L'Artsakh (, également translitéré Arc'ax) est la dixième province du royaume d'Arménie. et correspond globalement à l'actuel Haut-Karabagh .. Intégré à l'Arménie au plus tard en 189 av. J.-C., l'Artsakh passe sous le contrôle de l'Albanie du Caucase en 387. En 821, il devient une principauté dirigée par les Hasan-Jalalyan, et est érigé en royaume en 1000. Cette entité est la dernière d'Arménie orientale à maintenir son indépendance Robert H. Hewsen, Armenia: A Historical Atlas, University of Chicago Press, 2001 , 118-121..

Étymologie

Le nom Artsakh dériverait du nom du roi d'Arménie Artaxias , fondateur de la dynastie artaxiade et du royaume d'Arménie David M. Lang, The Armenians: a People in Exile, Unwin, Londres, 1988 , x.. La tradition populaire l'explique cependant comme dérivant de Ar (Aran) et de tsakh (forêt, jardin), i.e. les « jardins d'Aran Sisakean », le premier nakharar du nord-est de l'Arménie Shahen Mkrtchyan, Trésors de l'Artsakh, Tigran Mets, Erevan, 2000, 10.. Il est aujourd'hui principalement utilisé par les Arméniens pour désigner le Haut-Karabagh.

Histoire Antiquité

L'archéologie montre dans la région les influences concurrentes à partir de 800 av. J.-C. de l'Urartu, de l'Assyrie et des Mannéens ; après la chute de l'Urartu au , l'Artsakh et la majeure partie de la région au sud de la Koura passent sous la domination des Mèdes puis des Achéménides. Au plus tard en 189 av. J.-C., il est intégré, avec la Siounie et l'Outik, au royaume d'Arménie Robert H. Hewsen, « Ethno-History and the Armenian Influence upon the Caucasian Albanians », dans Thomas J. Samuelian (dir.), Classical Armenian Culture. Influences and Creativity, David Brown, 1982 , 27-40. ; il est toutefois possible qu'il ait déjà fait partie du domaine des Orontides, du Robert H. Hewsen, Armenia ..., 32-33..

Selon les historiens arméniens Moïse de Khorène et Movsès Kaghankatvatsi, l'Artsakh était le domaine d'un dénommé Aran, ancêtre des Aranshahik The History of the Caucasian Albanians: by Movsēs Dasxuranc'i, trad. Charles Dowsett, Oxford University Press, Londres, 1961, 3-4, 7, 24.. Sa généalogie est rapportée par Movsès Kaghankatvatsi, qui le rattache à la lignée des anciens patriarches et rois d'Arménie, dont Haïk et Aram. Désigné par le roi « Valarsace » comme prince héréditaire (nahapet ou genearch) de la plaine d'Arran à la forteresse de Hnarakert selon Stépanos Orbélian Stépanos Orbélian, Պատմութիւն Տանն Սիսական (Histoire de la Maison Sisakan), trad. A. A. Abrahamian, Sovetakan Grogh, Erevan, 1986, 73, 278., il est également connu comme l'éponyme. et le premier souverain de l'Albanie du Caucase.

Christianisation thumb|upright=1.7|L'Arménie sous les Arsacides, vers 150.

Au début du , le royaume arménien se convertit au christianisme. Agathange mentionne parmi les seize princes arméniens accompagnant Grégoire l'Illuminateur à Césarée (où Grégoire est fait pontife du pays) un « prince du pays de Zotek » (lignée d'Aran)Agathange, Histoire du règne de Tiridate et de la prédication de saint Grégoire l'Illuminateur, chapitre XII, CXII ..

L'Artsakh devient alors une base majeure pour les missionnaires arméniens diffusant le christianisme dans les contrées avoisinantes. En 310, Grigoris, petit-fils de Grégoire, est consacré évêque d'Ibérie et d'Albanie du Caucase ; après son martyre, sa dépouille est ensevelie au monastère d'AmarasFauste de Byzance, chapitres V et VI .. Grigoris devient alors le saint patron de l'Artsakh.

Au , le christianisme s'épanouit en Artsakh. Mesrop Machtots ouvre ainsi à Amaras la première école arménienne Frank Viviano, « The Rebirth of Armenia », dans National Geographic, mars 2004.. D'autres suiventMovsès Kaghankatvatsi, Histoire de l'Albanie du Caucase, livre I, 18..

Guerres arméno-perses

La seconde moitié du voit une série de guerres entre l'Arménie et la Perse sassanide, dans le cadre de l'affrontement de cette dernière avec l'Empire romain. Après trente-quatre ans, la noblesse arménienne se révolte et refuse de soutenir le roi Arsace II, par lassitude de la guerre Robert H. Hewsen, Armenia ..., 73.. À la suite d'une défaite des armées sassanides et albaniennes, le sparapet Mouchel Mamikonian punit sévèrement les provinces arméniennes rebelles, dont l'Artsakh, et les soumet à l'autorité directe du roi ; en 372, il reprend la province voisine d'Outik et rétablit la frontière avec l'Albanie du Caucase sur la KouraFauste de Byzance, chapitre L..

L'affrontement entre Romains et Perses se poursuit toutefois, jusqu'à ce qu'en 387, les deux empires concluent un traité de paix, qui leur attribue à chacun une partie de l'Arménie. L'Albanie du Caucase, alliée des Sassanides, y gagne la rive droite de la Koura jusqu'à l'Araxe, et donc l'Outik et l'Artsakh., bien qu'il soit possible que ce dernier n'ait été rattaché à l'Albanie du Caucase qu'après 451..

En 451, à la suite de la bataille d'Avarayr, de nombreux nobles arméniens se retirent dans les montagnes et forêts peu accessibles, notamment en Artsakh, qui devient un centre de résistance contre la PerseYéghichê, Histoire de Vartan et de la guerre des Arméniens, chapitre VII ..

Moyen Âge

L'Artsakh reste de culture essentiellement arménienne Robert H. Hewsen, « Ethno-History... », 34.. Ses souverains commencent par ailleurs à jouer un rôle considérable dans les affaires albaniennes Vladimir Minorsky, A History of Sharvan and Darband in the 10th-11th Centuries, Heffer and Sons, Cambridge, 1958 .. En 498, dans un lieu nommé Aghven (dans la région actuelle de Martakert Léo, Histoire des Arméniens, vol. II, Erevan, 1947, p. 156.) a lieu une assemblée de l'Église albanienne en présence de la noblesse, des princes (azgapetk) d'Artsakh et du roi Vatchagan III le Pieux, qui débouche sur l'adoption de la Constitution d'Aghven, règlementant les relations entre la noblesse, le clergé et les paysansMovsès Kaghankatvatsi, op. cit., livre I, 26..

Du , la Transcaucasie est dominée par le Califat ; les princes d'Artsakh sont au sous l'influence des souverains de Siounie.. Au début du , deux princes arméniens — Sahl Smbatean et Esayi Abu-Muse — se révoltent toutefois contre les Arabes et établissent deux principautés indépendantes en Artsakh, le Khatchen et le Dizak. La lignée de Khatchen gouverne l'Artsakh jusqu'au et au rattachement de la région à la Russie impériale.

Mélikats du Karabagh

Géographie

L'Artsakh couvre la bordure nord-est du haut-plateau arménien Robert H. Hewsen, « The Meliks of Eastern Armenia: A Preliminary Study », dans Revue des études arméniennes, IX, 1972, 255-329. et est principalement montagneux et couvert de forêts Léo, Œuvres assemblées, vol. IX, Erevan, 1989 , 246-250.. Les sources médiévales le dépeignent comme une région stratégique fortifiée The History of Caucasian Albanians: by Movses Dasxuranci, op. cit., 1.17, 2.11 2.14.. Il est entouré par l'Outik à l'est, le Gardman au nord-est et la Siounie au sud-ouest Robert H. Hewsen, Armenia ..., 63., l'Araxe fixant sa frontière méridionale. Il s'est parfois étendu à la rive sud-est du lac Sevan (canton de Sodk), couvrant au total (estimation) Suren Yeremyan, Armenia according to « Askharatsoyts », Erevan, 1963, 41..

Selon Anania de Shirak, il comprend onze districts ou cantons (gavar, ) Robert H. Hewsen, Armenia ..., 103. :

Miws Haband () ; Vaykunik’ () ; Berdajor () ; Mec Aṙank’ () ; Mec Kuenk’ () ; Harčlank’ () ; Muxank’ () ; Piank’ () ; Parsakank’ () ; K’usti-P’aṙnēs () ; Kołt’ ().

Population

Les caractéristiques ethniques originelles de l'Artsakh sont incertaines, mais elles ont probablement été variées, comme dans d'autres parties du nord-est du haut-plateau arménien Robert H. Hewsen, Armenia ..., 10, 58.. Les Armens seraient arrivés en Artsakh au ., ou plus tard au Robert H. Hewsen, Armenia ..., 58.. La population y parlait un dialecte de l'arménien oriental, le dialecte Artsakhian (qui subsiste aujourd'hui au Haut-Karabagh), mentionné par le grammairien du Stépanos Syunetsi Robert H. Hewsen, Armenia ..., 85-86..

Statut

Le statut de l'Artsakh au sein du royaume d'Arménie n'est pas clair. Des auteurs arméniens en font une principauté comprenant le canton adjacent de Sodk, qui pourrait tout aussi bien être une terre royale. Sa partie septentrionale comprend en outre la principauté de Koght, dont les souverains sont peut-être les titulaires originels de l'Artsakh Robert H. Hewsen, Armenia ..., 102..

Sous le contrôle albanien, l'Artsakh, bien que souvent mentionné, n'est pas une entité politique reconnue. Au , il est composé de plusieurs unités politiques, dont les principautés de Khatchen au centre et de Dizak au sud. Ce n'est qu'au que ces deux dernières sont unies pour former le royaume d'Artsakh.

Notes et références

Articles connexes Karabagh Haut-Karabagh Royaume d'Arménie Albanie du Caucase

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