Provo est un mouvement contestataire libertaireVéronique Bergen, Avant Mai 68, il y a eu Provo, Les plats pays, 26 mai 2026, lire en ligne.« Au milieu des années 1960, un mouvement hollandais libertaire a émergé », Thom Holterman, Le mouvement néerlandais Provo et ses liens avec l’anarchisme, Le Monde libertaire, 3 mai 2022, lire en ligne. élevant la provocation au rang de véritable « art » aux Pays-Bas dans les années 1965-1970 : se réclamant écologiqueYves Frémion, Provo : le premier mouvement écologiste de la planète in Provo - Amsterdam 1965-1967, Nautilus, 2009, lire en ligne , anti-monarchiste et anti-impérialiste.
Rédaction, Il y a 50 ans, les Provos - Ré-improvisons la lutte, Lundimatin, n°26, 29 juin 2015, lire en ligne.
« Provo représenta bel et bien l'idéal d'un collectivisme utopique, libertaire et pacifiste et fut, jusqu'à un certain degré, un exemple pour une culture alternative »Nicolas Pas, Images d'une révolte ludique. Le mouvement néerlandais Provo en France dans les années soixante, Revue historique, 2/2005, n°634, pp. 343-373, texte intégral..
Étymologie et idéologie
Pour l'historien Patrick Rotman : Patrick Rotman, Mai 68 raconté à ceux qui ne l'ont pas vécu, Seuil, 2008, page 22..
Le nom du mouvement est issu d'un renversement de sens : l'universitaire néerlandais , dans sa thèse Achtergronden bij nozemgedrag en 1965, pour parler des jeunes marginaux néerlandais, avait proposé le terme provo (le mot le plus employé par la population étant nozem).
Le mouvement se réclame de l'anarchisme et du mouvement CoBrA, par l'intermédiaire du peintre Constant Nieuwenhuijs.
Pour Martin Lindt, militant et écrivain néerlandais : Vincent Dubuc, Provos, Anarchisme et non-violence, n°11-12, janvier/fevrier 1968, lire en ligne..
Loin du schéma de la lutte des classes, selon Provo, un premier groupe est formé du peuple-consommateur, et un deuxième porte en lui les germes de la révolte: le provotariat, étudiants, artistes, beatniks, marginaux.
Moyens d'action
Non-violent, pacifiste, écologiste avant la lettre, le mouvement provo a manifesté un refus des partis et des pouvoirs de toutes sortes ; d’un esprit libertaire ludique, il a beaucoup utilisé le détournement de l’image et était passé maître dans l’art du happeningTjebbe Van Tijen, Les Provos, Les années 68 : événements, cultures politiques et modes de vie, Lettre d’information n°13, UMR IRICE, Université Paris-1 Panthéon-Sorbonne, , texte intégral.
Le mouvement recours à l'image et aux médias, selon l'adage : « Provo est une image » et la méthode du Cycle provocation-répression-mobilisation. Provoquer et mystifier n'ont qu'un seul but : éveiller la conscience des gens.
Les graffitis, les tracts, les happeningschaque samedi soir sur la place du Spui à Amsterdam sont les moyens privilégiés pour diffuser les idées.
Historique
Les Pays-Bas sont en pleine mutation dans les années 1963-1965 : comme d'autres pays ils connaissent une croissance économique sans précédent, les jeunes issus du baby-boom arrivent à l'âge adulte. Depuis 1963 les jeunes ont accès à la pilule contraceptive et les mouvements militants et contre-culturels sont nombreux.
Un réseau informel né en mars 1965
Provo, en mars 1965 à Amsterdam, refuse l'organisation pyramidale et se constitue en réseau informel anti-autoritaire. Au départ, pas plus d'une dizaine de jeunes, étudiants et travailleurs, dont , un militant antifasciste et antistalinien, Rudolf de Jong, un anarchiste déjà connu aux Pays-Bas, Marteen Lindt, âgé d’à peine 18 ans et futur théoricien du New Amsterdam, Hans Tuynman, un beatnik qui a visité l’Europe en stop, et d’autresRédaction, Il y a 50 ans, les Provos - Ré-improvisons la lutte, Lundi Matin, 29 juin 2015, ..
Si le mouvement est d'abord amstellodamois, dès 1966 il essaime dans une vingtaine de villes tant aux Pays-Bas qu'en Belgique : cela représente une centaine de personnes qui se reconnaissent dans le mouvement. Les lecteurs des publications provos sont plus nombreux : environ en 1966, en 1967. Mariage royal et guerre du Vietnam
Les thèmes abordés sont la guerre du Viêt Nam, la lutte du Tiers-Monde, la liberté sexuelle, ou encore la monarchie néerlandaise, visée par les bombes fumigènes sur le cortège nuptial de la princesse Béatrix et de Claus von Amsberg le .
Institutionnalisation en 1966 Le mouvement s'institutionnalise dès l'été 1966: aux élections municipales d'Amsterdam de juin 1966 les Provos obtiennent un siège au conseil municipal, occupé par Bernhard de VriesJean-Pierre Bouyxou et Pierre Delannoy, L'Aventure hippie, 10/18, 2004 (pp.23-26).). Des milliers de jeunes font le voyage à Amsterdam, une agence de tourisme qui propose de rencontrer les provos. En mai 1967, le mouvement se dissout après un gigantesque happening dans le Vondelpark d'Amsterdam.
Le mouvement provo a inspiré à la fois la contre-culture européenne et américaine et le courant militant de Mai 68, des étudiants de Milan et de PragueNiek Pas, Provos in La France des années 1968, Syllepse, 2008 »
Vélos blancs et cheminées blanches Le projet vélo blanc naît dans le but de supprimer la circulation automobile et, par conséquent les embouteillages (la pollution atmosphérique est encore un sujet mineur dans les années 1960). Les provos proposent aux habitants d'Amsterdam de peindre leur vélo en blanc, leur donnant rendez-vous dans un parc tous les samedis à minuit. Les vélos sont ensuite laissés en libre-service pour la population mais le projet est un échec car les vélos dépourvus d'antivols disparaissent rapidement. De plus, la police les juge illégaux justement à cause de ce défaut d'antivols.
Provo agit aussi sur le thème de la cheminée blanche, repeinte pour montrer qu'on veut contrer la spéculation. Ce blanc se retrouve dans les vêtements des militants ; ceux-ci accolant à cette couleur l'idée de non-violence. C'est bien un renouvellement de la politique et Provo parle de pol artpolitical art en référence au pop art.
Critique
L'Internationale situationniste considère le mouvement Provo en ces termes : "Dès la formation de leur organisation, les deux tendances sont restées distinctes ; la masse sans théorie s'est trouvée d'emblée sous la tutelle d'une mince couche de dirigeants suspects qui essaient de maintenir leur "pouvoir" par la sécrétion d'une idéologie provotarienne."De la misère en milieu étudiant : considérée sous ses aspects économique, politique, psychologique, sexuel et notamment intellectuel et de quelques moyens pour y remédier (UNEF Strasbourg, 1967).
Personnalités liées au mouvement
Rob Stolk, parmi les fondateursNiek Pas, Stolk, Robert (1946-2001), Biografisch Woordenboek van Nederland, .. Bernhard Willem Holtrop, né en 1941, plus connu sous le nom de Willem, dessinateur et journaliste ayant collaboré à Hara-Kiri et Charlie HebdoL'histoire des Pays-Bas - 1966. Robert Jasper Grootveld, né en 1932 à Amsterdam, est un artiste néerlandais qui se fait principalement connaître pour ses happenings sur le Spui d'Amsterdam. Cor Jaring, photographe du mouvement. .
Rayonnement international En Italie, des revues et groupes contre-culturels s'inspirent de l'expérience néerlandaise, tels Mondo Beat et Onda Verde à Milan ou Gruppo Provo Roma à Rome. Ils s’intéressent notamment à la « méthodologie provocatrice » ou « metodi di provocazione ironica » et se manifestent au travers de happenings contre la guerre du Vietnam ou d'actions ludiques dirigées contre les visites de chefs d’État de pays occidentaux L'area della controcultura, in Nanni Balestrini, Primo Moroni, L'orda d'oro 1968-1977 : la grande ondata rivoluzionaria e creativa, politica ed esistenziale, Feltrinelli Editore, 1997, ..
Bibliographie
Yves Frémion, Provo - Amsterdam 1965-1967, Nautilus, 2009 . . Thom Holterman, L’Anarchisme au pays des provos, Atelier de création libertaire, 2015, 136 p. . Niek Pas, The incarnation of the spirit of liberty - La perception de Provo par la contreculture italienne des années soixante à nos jours, Institut Mediastudies, Université d’Amsterdam, 2010, . Alexandre Wauthier, Le mouvement provo, 20 février 2021, sur alexandrewa.com. Robert Graham, Anarchism: A Documentary History of Libertarian Ideas, The Emergence of the New Anarchism (1939 to 1977), volume II, Black Rose Books, 2009, texte intégral. Kryštof Zeman, Provo movement and it’s influence on the City of Amsterdam, 1998. Biografisch Woordenboek van Nederland : articles liés. Rudolf de Jong, « Anarchisten en Provo's », dans : Provo, kanttekeningen bij een deelverschijnsel, F.E. Frenkel, Amsterdam, 1966.
Travaux universitaires Tjebbe Van Tijen, Les Provos, Les années 68 : événements, cultures politiques et modes de vie, Lettre d’information n°13, UMR IRICE, Université Paris-1 Panthéon-Sorbonne, , texte intégral.
Nicolas Pas, Images d'une révolte ludique. Le mouvement néerlandais Provo en France dans les années soixante, Revue historique, 2/2005, n°634, pp. 343-373, texte intégral.
Joyce Kuijf, Mai 68 : une exception française? Une étude comparative des révoltes de la jeunesse française et néerlandaise, Mémoire de bachelor, s/d de M.C. Foux, archive.library.uu.nl, , texte intégral.
Audiovisuel Télévision Des jeunes anarchistes à Amsterdam, Radio-télévision belge de la Communauté française, Sonuma, , voir en ligne.
Articles connexes Anarchisme aux Pays-Bas Kabouters Witkar Red Rat
Liens externes
Site du CNRS http://irice.univ-paris1.fr/IMG/pdf/Lettre_d_info_68_no13_26-02-96.pdf Pour faire bref et pour plus de détails
Quelques photos Site néerlandophone, mais intéressant pour ses photos
Notes
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