La Corse (en corse et en italien ) ou l'île de Beauté est une île située en mer Méditerranée, à l'ouest de la péninsule italienne, au nord de la Sardaigne et au sud-est de la France hexagonale. Elle constitue une région française qui bénéficie du statut de collectivité territoriale unique depuis 2018.
D'une superficie de , la Corse est située dans le bassin méditerranéen et fait partie de la région géographique italienne. Elle est située à 12 km de la Sardaigne, à 53 km de l'île d'Elbe. Sa position géographique est aussi face au Latium et à de Nice. Le point culminant se situe à une altitude de au sommet du Monte Cinto.
Quatrième île de la mer Méditerranée par sa superficie, la Corse était disputée à l'Antiquité entre trois principaux centres d'influence : la côte ligure (les Étrusques puis les Génois), la côte méditerranéenne française (la cité phocéenne puis le royaume de France), et l'Afrique du Nord (Carthage, le royaume des Vandales puis des Maures). Les habitants eux-mêmes, pauvres et peu nombreux, résistaient ou s'accommodaient de ces influences. Les Romains tenaient l'île pour pauvre et sauvage, et bien qu'elle soit assez proche de l'« Urbs », il n'y avait que quelques petites villes dans les portions les plus clémentes de la côte. Quand l'Empire romain s'effondre, la Corse connaît son lot d'instabilité. Aucun pouvoir ne s'impose durablement avant que la république de Gênes le fasse au début du et pour près de quatre siècles, bien qu'il y ait eu des révoltes et même une invasion militaire franco-ottomane en soutien à l'opposition corse armée à la république de Gênes, qui prendra fin en 1559 après les traités du Cateau-Cambrésis.
Lorsque cette puissance génoise s'affaiblit, l'île se révolte à partir de 1729, ce qui ouvre une période de trente ans de batailles et provoque la guerre d'indépendance corse, au terme desquels le royaume de France finit par en prendre le contrôle. Intervenue d'abord à la demande de Gênes, la France finit par s'y substituer (acquisition formelle des droits génois le , alors que l'île est largement aux mains des indépendantistes) et achève sa conquête avec la bataille de Ponte-Novo le . Entre-temps, l'île aura connu une brève indépendance, par le royaume de Corse d'avril 1736 à et, surtout, comme République corse de 1755 à 1769, avec notamment la première constitution démocratique de l'histoire moderne, reconnaissant aux femmes le droit d'être chef de famille et de voter.
Reprise par la France, la Corse devient un département unique à sa création en 1790, puis est divisée en deux en 1793 avec la création des départements du Golo et du Liamone. Elle redevient partiellement indépendante sous le protectorat britannique en 1794. En 1796, la Corse est définitivement française puis réunifiée en 1811 en un unique département.
Par le décret du , la Corse est administrativement détachée de Provence-Côte d'Azur et devient la région métropolitaine. S'ajoute en 1975 la création des départements de Haute-Corse (2B) et de Corse-du-Sud (2A). En 1982, les lois du 2 mars et du 30 juillet donnent un statut particulier à la région et la première assemblée de Corse est élue au suffrage universel le 8 août. En 1991, elle acquiert le statut de collectivité à statut particulier (CSP), la première de ce type, dénommée « collectivité territoriale de Corse ». Depuis le , en application de la loi portant nouvelle organisation territoriale de la République (loi NOTRe) du , la Corse est une collectivité à statut particulier au sens de l'article 72 de la Constitution, de type collectivité territoriale unique (CTU) dénommée « collectivité de Corse » et instituée en lieu et place de la collectivité territoriale de Corse et des collectivités départementales de Corse-du-Sud et de Haute-Corse. Les circonscriptions administratives départementales de Corse-du-Sud et de Haute-Corse, territoires d'exercice des compétences de l'État, restent inchangées ; leurs préfectures sont situées respectivement à Ajaccio et Bastia.
La Corse abrite une nature préservée, marquée par des parcs naturels protégés et une faune unique, comme le mouflon corse ou le balbuzard pêcheur. Le parc naturel régional de Corse, qui couvre près de deux tiers de l'île, inclut la célèbre chaîne de montagnes avec le Monte Cinto, le sommet le plus haut de Corse. La randonnée y est une activité phare, notamment sur le Sentier de grande randonnée 20 (GR20), un des sentiers de randonnée les plus exigeants d'Europe. Les plages de la Corse, comme celles de Palombaggia et de Saleccia, sont aussi très prisées pour leurs eaux cristallines et leurs paysages de sable blanc.
Le patrimoine culturel corse est un mélange unique d'influences italiennes, françaises et locales. Les villes comme Ajaccio, la capitale régionale et lieu de naissance de Napoléon Bonaparte, et Bastia, qui conserve des influences génoises, témoignent de cette riche histoire. La langue corse, bien que minoritaire aujourd'hui, reste un élément clé de l'identité locale et est enseignée dans certaines écoles pour préserver cette culture. On retrouve également un patrimoine musical traditionnel, notamment à travers les chants polyphoniques corses, souvent chantés « a cappella » et évoquant les luttes et la fierté de l'île. Le peuple corse qui habite l'île est d'origine mixte autochtone insulaire (nuragique) et de la péninsule italienne. Il a pu exprimer au cours de son histoire un nationalisme dont les conséquences ont débordé les limites de l'île.
Toponymie L'origine du nom de Corse est difficile à déterminer. Il viendrait du grec Κύρνος (« Kyrnos »), avec la racine phénicienne « » ou « », qui signifierait pointe, cap ou promontoire. Les Phéniciens appelaient également l'île « Korsai », qui signifie . Le mot « Korsai » en phénicien serait devenu « Corsica » en latin à l'époque romaine. Beaucoup d'auteurs de l'Antiquité, notamment Diodore de Sicile, Salluste ou Virgile, expliquent l'origine du mot « Corsica » par des légendes. Virgile écrit par exemple : . Hérodote le premier avait émis cette hypothèse.
Parmi les légendes, l'une évoque le personnage d'une femme ligure nommée Corsa, qui aurait découvert l'île la première. Une autre prétend que le mot « Corsica » viendrait des racines latines « » qui signifierait poitrine et « » qui signifierait poignard. L'une suggère que le mot viendrait de Corsus, neveu d'Énée, et de Sica, nièce de Didon, à qui la Corse aurait été donnée. Cette légende-ci n'est attestée dans aucun texte connu.
Géographie
Situation géographique vignette|220px|Carte géographique de la Corse.
La Corse est située dans le bassin occidental de la mer Méditerranée. Elle constitue le point le plus au sud de la France métropolitaine. Elle est distante de quelques centaines de kilomètres maximum de certaines grandes îles ou villes méditerranéennes : de la Sardaigne (séparée par les bouches de Bonifacio) ; des côtes de la Toscane ; de Nice ; de Gênes ; de Naples ; de Rome ; de Tunis.
Elle mesure de long du nord au sud et dans sa plus grande largeur. Elle est traversée par le méridien est et le parallèle nord. Sa superficie est de , soit moins de 2 % du territoire national. Elle est organisée autour d'un vaste massif orienté nord-ouest/sud-est, culminant au monte Cinto situé à d'altitude. Le massif est très arrosé et traversé par de nombreux cols souvent enneigés en hiver, notamment le col de Vizzavona situé à d'altitude et qui est traversé par l'axe principal reliant Ajaccio à Bastia. L'altitude moyenne est de . L'île est partagée en deux ensembles bien différenciés et parfois concurrents : le Deçà des Monts au nord, correspondant aujourd'hui à la Haute-Corse, organisé autour de Bastia ; le Delà des Monts au sud, correspondant aujourd'hui à la Corse-du-Sud, organisé autour d'Ajaccio. Le Deçà est largement ouvert vers la péninsule italienne alors que le Delà est beaucoup plus autonome. Le géographe allemand Friedrich Ratzel la qualifie de .
Faisant partie de la région géographique italienne, la Corse se situe avec la Sardaigne sur une microplaque continentale. Sa situation au sein de l'espace géographique français est ambiguë, comme l'explique le sociologue Jean-Louis Fabiani : La Corse occupe une position paradoxale dans l'espace géographique français. Il ne s'agit ni d'un territoire situé véritablement outre-mer, ni d'un espace inclus dans la continuité territoriale. Les cartes de France ont longtemps représenté la Corse en la rapprochant de la bordure méridionale du pays, l'arrachant à son ancrage territorial dans le golfe de Gênes et niant la proximité géographique et culturelle qu'elle entretenait avec l'Italie. La carte de France présentée au générique du film « Tout va bien », de Jean-Luc Godard et Jean-Pierre Gorin, mettait la Corse au nord-ouest de Dunkerque, indiquant, mieux que de longs discours, la situation flottante de l'île dans l'espace national.
Géologie, topographie et hydrographie vignette|220px|Strates géologiques de la Corse.
Le territoire insulaire offre une grande variété d'ensembles topographiques et de paysages naturels. C'est au cours de l'Oligo–Miocène que le bloc corso-sarde et la lanière continentale s'écartent progressivement du bloc ibérique, ouvrant derrière eux le bassin provençal, la mer d'Alboran, le bassin algérien et la mer Tyrrhénienne. La topographie insulaire est néanmoins très accidentée.
Le relief corse est très escarpé, au point que près de 70 % des terres se situent au-delà de d'altitude et un tiers au-delà de . Les parties axiales de l'île comportent souvent des paysages rocailleux de type granitique. Les deux tiers ouest de l'île ont des formations géologiques anciennes datant de l'orogenèse hercynienne. Le sol y est cristallin et supporte les principaux sommets de l'île. Il s'étire du nord-est au sud-est. La est constituée de roches plutoniques (granite, diorite, gabbros) et de complexes volcaniques rhyolitiques, notamment dans le massif du Monte Cinto. Le quart nord-est de l'île, du cap Corse à la Castagniccia, est constitué de roches métamorphiques datant des orogenèse alpine et pyrénéo-provençale. La formée au tertiaire est constituée de diverses roches métamorphiques. La Plaine orientale est la seule région de plaine de l'île. Elle longe la mer Tyrrhénienne de Bastia à Solenzara. Elle doit sa présence aux alluvions entraînées par les torrents des parties orientales et centrales de l'île.
Le réseau hydrographique de la Corse est principalement organisé autour de deux fleuves, le Golo au nord et le Liamone au sud. Les cours d'eau sont de longueur réduite et généralement en pente rapide. Seuls le Golo et le Tavignano dépassent les de longueur. Depuis les années 1980, les débits des grands cours d'eau ont diminué de 20 à 30 %.. Les communications sont assez difficiles étant donné le caractère montagneux de l'île. Les liaisons se font essentiellement entre Ajaccio et Bastia. Les littoraux sont essentiellement rocheux (71 % des de côtes).
Climat vignette|220px|Carte des différents climats en France.
Le climat de la Corse est un climat de type méditerranéen dans son ensemble, mais l'île connaît une diversité de microclimats du fait de son relief accidenté. Ainsi, une partie de l'île peut connaître un climat alpin en hiver. Le climat méditerranéen se caractérise par la persistance de sécheresses, par les fortes chaleurs en été et les orages violents qui peuvent survenir à l'intérieur des terres ; l'hiver est beaucoup plus doux et humide. En été, les températures varient entre sur le littoral et sont parfois plus élevées à l'intérieur des terres, tandis qu'en hiver, les températures sont plus douces, généralement entre en journée. Les précipitations sont plus importantes en altitude qu'en plaine.