Florimond Robertet, né vraisemblablement un entre 1457 et 1465 à Montbrison, et mort le à la Conciergerie de Paris., est un homme d'État français actif pendant la Renaissance.
Particulièrement proche des ducs de Bourbon puis des rois de France, il est resté célèbre pour avoir été un fonctionnaire important, spécialisé dans les affaires diplomatiques et fiscales du Royaume, pendant près de et sous trois monarques différents, de Charles VIII () à François (). À une époque où s'affirme l'autorité souveraine (et non suzeraine comme au Moyen Âge) du pouvoir central du roi, son influence sur les affaires nationales lui valut le surnom de , charge qu'Henri II officialisa en 1547.
Amateur des arts à l'image de son époque, Florimond est également réputé pour la collection d'œuvres qu'il a laissée à sa mort (dont des tableaux de Léonard de Vinci et une statue de Michel-Ange), ainsi que pour ses demeures dignes de la Renaissance, dont le château de Bury et l'hôtel d'Alluye, à Blois.
Biographie
Origines
Une famille déjà proche des ducs de Bourbon et du roi de France
Frère de François Robertet, Florimond est le plus connu des fils de Jean Robertet, celui dont la carrière brillante et l’existence fastueuse est à l'image de l’époque de la Renaissance. Il est issu d'une famille de notables financiers de Montbrison, familiers des ducs de Bourbon et parfaitement insérés dans les structures administratives du comté de Forez depuis le début du : pendant près d'un siècle, le clerc de la Chambre des comptes de Montbrison est un Robertet. Monopole d'autant plus prégnant que, contrairement aux autres chambres du duché (notamment celle de Moulins), le clerc de Montbrison est unique dès le milieu du .
Son père, qui est d'abord notaire et secrétaire de Jean II de Bourbon, passe ensuite au service du roi Louis XI, qui le nomme greffier de l’ordre de Saint-Michel en 1469, puis de son fils Charles VIII, qui l'élève valet de sa chambre en 1492.
Néanmoins, les archives rapportent plusieurs noms quant à la mère de Florimond. Si la plupart s'accordent, suivant la généalogie établie au par Samuel Guichenon, sur Louise Chauvet, la seconde épouse de Jean III Robertet , d'autres estiment que Florimond est fruit du premier mariage de son père, avec Madeleine Bohier..
En suivant la généalogie retenue par Gras, Florimond est donc le frère cadet de François (ap. 1512), mais également de Charles () et Jacques (), élus chacun leur tour évêques d'Albi.
Leur date exacte de naissance n'étant pas certaine., certaines sources mentionnent un ordre différent de naissance des quatre frères, faisant par exemple de Florimond l'aîné de François., ou Charles et Jacques benjamins de Florimond, t. II, p. LXXXV..
Jeunesse Il fait de brillantes études, ses humanités à Lyon, son droit à Orléans et enfin, suit des cours de rhétorique à Paris ; il voyage beaucoup, ce qui l'aide à devenir un fin polyglotte (fait peu commun à l'époque : il parle couramment quatre langues en plus de son français maternel), et son ardeur au travail est extrême. Son père l’introduit, de bonne heure, dans ce monde intelligent, actif et fortement italianisé qui gravite autour des ducs de Bourbon et, par leur intermédiaire, auprès des rois de France.
Carrière politique
Débuts au service des ducs de Bourbon en Forez Suivant les traces de son père et la tradition familiale, Florimond entre au service des ducs de Bourbon en tant que secrétaire retenu à la signature des finances en 1485 et devient châtelain de Montbrison en 1488. Mais contrairement à son frère François, il choisit quelques années plus tard de résigner ses offices en Forez et de succéder à son père dans ses charges au service du roi dès 1490. Selon Mignot, Florimond est plutôt devenu notaire et secrétaire du roi le à la succession d'un dénommé Jean de la Primaudaie., mais il s'agit probablement d'une confusion avec le où il est nommé greffier de l'ordre de Saint-Michel.
Entrée au service du roi Charles VIII Alors que son père se retire progressivement de ses charges, Florimond Robertet lui succède en tant que notaire et secrétaire du roi, et intègre donc de fait le collège dit des « six vingts ». Depuis une ordonnance de 1482, ce corps était doté de privilèges et bénéficiait de l'anoblissement d'office. Il possédait le monopole de la rédaction et de l'expédition des actes royaux passés en chancellerie..
Toutefois, la fin du voit l'intensification de la production de documents émanant du roi passés hors chancellerie notamment les lettres missives : se développent alors des charges de secrétaires de la chambre. Lors des premières guerres d'Italie, il accompagne le roi Charles VIII lors de la conquête du royaume de Naples et reçoit ses lettres de provisions en tant que secrétaire signant en finances en 1495. Le chroniqueur Philippe de Commynes évoque notamment une lettre signée de Florimond la veille de la bataille de Fornoue.. L'année suivante, il contresigne le traité de Milan qui prévoit illusoirement la paix entre la France et le duché de Milan.
La qualité de ses services lui permirent d'obtenir la confiance du roi et sa faveur, cette dernière étant indispensable pour pouvoir faire une prestigieuse carrière au service du prince à l'aube du .
Une ascension fulgurante et sans faux pas
Ses qualités d’administrateurs sont vite remarquées et, lorsque Charles VIII part pour la guerre d’Italie, en 1494, il se voit confier de lourdes responsabilités. Dès le départ du roi, Florimond se voit confier la garde des clés du trésor de la Sainte-Chapelle de Paris., privilège inédit jusque là réservé au seul monarque. En outre, il est chargé de la rédaction de dépêches fort importantes, notamment après la capitulation de Naples et dans les négociations avec le pape Alexandre VI. Il est bientôt compté parmi les ., puis . Le , il est fait chevalier de l’ordre de Saint-Michel et greffier de l’ordre., succédant ainsi à son père qui avait obtenu cet honneur en 1469 auprès de Louis XI, dont il était devenu l'un des favoris. D'après Mignot, la possession des 8 clés du trésor de la Sainte-Chapelle était attachée à cette charge de greffier de l'ordre. La même année, il est nommé général maître des monnaies, en dépit d'une incompatibilité avec sa charge de secrétaire du roi. vignette|Florimond Robertet dans sa tenue de secrétaire des finances, vu de dos, tel que dessiné dans les Costumes historiques de la France, par Paul Lacroix (1852). Son influence devient prépondérante, ainsi qu’en témoigne la lettre qu’Anne de France, dame de Beaujeu, envoie de Chantelle, « le e jour de décembre au trésorier Robertet », pour lui demander son aide auprès du roi, en ajoutant : « je vous prie, Monseigneur le Trésorier, que, de vostre part, m’y vueillez estre aydant mondit seigneur, et je m’en tiendrais bien tenue à vous, avec autres plaisirs que m’avez toujours faitz, et à Dieu, Monseigneur le Trésorier, que vous donne ce que vous désirez ».
Le , Florimond quitte son office de général maître des monnaies qu'il venait pourtant d'obtenir pour entrer à la Chambre des comptes de Paris en tant que conseiller et maître clerc., où il resta en poste jusqu'en .. S'il ne s'y attarde pas, cette expérience en milieu de carrière n'est pas pour autant singulière, à l'instar de Thomas Bohier de 1494 à 1498, puis Louis Poncher de 1498 à 1504, Jean Cottereau de 1500 à 1506, ou Pierre Legendre de 1504 à 1505.
Le , il est nommé visiteur des gabelles en Lyonnais, Forez, Beaujolais et Mâconnais..
Le , il est nommé trésorier de France en Normandie, succédant ainsi à Jacques Hurault.
Le trésorier dans l'ombre du cardinal d'Amboise
Les textes tracent de lui un portrait flatteur : ou .., conseiller éclairé des rois., le trésorier de France intègre et habile, l’ambassadeur indispensable.., l’intendant aussi important en son temps que, plus tard, Sully, Colbert voire Richelieu en le leur.. Son ambition était extrême et il fut assurément l’un des banquiers du roi., qui ne pouvait se passer de faire appel à lui. Encore y fallait-il un réel courage car les exemples tragiques de ses prédécesseurs Jacques Cœur et Jean de la Balue, tombés en disgrâce, ne devaient pas quitter sa mémoire.
Il participe aux pourparlers qui suivent la campagne d’Italie, accomplit plusieurs voyages et se tourne vers la diplomatie. De 1500 à 1511, Florimond échange régulièrement des lettres avec Nicolas Machiavel., ambassadeur de la Seigneurie de Florence. Ce dernier a par ailleurs par ailleurs séjourné régulièrement à l'hôtel d'Alluye, dans le cadre de ses venues en France..
Il conseille certaines mesures financières qui se seraient révélées heureuses : il réussit à faire diminuer les impôts de moitié.., et la dette du Royaume s'avère nulle à la fin du règne de Louis XII.
Ce roi, marié à Anne de Bretagne, elle-même veuve de Charles VIII, ne parvient pas à avoir de fils viable. S'il a bien un héritier tout désigné , le mariage de sa fille aîné, Claude, est sujet à de grands débats, parfois houleux. Dans un premier temps, Louis XII cherche à la marier avec le prometteur Charles de Habsbourg afin de conclure une alliance avec l'archiduché d'Autriche, le royaume d'Aragon (alors puissance croissante de la péninsule ibérique) et le pape Jules II, donnant lieu aux trois traités de Blois de 1499, 1504 et 1505. Or, la dot convenue du côté français comprenait de larges territoires, incluant les duchés de Bretagne, de Bourgogne, de Milan et de Gênes, tous si durement acquis, ainsi que les comtés de Blois, de Bourgogne (actuelle Franche-Comté), et d'Asti.
Au printemps 1505, peu après la signature de troisième accord, Louis XII tombe gravement malade : dès le , il souffre d'une fièvre continue qui l'empêche de sortir de son lit. Si le roi a toujours montré une santé fragile, son état se dégrade pendant de longues semaines et justifie la prise de plusieurs dispositions afin d'assurer l'avenir du royaume en cas de décès prématuré.. Surtout que, cette fois, la maladie frappe au pire moment et apparaît comme un pour avoir signé les traités de Blois. Ainsi, dans une ordonnance du , le roi ordonne la rédaction d'un testament dans lequel figure Florimond parmi les membres du conseil de régence, auprès de la reine Anne et des autres hauts dignitaires du royaume..
Pendant cet épisode, Louis XII prit conscience qu'existe la possibilité que Claude n'ait pas d'enfant mâle avec Charles de Habsbourg, ce qui conduirait le royaume de France à une situation similaire que celle de la guerre de Cent Ans, où la Bretagne et la Bourgogne étaient sous contrôle étranger. Afin de consolider la Couronne et ses dépendances, ressurgit ainsi François d'Angoulême, cousin de Louis XII et de la fiancée, comme candidat. D'après les Mémoires du maréchal Robert de La Marck, c'est le cardinal d'Amboise, secondé par Florimond., qui a mené à bien les difficiles négociations des conditions du mariage entre les deux princes, en particulier en traitant avec Louise de Savoie, mère de l'héritier présomptif au trône de France.
De même, Florimond a servi d'arbitre pour déterminer l'héritier de Ferdinand le Catholique () au trône d'Aragon, notamment en soutenant le petit-fils de ce dernier, le même Charles de Habsbourg qui devait épouser la princesse Claude.
L'ultime favori de Louis XII
À la mort du cardinal d'Amboise, le , le cercle intime du roi se ressert, et Florimond devient rapidement le nouveau principal ministre de Louis XII.. À contre-courant du cardinal, proche et confident du roi, certes, mais réputé froid et peu bavard auprès de ses pairs., Florimond a plutôt de bonnes relations avec l'ensemble de ses contacts.
Si Florimond apparaît désormais comme le nouveau porte-parole du roi de France., le monarque reste entouré d'autres courtisans qui peuvent s'apparenter à des rivaux pour Robertet.
Lorsque meurt Jean de Ganay en 1512, la charge de chancelier reste vacante, le roi refusant d'en nommer un nouveau..