saint-Ferme, dans le département de la Gironde, en France, consulté le 17 septembre 2011..

Localisation

L'abbaye est située sur une place du centre du bourg, le long de la route départementale D 16 et jouxte l'église de Saint-Ferme. La mairie de la commune est installée dans la partie sud-ouest du bâtiment, face à la place.

L'abbaye est une étape du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle, sur le chemin dit via Lemovicensis, entre Pellegrue et Monségur.

Historique de l'abbaye

Les archives de Saint-Ferme sont perdues, et on sait peu de chose sur l'histoire de l'édifice.

Pendant le haut Moyen Âge, vers le , une petite communauté de bénédictins du tout nouvel ordre créé par saint Benoit, construit un monastère fortifié et y vit du . Les moines refusent de reconnaître l’autorité du comte ou de l’évêque. Convaincus de nicolaïsme et de simonie lors des réformes grégoriennes, ils sont « occis par l’épée du vicomte de Gensac » en 1080 et remplacés par des moines plus obéissants, disciples de saint Maur, sous la tutelle de l’évêque de Bazas et de l'abbaye Saint-Florent de Saumur. Ils élèvent l’abbaye actuelle aux , afin d’accueillir et de soigner les pèlerins se rendant à Compostelle.

L'abbaye possédait 7 prieurés, 8 moulins, 5 chais, ainsi que des terres, des vignes et des forêts réparties sur 6 paroisses.

Les bâtiments abbatiaux du , sans cesse modifiés jusqu'au , s'ordonnent autour d'une cour pavée. À l'est se trouvaient la sacristie, la salle capitulaire et le logis de l'abbé, au sud le dortoir. Le corps du bâtiment occidental abritait le siège de l'administration et de la juridiction.

Pendant la guerre de Cent Ans, au , les bâtiments sont fortifiés, et des douves sont creusées au plus près des édifices. La galerie couverte du cloître, à colonnettes doubles, est supprimée, et les fenêtres sont murées ou transformées en meurtrières. Aux , pendant les guerres de Religion, les bâtiments claustraux sont modifiés visant à créer des éléments défensifs. L’entrée est fortifiée par deux puissants contreforts, qui soutiennent un assommoir défendant la porte d’accès. Par ailleurs, la grande rosace, dont la moulure est encore en partie visible, est murée. Le chevet est également modifié à cette époque, et le sera à nouveau au .

Après 1453, les abbés de Saint-Ferme font rénover leur abbaye, et introduisent des éléments de confort, notamment des baies à croisée ou une cheminée monumentale, aux lignes épurées, construite au sur le mur porteur divisant les salles du rez-de-chaussée, dans l’ancien scriptorium.

Plus tard, les abbés commendataires, non réguliers et dits « sans crosse », vivent dans le luxe et abusent du droit de justice. Ils font bâtir à grands frais leur demeure, le château du Parc. Comme dans beaucoup d’abbayes « sous commende », cette période marque le début du déclin du monastère.

À la fin du , quelques années avant la Révolution, les moines quittent définitivement l’abbaye. Avant de partir, l’abbé cède l’abbatiale, qui devient l’église paroissiale, et donne les bâtiments « en commune ». Ils deviennent alors la propriété des habitants du bourg. L’abbé impose, lors de sa donation, que soient installés dans les bâtiments une école pour les garçons, au rez-de-chaussée, et une pour les filles à l’étage. L’ancien scriptorium, la bibliothèque et l’oustal ou hôpital des pèlerins accueillent d'abord la maison commune, puis la mairie. L’abbaye abrite toujours les locaux de la mairie, ainsi qu’un musée sur la vie monastique, et un trésor de romaines trouvé non loin de l’abbaye en 1986.

25pxL'inscription au titre des monuments historiques en 1990 a été faite pour un grand nombre d'éléments du bâtiment dont les façades et toitures, une arcade et un escalier du ainsi que la cour intérieure.

25px L’église abbatiale, quant à elle, est classée monument historique depuis 1886..

Bâtiments conventuels

L’hôpital et le réfectoire sont disposés au rez-de-chaussée du bâtiment, dans l’aile sud faisant face à l’église. Ces deux salles sont conçues pour être accessibles aux pèlerins, ce qui explique qu’à l’origine, le mur entre celles-ci et le cloître est aveugle, pour préserver la claustration des moines dans la cour.

À l’étage, les fenêtres sont refaites après les guerres de Religion. Le troisième niveau, dont l’arrachement subsiste partiellement, est initialement occupé par le dortoir des moines profès, détruit en 1615 par les huguenots. L’étage abrite également le scriptorium et l’armarium, ou bibliothèque, comprenant un chauffoir destiné à conserver des boissons chaudes et à empêcher l’encre de geler.

Située sur une route de Saint-Jacques-de-Compostelle, l’abbaye de Saint-Ferme a, dès l’origine, une vocation hôtelière pour les pèlerins. L’ancienne hostellerie est remaniée au fil des siècles. Le rez-de-chaussée de cette aile, perpendiculaire à la nef de l’église, est initialement occupé par une vaste et unique salle abritant l’hostellerie des pèlerins. La pièce ne communique donc pas avec l’étage, réservé aux moines.

Au milieu du , pendant la guerre de Cent Ans, l’abbé divise l’espace en cinq salles, voûtées en pierres, afin de protéger l’étage contre les attaques par le feu. L’accès à l’hostellerie se fait, à cette époque, par une grande porte à voussure, côté sud. Cette ouverture est remplacée, en 2000, par un vitrail consacré à Compostelle.

À partir du , le relâchement de la discipline autorise des transformations non tolérées par la règle de saint Benoît. Des fenêtres à meneaux remplacent les étroites fenêtres romanes.

Au , l’une des salles voûtées sert de salle de Justice, en remplacement de la salle capitulaire, détruite par les huguenots.

La tour en poivrière du abrite un escalier en vis. Reconstruit au , il donne accès au troisième niveau, qui abrite aujourd’hui l’écomusée et le trésor monétaire de Saint-Ferme.

La cheminée

Elle est édifiée en calcaire de Monbazillac. Le fond de l’âtre, habillé en bardelis (tuiles plates), possède un arc de décharge bâti dans le même matériau, permettant de refaire régulièrement la partie qui se trouve en dessous, creusée et abimée par le feu.

La cheminée se compose de piédroits terminés en chapiteaux soutenant un important linteau, restauré en 1977 par un employé communal. La hotte, encadrée de pilastres, est constituée d’un panneau rectangulaire mouluré. Elle est surmontée par une corniche.

Prieurs Réguliers (liste partielle) Hélie du Bosc (de Bosco), (1445) 1511-1525 Bernard de Durfort.

Commendataires (liste partielle) 1532-1559 : Amanieu de Foix évêque de Carcassonne et de Bazas 1559-1571 : Étienne Boucher évêque de Quimper 1562-1567 : Edme Boucher, son neveu 1567-1572 : Nicolas Gaetani 1572-???? : Philippe Ascanel, archidiacre de Bazas 1597-1607 : Arnaud II de Gasc 1607-1622 : Jacques Desaignes 1622-1667 : Léon de Lalanne 1667-1700 : Léon II de Lalanne évêque de Dax puis de Bayonne 1700-1745 : Adrien des Champs dit Morel de Crécy († ) 1745-1785 : Gaspard de Batz de Trenquelléon 1785-1790 : Roch-Étienne de Vichy

La Justice, tableau de l’ancienne abbaye Saint-Ferme

Riche et puissante, l’abbaye de Saint-Ferme a droit de justice, comme l’atteste cette peinture murale réalisée sur la hotte de la cheminée de la salle de justice.

Cette peinture est réalisée sous l’abbatiat de l’abbé de Batz, au , lorsque la salle de justice est aménagée dans une des salles ayant abrité l’hostellerie des pèlerins. Sur fond fleurdelisé, elle évoque les pouvoirs considérables de l’abbé qui, localement, représente aussi la justice royale. Désigné juge-mage, il est habilité à arbitrer des jugements concernant d’autres lieux.

L’allégorie de la Justice est assise dans un fauteuil, les yeux bandés, le sceptre à fleur de lis dans la main gauche et la balance à deux plateaux dans l’autre. Elle est encadrée par les armes de France, d’azur aux trois lis d’or, et par le blason de l’abbé de Batz de Trenquelléon, composé de l’archange saint Michel terrassant un dragon, et d’un lion gravissant un mont de cinq coupeaux d’argent. Le chapeau épiscopal, ajouté à la couronne de marquis, rappelle que cet abbé est également évêque.

Dans la règle bénédictine, la justice est un fouet à 7 lanières que seul l’abbé peut utiliser comme pénitence envers un moine désobéissant. La justice interne est alors rendue dans la salle du chapitre. Le moine, à plat ventre, les bras en croix et le visage contre le sol, avoue sa faute, lors de la confessio, ou est pressé de la faire par ses frères, lors de la delatio. Il est flagellé sur-le-champ.

Les abbés, qui peuvent être souverains sur leurs terres, ont aussi le droit de justice sur les convers, les serfs et les hommes libres dépendants du territoire de l’abbaye. À partir d’Édouard , en 1272, et probablement avant, les abbés de Saint-Ferme ont droit à la petite, moyenne et haute justice.

Accolée à la salle de justice, une petite salle voûtée, transformée en office, sert de salle d’écrou au . L’abbé dispose également d’un cul-de-basse-fosse au château du Puy (détruit pendant les guerres de religion), destiné aux longues peines. Pour les crimes de sang, la sentence est rendue au lieu-dit la Potence.

Comme le Golgotha, ou tout autre patibularum, ce lieu-dit accueille, à l’origine, les fourches patibulaires, potences auxquelles sont pendus les hors-la-loi, laissés comme exemple au regard des habitants, et comme pitance aux corbeaux. L’abbé de Saint-Ferme y fait appliquer la sentence rendue en sa justice, bien en vue afin que nul ne l’ignore, en particulier pour les « coquillards », nom donné aux brigands qui s’attaquent aux pèlerins et aux voyageurs. Le lieu est désormais occupé par une petite croix en fer dressée au sur l’ancien socle en pierre.

L'église abbatiale

Le projet initial de cette abbatiale, commencée par les moines bénédictins dans le premier tiers du , comprend une nef avec cinq travées, des bas-côtés au nord et au sud et un chevet à trois absides tangentes, décorées de 30 chapiteaux, dont 18 historiés. Ces chapiteaux ont été sculptés en trois tranches de travaux, distantes d’environ 30 ans chacune.

La croisée du transept, ornée, comme les absides, d’une rangée de billettes, est couverte, à du sol, d’une voûte sur voussures, sculptées dans le style saintongeais. Ce recouvrement est l’un des premiers de ce type en Aquitaine. Le maître de l’œuvre, inconnu, est désigné comme le « maître de Saint-Ferme ». L’influence de son style se répand dans les églises de la région.

L’édifice possède un plan en croix latine avec une nef unique et une simple porte gothique. À l’origine, l’église est entièrement voûtée en plein cintre. Un clocher carré couronne la croisée du transept, et sert de donjon pendant la guerre de Cent Ans. (Au , un modeste campanile est construit en couronnement de la façade occidentale, en remplacement de ce clocher).

L'orientation incline vers le nord. L'axe du chevet s'infléchit du même côté. Le plan est celui des églises importantes du pays : abside à l'extrémité d'un chœur assez long, absidioles flanquant l'abside et s'ouvrant sur le transept, enfin nef sans bas-côtés. Cette nef étant sous voûte, les murs en sont assez épais : . La porte principale est percée à l'ouest, à travers un mur plus épais encore ; une porte secondaire se trouve au sud, laquelle s'ouvrait sur le cloître.

Les absides sont voûtées en cul-de-four, la nef, les chœurs et les bras du transept, en berceau et le carré du transept, d'ogives.

Il y a trois doubleaux dans la nef et un à l'entrée de l'abside principale ; le carré du transept est encadré de doubleaux à deux rouleaux et à ressaut.

Le doubleau tourné vers la nef, à peu de distance de la croisée, n'a pas de colonnes. Les autres retombent sur des colonnes engagées, dont les chapiteaux sont historiés ou couverts de feuilles. Les tailloirs à billettes se poursuivent le long des murs, formant une moulure d'imposte.