L'hôtel de Roquelaure est un hôtel particulier situé dans le arrondissement de Paris, au du boulevard Saint-Germain. Construit au début du comme résidence du maréchal de Roquelaure dont il garde le nom, il héberge depuis 2007 le cabinet ministériel du ministère de la Transition écologique (avec des variantes dans l'appellation de ce ministère), dont l'administration centrale est située à La Défense, dans la tour Séquoia et la paroi sud de la Grande Arche.
Histoire La construction de l'hôtel du maréchal de Roquelaure gauche|vignette|Plaque devant l'hôtel. vignette|L'hôtel de Roquelaure (façade jardin). Comme l'ensemble du faubourg Saint-Germain, la parcelle sur laquelle est édifié l'hôtel de Roquelaure, est avant la deuxième partie du un ensemble de champs cultivés, régulièrement inondés par les crues de la Seine. Elle appartient à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés jusqu'au milieu du , et porte ensuite une modeste construction qui, appartenant à un seigneur protestant, fait l'objet de combat et est détruite au cours des guerres de Religion. À la fin du et au début du , le faubourg se transforme rapidement et devient le lieu privilégié de la construction nobiliaire, auparavant concentrée dans le Marais. La disponibilité de larges terrains non bâtis, la proximité de la route de Versailles, l'abrogation des édits royaux interdisant les constructions dans cet espace auparavant en marge de Paris, décident la haute noblesse à s'y installer.
La construction de l'hôtel de Roquelaure s'inscrit dans ce vigoureux mouvement de construction de demeures aristocratiques dans le faubourg, et dans celui du déplacement géographique de la noblesse à l'ouest de la ville. À la fin du , le terrain appartient à Claude de Sève, qui y fait construire un premier bâtiment connu comme l'hôtel de Villetaneuse, du nom de son mari. Enrichi par les faveurs du roi après ses victoires durant la guerre des Camisards, Antoine-Gaston de Roquelaure acquiert l'hôtel en 1709 pour le transformer en une fastueuse résidence urbaine, en achetant également le terrain mitoyen ouest en 1711. En 1722 il confia à l'entrepreneur Jean Moreau le soin de bâtir un nouvel hôtel. L'architecte en charge n'est pas établi avec certitude ; l'hôtel peut être de Pierre Cailleteau ;http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb40273496z ou de son fils, Jean CailleteauLa façade sur jardin semble notamment faire partie du gros œuvre de l'ancien hôtel , le chantier étant achevé par Jean-Baptiste Leroux au début des années 1730. L'historiographie tend par usage à l'attribuer à Pierre ; l'architecte travaille en effet au début des années 1720 au palais Bourbon, proche, et sa mort en 1724 peut encore expliquer le changement d'architecte pour le chantier de Roquelaure.
Un ensemble de quatre projets conservésBibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, RESERVE HA-18 (29)-FOL (Fonds Robert de Cotte), datant de 1722, montre la dimension pragmatique de la construction d'une demeure urbaine dans Paris au . L'architecte doit adapter un modèle canonique, celui de l'hôtel particulier entre cour et jardin, aux besoins de la grande maison noble, des irrégularités de la parcelle et par économie, aux constructions l'occupant déjà. Cailleteau père ou fils doit ici accommoder les différents terrains acquis par Roquelaure, la distinction sociale que celui-ci, nommé maréchal de France en 1724, souhaite exprimer par sa demeure dans le quartier nobiliaire de Paris, l'hôtel de Villetaneuse édifié sur le site. En se fondant sur le gros œuvre de ce dernier hôtel (en noir sur les projets), l'architecte ébauche plusieurs solutions pour adjoindre de nouveaux bâtiments (en rouge) en accordant ces critères.Une variante du premier projet est finalement préférée, par Cailleteau lui-même ou par Leroux qui lui succède sur le chantier. Ainsi reconstruit l'hôtel est conforme à l'organisation entre cour et jardin, modèle le plus usuel des hôtels particuliers, encore réaffirmé avec force au début du par les élèves de Jules-Hardouin MansartSont communément désignés par cette expression plusieurs architectes de la fin du et début du (Germain Boffrand, Jean Aubert, Robert de Cotte, Pierre Cailleteau dit Lassurance) qui ont appris auprès d'Hardouin-Mansart le système architectural construit et défini par lui par ses bâtiments et par l'Académie royale d'architecture, pour exprimer l'absolutisme royal, l'ont adapté et diffusé à la commande privée. Voir Alexandre Gady, Jules Hardouin-Mansart - 1646-1708, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l'homme, 2010 ; Bertrand Jestaz, Jules Hardouin-Mansart, Paris, Picard, « Librairie de l'architecture et de la ville », 2008 ; Jean-Marie Pérouse De Montclos, Histoire de l'architecture française - Tome 2, De la Renaissance à la Révolution, Paris, Mengès, 1995 dont Pierre Cailleteau fait partie. Le corps de logis double, séparé de la rue par une cour d'honneur flanquée de part et d'autre des écuries et de communs, montre la permanence d'une conception noble de la demeure urbaine dans ce nouveau quartier : à l'image d'un château champêtre, les lieux de vie sont soigneusement préservés de l'indiscrétion et de l'agitation de la rue. La petite aile ouest, introduite par Cailleteau et renfoncée dans le jardin, permet de blottir plus secrètement encore les pièces les plus intimes. À l'instar de nombreux hôtels entre cour et jardinLa dissymétrie des axes centraux des deux façades est l'un des traits communs des hôtels particuliers de l'époque moderne, leur adaptation montrant l'habileté de l'architecte à inscrire le modèle dans les contingences du terrain et des besoins. Voir à ce sujet ., les deux façades du corps de logis sont dissymétriques en raison de l'irrégularité de la parcelle et de l'importance des communs. La façade du jardin est ainsi largement plus ample que celle donnant sur cour, qui n'a pas alors la même apparence qu'actuellement : dépourvue de perron central, elle est encadrée de deux pavillons en saillie, plus tard masqués par le rehaussement d'un niveau des dépendancesLes deux ailes des écuries et des communs ne consistent alors qu'en des rez-de-chaussée .
L'« hôtel Molé » À la mort de Roquelaure en 1738, ses deux filles se disputent l'héritage de l'hôtel, qui est finalement vendu en 1740 à Mathieu-François Molé, président à mortier du Parlement de Paris. L'hôtel, qui devient alors hôtel Molé, passe de la noblesse d'épée à la noblesse de robe. Il perd ainsi de son apparat mondain et acquiert une importance politique. Acteur de la lutte des Parlements contre le pouvoir royal, Molé est au centre des conflits de pouvoir marquant le règne de Louis XV. Premier président du Parlement en 1757, il s'installe au Palais et loue l'hôtel à l'ambassadeur d'Espagne. À sa démission en 1764, il réintègre l'hôtel et l'habite jusqu'à sa mort en 1793. À une date incertaine dans la deuxième moitié du , Molé fait construire le perron central de la façade sur cour.
À la Révolution française, l'hôtel appartient toujours à la famille Molé. Édouard-François Molé, fils de Mathieu-François, émigré en 1789, revient en 1791 pour éviter la confiscation de ses biens. Emprisonné à plusieurs reprises, gardé sous surveillance à l'hôtel, il est condamné par le Tribunal révolutionnaire et guillotiné le . La famille Molé, dont Mathieu Molé, est expulsée quelques jours plus tard. L'hôtel, déclaré bien national, est attribué le à la Commission d'Agriculture et des Arts par le Comité de Salut Public. Entre et , la Commission quitte progressivement l'hôtel, rendu à Molé par les dispositions de la Convention envers les survivants de condamnés pendant la réaction thermidorienne. Les décorations du fronton sur cour sont détruites durant cette période. L'historiographie du et du début du a souvent avancé que l'hôtel est alors transformé en asile de galeux et teigneuxParmi celle-ci figurent par exemple : Paulette Bourquin-Cussenot, Saint-Thomas d'Aquin: histoire d'un quartier de Paris, Paris, Chantenay, 1965, ; André Mauban, L'Architecture française de Jean Mariette, Éditions d'art et d'histoire, 1945, ; il s'agit très vraisemblablement d'une légende, la confrontation des dates de confiscation, d'affectation et de restitution ne laissant pas de doutes sur les activités qu'abrite le bâtiment. Restitué, celui-ci passe à la seconde fille de Molé, qui le loue, sans jamais l'habiter.
Le palais impérial de Cambacérès Elle le vend, en 1808, à Jean-Jacques-Régis de Cambacérès, qui en fait une demeure d'apparat. Dans la mesure où l'hôtel est alors partie intégrante du pouvoir politique et de la symbolique impériale, il devient un palais, dont le grand corps de logis permet de donner de fastueuses réceptions et de recevoir les hôtes étrangers de marque, que Cambacérès accueille à la place de Napoléon. Les fêtes données à Roquelaure deviennent célèbres par leur faste et leur finesse gastronomique. Conséquemment, l'archichancelier fait rénover entièrement les intérieurs et acquiert l'hôtel de Lesdiguières-Sully, mitoyen, qu'il fait lier à celui de Roquelaure et qui sert de résidence à son frère Étienne Hubert de Cambacérès.
De l'hôtel particulier à l'hôtel ministériel Pendant la Restauration, l'hôtel est vendu par Cambacérès en exil en Belgique à la duchesse d'Orléans, veuve de Philippe-Égalité. À la mort de celle-ci en 1821, son fils Louis-Philippe et sa fille Adelaïde héritent de l'hôtel, et, sans jamais l'habiter, l'échangent au gouvernement contre une partie de la forêt royale de Bondy. L'hôtel de Roquelaure, ainsi que le petit hôtel de Lesdiguières-Sully désormais lié au premier, perdent leur fonction originelle de demeure nobiliaire d'apparat, pour accueillir des administrations publiques qui se parent de la dignité symbolique du lieu. Ils s'intègrent en cela dans le mouvement de transfert de la symbolique nobiliaire et royale aux institutions républicaines au , comme de nombreux autres hôtels particuliers qui logent ministères, assemblées et administrationsSur l'aspect architectural de ce transfert symbolique vers "l'État en ses hôtels", voir ..
Sous le gouvernement de Charles X, le bâtiment doit abriter les meubles précieux et les joyaux de la monarchie, l'hôtel de Lesdiguières-Sully servant de dépôt des archives royales. Dès 1832, le gouvernement de la monarchie de Juillet l'affecte au Conseil d'État. Le vaste hôtel doit servir à réunir en un seul lieu les quatre Comités du Conseil, le déroulement public des séances de l'Assemblée générale des contentieux. Les comités ne viennent toutefois jamais à Roquelaure, qui ne sert in fine qu'aux assemblées. Le président du Conseil d'État réside au premier étage, le secrétaire général à l'hôtel de Lesdiguidières-Sully.