Charles Joseph Patissier de Bussy, marquis de Castelnau, né en 1718 ou en 1720 à Bucy-le-Long, près de SoissonsDezobry et Bachelet, Dictionnaire de biographie, t. 1, Ch. Delagrave, 1876, p. 409 et mort le à Pondichéry, est un général français, qui effectue l'essentiel de sa carrière militaire lors de ses deux séjours aux Indes françaises.
Le premier séjour se déroule de 1736 à 1760 au cours duquel il combat les Anglais avec La Bourdonnais, puis avec Dupleix et plus tard, Lally-Tollendal ; le second séjour se déroule de 1781 à 1785 où il collabore avec le bailli de Suffren.
Durant ces deux périodes en Outre-mer, il y acquiert successivement les distinctions de chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis en 1751, de lieutenant-colonel en 1752, de nabab des Sarkars en 1753, de brigadier des armées du roi en 1758, de maréchal de camp en 1765, de commandant en chef des forces terrestres et de mer au-delà du cap de Bonne-Espérance en 1781, de commandeur de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis en 1782 et enfin la grand-croix de ce même ordre de Saint-Louis en 1783.
Il termine sa carrière comme gouverneur des établissements français de l'Inde, où il meurt le .
Biographie Origine de la famille Patissier de Bussy La famille de Bussy est originaire de Picardie, de l'Aisne plus précisément. Le lieu exact des terres d'où elle est issue fait l'objet d'une controverse. Pour certains historiens, elle est établie à Bucy-le-Long près de SoissonsJean Charles Roman d'Amat et Michel Provost, Dictionnaire de Biographie française, Letouzey et Ané, Paris, 1932., pour d'autres cette famille était implantée à AncienvilleJoseph François Michaud et Louis Gabriel Michaud, Biographie universelle, Michaud et frères, Paris, 1812..
Enfance et adolescence Charles Joseph Patissier de Bussy est le fils de N. Patissier de Bussy, colonel d'infanterie, et de Sophie Ernestine Passaval. Il naît, pour certains, le à Bucy-le-Long, pour d'autres le à Ancienville. Il a un frère cadet qui se nomme Bouchard Patissier de Bussy, lieutenant-colonel qui meurt à 32 ans en . Il a aussi une sœur qui s'appelle Madeleine Sophie Patissier de Bussy.
Carrière militaire en France de 1733 à 1740 Très jeune, Charles Joseph Patissier de Bussy embrasse le métier des armes. Il y fait ses apprentissages et devient officier. Il est nommé lieutenant en 1733, puis capitaine en 1734Alexandre Mazas, Théodore Anne, Histoire de l'ordre royal et militaire, de Saint-Louis jusqu'en 1830, 1860, Paris, ..
Après la mort de son père qui survient en 1736, alors qu'il n'est âgé que de 16 ans pour les uns ou 18 pour les autres, il prend du service dans la Compagnie française des Indes orientales. Il débarque la même année à Port-Louis sur l'Isle de France (île Maurice)René Favier, Les Européens et les Indes Orientales, Ophrys, Paris, 1997. 160 pages, ., dont le gouverneur général est La Bourdonnais. Là, il participe à la protection militaire de l'île. On le retrouve en 1738 sur l'île Bourbon (La Réunion).
En Inde, au temps de la guerre de Succession d'Autriche (1740-1748) Charles Joseph Patissier de Bussy arrive aux Indes en 1746 lors l'expédition militaire française entreprise pour prendre Madras (appelée Chennai depuis 1996) dans l'État du Tamil Nadu en Inde du Sud. Cette ville venait d'être prise aux Anglais par monsieur de La BourdonnaisPhilippe Haudière, « les Français en Inde », Ouest France, Angers 2003, 143 p..
De là, il se rend à Pondichéry où il rencontre Joseph François Dupleix déjà gouverneur de Chandernagor qui avait été nommé le par le roi Louis XV de France gouverneur de cette ville, mais qui en avait pris réellement la fonction qu'en Georges Fernand Druez, La Vie de Dupleix, monographie rédigée en 1955-1957. Déposée aux archives de la municipalité de Landrecies en 1994. 28 p..
Le , Charles Joseph Patissier de Bussy commande un escadron lors de la défense de Madras que les Anglais, avec l'aide de deux princes indiens Anaverdi-Kan et son fils aîné Mahufuz-Kan tentent de reprendre en l'assiégeant. Avec ses hommes, le marquis de Castelnau réalise des prouesses qui participent significativement le à l'échec des assiégeantsAlexis de Saint-Priest Études diplomatiques sur le dix-huitième siècle dans la Revue des deux mondes, Paris 1845. 1037 pages, et ss..
Les accrochages entre les deux armées se poursuivent tout au long de l'année 1747 et une grande partie de l'année suivante. Charles Joseph Pâtissier de Bussy met ce temps à profit pour s'imprégner des mœurs et coutumes des Indiens. Il apprend le Persan, langue utilisée à la cour de l'état Hyderabad. Il est encouragé dans cette démarche par l'épouse du général Dupleix, Jeanne Albert de Castro, appelée aussi « Begum Joanna » (la princesse Jeanne) qui bien que française a des origines portugaises du côté de son père et indiennes du côté de sa mèreBettina L. Knapp, Judith Gautier : une intellectuelle française libertaire, 1845-1917, traduit de l'anglais et postface par Daniel Cohen, L'Harmattan, Paris 2007. 413 pages, ..
Comme bien d'autres jeunes officiers, de Bussy admire cette femme métisse fortunée, intelligente, vêtue le plus souvent à l'orientale, qui parle un grand nombre de langues en cours sur les territoires de la Compagnie française des Indes orientales et qui est aussi tenue en haute estime par tous les Soubadars (gouverneurs), les Rajahs et les Nababs de la péninsule indienne. Ainsi, de Bussy va baser la reconnaissance de sa future autorité par les peuples indigènes, certes sur la réputation qu'il se fera de courageux, impétueux et chevaleresque soldat, mais aussi, et surtout, sur sa finesse d'esprit et sur sa faculté de se fondre dans les mentalités et les pratiques des princes indiensRené Favier, Les Européens et les Indes orientales, Ophrys, Paris 1997. 160 pages, ..
Dès la fin de l'été 1748, les Anglais concentrent leurs forces navales pour mettre le cap sur Pondichéry et l'attaquer avec une armée qui comprend marins, , plus environ comprenant environ 200 combattants indigènes.
L'escadre anglaise arrive devant Pondichéry le . Les forces françaises qui défendent Pondichéry sont très inférieures en nombre à celles des attaquants. Elles se composent de européens et de indiensCharles Pierre Victor Pajol, Les Guerres sous Louis XV, Adamant Média Corporation, Paris, 2001, .. Charles Joseph Patissier de Bussy fait partie de ces forces installées dans le fort qui défend la ville d'Ariancoupang. Il y a là, avec lui, les officiers Latouche, Laborderie, le comte d'Auteuil, le chevalier Law et l'ingénieur Paradis. Ces forces ont pour missions essentielles d'abord de bloquer la progression des troupes anglaises sur le chemin qui mène à Pondichéry, puis de leur infliger le plus possible de pertes, afin d'atténuer le déséquilibre des forces en présence. Les premiers engagements entre les Français d'Ariancoupang et les forces britanniques commencent le et vont durer jusqu'à la retraite organisée des Français sur Pondichéry le .
Durant ce temps, Charles Joseph Patissier de Bussy à la tête de ses volontaires, harcèlera les forces anglaises par des raids fulgurants et audacieux faisant des prisonniers et causant des pertes chez l'ennemi et peu dans ses rangsAlexis de Saint-Priest, Études diplomatiques sur le dix-huitième siècle dans la Revue des deux mondes, Paris 1845, .. Rentré dans la ville, de Bussy participe activement à la défense de Pondichéry en portant, comme à son habitude, des attaques hors des murs de la cité.
Le 1748, les Anglais lèvent le siège de Pondichéry après 56 jours de combats qui leur ont coûté les vies de Lettre de Dupleix à la direction de la compagnie des Indes orientales en date du 17 octobre 1748. Cette lettre est contenue dans la monographie de 28 pages de Georges Fernand Druez intitulée La Vie de Dupleix déposée en 1994 aux archives de la municipalité de Landrecies.. Le , l'escadre anglaise quitte Pondichéry et met le cap sur GondelourCharles Pierre Victor Pajol, Les Guerres sous Louis XV, Adamant Média Corporation, Paris, 2001, et ss..
Le traité d'Aix-la-Chapelle signé le met fin à la guerre de Succession d'Autriche et oblige Dupleix à rendre Madras aux Anglais. Mais ce dernier, dans le dessein d'étendre l'influence française dans le Dekkan (Deccan)le Dekkan s'étend sur toute l'Inde du Sud. À cette époque, ce nom désigne les territoires qui se situent entre le Nerbudda et le Kistnab. et le Karnaticle Karnatic est l'une des plus grandes provinces du Dekkan dont la capitale de l'époque est la ville de Arkât (Arkot en anglais ou Arkate en français)., prend le parti des princes indiens qui s'opposent aux prétentions territoriales d'autres princes indiens soutenus par les Britanniques. La guerre franco-anglaise arrêtée par le traité d'Aix-la-Chapelle continue donc, mais par princes indiens interposés.
En Inde, entre la guerre de Succession d'Autriche (1740-1748) et la guerre de Sept Ans (1756-1763)
À la bataille d'Ambour du 1 au – où s'opposèrent les troupes de Chanda-Cahib et de Muzzafer-Sing soutenues par les Français, à celles d'Anaverdi-Kan (Anwaruddin Muhammed Khan) et de son fils aîné Mahfuz-Kan appuyées par les Anglais – de Bussy et ses volontaires font là encore des prouesses. Cette victoire installe durablement l'influence française dans le Dekkan. Le , Charles Joseph Patissier de Bussy et Latouche aident Muzzafer-Sing à enlever la triple forteresse de Gingee ou Gingi.
En décembre de la même année, ce même Muzzafer-Sing jure fidélité à de Bussy. Le , Charles Joseph Patissier de Bussy est fait chevalier de l'ordre de Saint-Louis. Le de l'année suivante, à Hyderabad, de Bussy fait sacrer Muzzafer-Sing roi des rois, contrôlant ainsi l'esprit du Soubadar.
Muzzafer-Sing est tué d'une flèche dans la tête alors qu'il réprime une émeute. Sur les ordres de Dupleix, de Bussy installe alors sur le trône vacant Salabet-Sing, frère du roi tuéLéon Guerin, Histoire maritime de France, Éditions Dufour et Mulat, Paris, 1885, .. La reconnaissance du nouveau Soubadar est sans limite et il nomme de Bussy comme grand-vizirAlexis de Saint-Priest, Études diplomatiques sur le dix-huitième siècle dans la Revue des deux mondes, Paris 1845, et ss..
De Bussy continuera à maintenir sans faille l'influence française dans le Dekkan de 1751 à 1754. Le roi le fait lieutenant-colonel en 1752. Il obtient en 1753, par traité émanant de Salabet-Sing, le titre de nabab des Sarkars ainsi que le don pour la France des provinces de Mustaphanagar, Elore, Rajamundrum et Gondavirl.
Après une trahison de Salabet-Sing, et au terme d'une retraite, de Bussy à la tête de affronte dans les murs de la place forte d'Hyderabad près de Golconde les du Soubadar. Rejoint par le chevalier Law et ses , après une glorieuse traversée du camp ennemi, ils terrorisent tant l'adversaire que Salabet-Sing se défait et lui demande pardon pour sa trahison. De Bussy pardonne en exigeant du Soubadar qu'il expulse les Anglais des comptoirs de Madapolam, d'Ingeram, de Baudermalanka, de Vizapatam et de Masulipatam. Ce qui est fait. La France se trouve alors à la tête d'un territoire indien plus grand que celui de la métropole qui est peuplé de d'habitantsLéon Guerin, Histoire maritime de France, Éditions Dufour et Mulat, Paris, 1885, et suiv..
En , Charles Joseph Patissier de Bussy demande la main de Marie Françoise Gertrude Vincent dite « Chonchon » âgée de 16 ans et demi, fille du défunt Jacques Vincent, ex-conseiller au Conseil supérieur de la Compagnie des Indes, et de Jeanne Albert de Castro, l'épouse de Dupleix. Dupleix voit en Charles Joseph Patissier de Bussy un successeur, ce qui l'amène à être favorable à ses fiançailles avec sa belle-filleGeorges Fernand Druez, La Vie de Dupleix, monographie rédigée en 1955-1957, déposée aux archives de la municipalité de Landrecies en 1994, 28 pages..