Le Lièvre d'Europe ou Lièvre brun (Lepus europaeus) est une espèce de lièvres originaire d'Europe et de l'ouest de l'Asie. Elle fut introduite en Afrique, en Amérique du Nord, en Amérique du Sud et en Océanie. C'est un mammifère classé dans l'ordre des lagomorphes, dans la famille des léporidés. Il fait partie de la ONCFS (2011), Impact de la dispersion et de la chasse sur la survie juvénile du lièvre d’Europe, Rapport scientifique 2011, PDF, , consulté 2013-05-23.
Le lièvre d'Europe est herbivore et se nourrit principalement de plantes herbacées, auxquelles il ajoute des brindilles, des bourgeons, de l'écorce et des céréales, en particulier l'hiver. Ses prédateurs naturels comprennent les grands oiseaux de proie, les canidés et les félidés. Ses longs et puissants membres lui permettent d'atteindre une grande vitesse de déplacement et donc, un moyen d'échapper à ses prédateurs. Le mâle s'appelle le « bouquin », la femelle s'appelle la « hase » et le petit s'appelle le « levraut »..
Généralement nocturne et timide, le lièvre d'Europe change de comportement au printemps, où l'on peut l'apercevoir en plein jour se pourchasser avec ses semblables dans les champs. Ceci est un comportement nuptial précédant l'accouplement. Au cours de cette frénésie printanière, les lièvres se frappent parfois les uns les autres avec leurs pattes antérieures (« bouquinage »). Ces « combats » sont intersexuels (entre mâles et femelles), lorsque la femelle n'est pas disponible pour l'accouplement. La femelle niche dans un affaissement à la surface du sol plutôt que dans un terrier. Les portées peuvent être composées de trois ou quatre jeunes et une femelle peut avoir trois portées par an. Le lièvre d'Europe peut vivre jusqu'à douze ans. La saison de reproduction dure de janvier à août.
Le lièvre européen est répertorié comme étant de préoccupation mineure par l'Union internationale pour la conservation de la nature, car il est répandu et localement commun. Cependant, les populations d'Europe continentale ont connu des diminutions depuis les années 1960, pour des raisons mal connues. Le lièvre est chassé à travers l'Europe depuis des siècles et on estime que plus de cinq millions d'individus sont abattus chaque année. En Europe occidentale, le lièvre a été traditionnellement chassé à l'aide de meutes de chiens renifleurs. La vénerie est aujourd'hui illégale dans nombreux pays, mais demeure néanmoins toujours légale en France.
Le lièvre a longtemps été un symbole de fertilité et de reproduction dans certaines cultures. En littérature, ses attributs physiques et son comportement ont inspiré de nombreux auteurs tels que Jean de la Fontaine, Lewis Caroll ou encore Arto Paasilinna.
Dénominations Nom scientifique valide : Lepus europaeus Pallas, 1778 Noms vulgaires (vulgarisation scientifique) : Lièvre d'Europe, Lièvre, Lièvre brun, Lièvre commun, Lièvre des bois, Lièvre d'Europe occidentale, Lièvre européen, Lièvre ordinaire, Lièvre vulgaire Noms vernaculaires (langage courant) : bouquin, erbi arrunt (basque), europäeschen hues (luxembourgeois), gad Europa (breton), hare, hase, hues (luxembourgeois), levraut, levreau, live d' Urope (wallon), llebre comuna (catalan), llebre europea (catalan)
Description de l'espèce vignette|Portrait d'un spécimen près d'Hódmezővásárhely, en Hongrie.
Morphologie Il s'agit du plus grand lagomorphe du Paléarctique occidental. Il mesure de 42 à de longueur (tête et corps), avec des oreilles de 8,5 à et une queue de 6,2 à . Sa masse varie de à . Le pelage de son dos est brun-fauve foncé à brun-roux foncé avec des tons jaunâtres, avec des poils de garde courbés et des poils de bourre blancs à la base. Le bas des flancs, le cou et la tête sont à dominante brun clair avec des reflets roussâtres ou vineux. Le ventre est blanc crème. Les oreilles sont gris clair avec tache noire triangulaire bien marquée à leur extrémité. La queue est noire au-dessus et blanche en dessous. En hiver il y a plus de blanc sur la tête et à la base des oreilles, et les hanches deviennent plus grisesS.Aulagier, P.Haffner, A.J Mitchell-Jones, F. Moutou, J. Zima, Guide des mammifères d'Europe, d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient, Delachaux & Niestlé, 2008, .
Différences avec le lapin Bien qu'étant tous les deux des léporidés apparentés, le lièvre d'Europe est un animal très typé et très différent du lapin de garenne qui peut être présent dans son habitat. Il s'en distingue par les caractères suivants. : il est plus grand et nettement plus longiligne, avec de longues pattes ; son poids moyen ( pour l'adulte) est plus élevé que celui d'un lapin de garenne () ; ses oreilles sont aussi plus grandes, et leur pointe (comme la queue) est noire ; sa robe est plus colorée, tirant sur le brun-fauve à brun-roux mêlé de gris ; l'iris de l’œil est plus clair et bien distinct de la pupille ; ses bonds sont plus importants, plus amples et fluides, et sa course est beaucoup plus rapide, c'est un véritable sprinter sur de longues distances, lui permettant souvent d'échapper à ses prédateurs sur de vastes terrains découverts où il n'a aucun refuge (le lapin se contente de sautiller sur de courtes distances, et de bondir s'il est surpris, jusqu'à un refuge généralement pas bien loin : son terrier ou la végétation dense) ; sa distance de fuite est aussi plus grande lorsqu'il est en activité, et il est plus difficile à observer de près ; il ne creuse pas de terrier ; il élève ses petits à découvert à même le sol (seulement 1 à 3 par portée, rarement plus), ils naissent déjà pourvus d'une fourrure et deviennent rapidement autonomes.
Risque de confusion Localement, il peut être confondu avec 5 autres espèces de lièvres vivant dans le paléarctique occidental : lièvre ibérique (Lepus granatensis) présent au Portugal et dans presque toute l’Espagne, mais dont la taille est toutefois plus petite. Il est aussi plus roux et taché de blanc sur la poitrine, les flancs et le haut des pattes, dont sur les faces antérieures et externes des pattes antérieures. Quelques noyaux de populations ont été formés (par introduction) dans le sud de la France, en zone sèche ; lièvre d’Italie (Lepus corsicanus), légèrement plus grand et plus sombre que le précédent, mais un peu moins grand que le lièvre d'Europe, et sans partie blanche sur la face externe des pattes antérieures, occupe la Sicile et le sud de l’Italie. Il a été introduit en Corse vers la fin du Moyen Âge, alors qu’il n’existait antérieurement aucune espèce de lièvre sur cette île. , cette espèce ne paraît subsister en Corse que dans quelques zones d’altitude, là où le lièvre d’Europe n’a semble-t-il jamais été introduit ; lièvre variable (Lepus timidus), moins grand, plus rond (presque aussi rond qu'un lapin de garenne) et surtout devenant blanc en hiver (nord de l’Europe, Irlande, Écosse et Alpes) ; lièvre des Monts Cantabriques, ou lièvre des genêts (Lepus castroviejoi), proches de Lepus corsicanus, rare et uniquement présent dans les hauteurs de la cordillère Cantabrique (Espagne) ; lièvre de la Méditerranée (Lepus capensis mediterraneus), très petit et typique des milieux semi-arides nord-africains et du Moyen-Orient, mais aussi présent en Sardaigne.
Dimorphisme sexuel
Il n'y a pas de dimorphisme sexuel et l'identification des sexes est difficile même en ayant l'animal en main. Mais les comportements permettent de distinguer mâles et femelles en période de reproduction.
Croissance et espérance de vie Les jeunes grandissent rapidement, et dès l'âge de deux mois, il est difficile de distinguer les jeunes de l’année des adultes.
Un poids moyen de est atteint à l'âge de 2 mois et demi, soit à peu près le poids d'un adulte chétif. À 4 mois le jeune lièvre approche la taille et le poids d'un adulte moyen ou le dépasse (jusqu'à ). Ni le poids, ni la taille sont donc de bons critères pour identifier les jeunes de l'année dans un tableau de chasse. Le lièvre d'Europe vit environ 10 ans.
Méthode de détermination de l'âge Les spécialistes évaluent l'âge d'un lièvre fraichement mort en pesant son cristallin (après dessiccation de l'œil dans une solution de formol puis passage à l'étuve). Un abaque permet d’estimer l'âge à 2-3 semaines près pour les individus de moins de trois mois, et avec une précision de six semaines jusqu'à l'âge de 5 à 6 mois, puis avec une précision de quatre mois environ pour des lièvres âgés de un an et de 18 mois pour ceux qui dont de 1 à 3 ans. Ceci permet lors d'études démographiques ou écoépidémiologiques parmi les animaux trouvés tués par des voitures, empoisonnés ou tués à la chasse de déterminer le taux de jeunes et d'animaux nés les années précédentes (adultes). Une autre méthode est la mesure du cartilage de conjugaison de la face externe de la base du cubitus de l'animal mort. À cet endroit, le cartilage forme une excroissance qui diminue peu à peu jusque vers l'âge de six mois. La classe d'âge des individus de moins de 6 ou 7 mois peut ainsi être identifiée parmi les lièvres plus âgés.
Mode de vie Alimentation Il se nourrit principalement des parties vertes de diverses plantes herbacées, et en particulier des graminées, dans les prairies naturelles, zones humides, dans les champs (les céréales en herbe de l'automne au printemps, comme le blé d'hiver), et dans les banquettes herbeuses des bordures de parcelles. Il consomme aussi les adventices des cultures (celles qui poussent rapidement entre les chaumes après la moisson en même temps que les repousses des plantes cultivées). Il ne consomme parfois que les parties les plus nutritives comme les jeunes pousses et les boutons floraux.
Il mange aussi des fruits, graines et racines (betteraves notamment) ou des plantules d'arbres et arbustes, notamment en période d'enneigement. Il consomme parfois les jeunes plants de vigne.
En période sèche, il peut se rabattre sur des plantes cultivées riches en eau, telles que les pousses de tournesol ou d'asperge. Il peut se passer d'eau, la rosée et l'eau des végétaux lui suffisent.
Il peut également manger ses propres déjections. C’est car il n’arrive pas à digérer entièrement sa nourriture en un passage. Il ingère donc ses premières déjections molles, les cæotrophes. Ainsi, ses intestins peuvent récupérer les nutriments restants. Ses derniers excréments sont donc compacts et fibreux.
Dans un groupe, les individus dominants peuvent avoir un accès privilégié à la nourritureLindlöf B (1978) Aggressive dominance rank in relation to feeding by European hare. Viltrevy 10:145–158.
Comportement et reproduction vignette|Le combat entre une femelle et un mâle, appelé « bouquinage ». Ce comportement n'est pas, contrairement à l'idée reçue, un combat entre deux mâles. Les lièvres sont très sociables, mais avec une hiérarchie plus marquée lors de l'alimentationMonaghan P, Metcalfe NB (1985) Group foraging in wild brown hares: effects of resource distribution and social status. Anim Behav 33:993–999 et au moment de la reproduction.
Ils montrent une préférence pour certains types de paysages ou d'éléments paysagers, éventuellement en zone d'agriculture intensive Reitz F., Léonard Y. (1994), , Acta Theriol 39:143–157., et y sont alors plutôt grégaires, sans comportement de défense du territoire. La plupart des jeunes ne se dispersent pas loin, ils se choisissent un territoire qui est rarement éloigné de plus de de leur lieu de naissance. Quelques individus « disperseurs » sont retrouvés jusqu'à de leur lieu de naissance Devillard S. & Bray Y. (2009), « », 90: 2902-2912..
Leur domaine vital n'atteint généralement pas . Mais il peut varier de moins de 0,5 à plus de selon les individus et la ressource alimentaire.