L'histoire de l'éducation des filles en France se trouve prise dans le contexte plus large de l'histoire de l'éducation en France et de l'éducation des filles mais elle est aussi liée à la société dans son ensemble ainsi qu'en particulier à l'histoire des femmes dans ce pays.

D'après le dictionnaire de l'Académie française, l'éducation se définit comme « l'action d’élever, de former, d’instruire une personne (enfant, adolescent, adulte), en cultivant ses qualités physiques, intellectuelles et morales. Se consacrer à l’éducation des jeunes enfants. L’éducation façonne la personnalité ». Cette notion vient du latin educatio, « action d’élever (des animaux, des plantes) » ; puis « instruction, formation de l’esprit »..

Si généralement l'éducation est considérée comme étant l'œuvre des parents et de l'ensemble de la société, , .

L'histoire des femmes dans l'enseignement public français fait plutôt référence à celle des femmes travaillant dans le secteur éducatif et en milieu scolaire.

Terminologie L'éducation renvoie au contenu (enseignement), au lieu (école) et à l'institution (système éducatif en France).

Historiographie

L'un des premiers travaux de bilan historiographique à propos de l'histoire de l'éducation des filles est celui de l'historienne française Françoise Mayeur paru en 1988.. Toutefois, l'historienne franco-américaine Rebecca Rogers note en 2007 à propos de ce bilan que Françoise Mayeur s'est surtout appuyée sur des . Dans son travail d'historiographie sur le même sujet en 2007, Rebecca Rogers utilise ces écrits antérieurs, en analysant aussi l'influence de ceux-ci sur les recherches ultérieures. Elle note que cela éclaire aussi l'évolution de la recherche entre les années 1990 et 2007. Par ailleurs, elle souligne que la recherche sur l'éducation des filles par les congrégations religieuses est souvent très localisée et ne comporte pas, en 2007, de réelle vue d'ensemble.

La fin du est marquée par de grandes réformes républicaines en matière d'éducation, qui ouvrent plus largement l'instruction scolaire aux filles, avec des collèges, lycées et écoles normales dédiés. Octave Gréard et Paul Rousselot font partie des premiers auteurs — parmi lesquels se trouvent des femmes — à relater l'histoire de l'enseignement pour les filles. L'historienne Rebecca Rogers note, en 2007, que, globalement, ces textes dégagent une vision anticléricale. Cette vision est aussi présente dans le Dictionnaire de pédagogie, du début du , qui a été dirigé par Ferdinand Buisson.

Dans la première moitié du , Zénaïde Tsourikoff écrit sa thèse pour le doctorat en droit L'enseignement des filles en Afrique du Nord (1935), traitant des colonies françaises, mais le sujet sera peu étudié ultérieurement.

Par ailleurs, sous la Troisième République (1870 à 1940), en plus des travaux d'analyse historique, sont publiés au fil des ans plusieurs travaux « commémoratifs », mais aussi des monographies relatives à des institutions d'enseignement et des biographies concernant des pédagogues.

Les années 1970-1970 voient un renouveau des travaux sur l'histoire sociale, l'histoire de l'éducation (dont l'ouvrage de l'historien Antoine Prost, L’enseignement en France 1800-1967), les sciences de l'éducation, l'histoire des femmes et l'histoire de l'éducation des filles. Françoise Mayeur est aussi l'une des figures importantes de cette époque concernant le sujet de l'histoire de l'éducation des filles. Dans les années 1980, plusieurs expositions sur l'enseignement féminin sont organisées.

Enfin, certaines recherches scientifiques (en histoire, mais aussi en sociologie) analysent conjointement l'éducation des filles et des garçons ainsi que la mixité scolaire.

Antiquité vignette|gauche|Matrones aux langes, Vertault. La place des femmes dans la Gaule romaine est connue par l'archéologie, l'épigraphie et par certaines œuvres littéraires comme les Parentalia du poète Ausone ou les textes hagiographiques, à interpréter avec prudence.

Selon l'historien Gérard Coulon, les soins de la petite enfance tiennent une place importante dans l'iconographie gallo-romaine ; des usages comme l'emmaillotement et le biberon sont attestésAgnès Bérenger-Badel, « COULON (Gérard). – L’Enfant en Gaule romaine » (compte-rendu), Histoire de l'éducation, 109/2006, p. 119-121 . Les tombes féminines et les stèles funéraires de femmes présentent un mobilier assez caractéristique : épingles à cheveux, pots à parfum, patère, miroir, éventail, quenouille, qui indiquent une répartition précoce des activités selon le sexe ; il arrive cependant qu'une tombe de petite fille contienne une figurine de soldat, jouet qu'on associerait plutôt à un garçon. Les images de couples, les mains jointes ou la femme posant sa main sur l'épaule du mari, illustrent une relation de confiance. Le port d'un volumen, livre sous forme de rouleau, ou d'une tablette à écrire, assez courants chez les notables masculins, caractérisent beaucoup plus souvent les hommes que les femmes. Une des tantes d'Ausone, Æmilia Hilaria, pratiquait la médecine (Parentalia, VI), de même qu'une nommée Flavia Hédoné, connue par une épitaphe de Nîmes, Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives, 1892, tome 15, p. 782 . Les fillettes de famille aisée reçoivent leur première éducation par leur mère ou par un précepteur puis certaines, à l'âge de sept ans, sont admises à l'école publique de la cité ou de la bourgade. Une épitaphe de Vienne conserve le souvenir de la petite Iulia Felicissima, « écolière joyeuse qui a vécu sept ans et six mois » ; ses parents étaient sans doute épris de culture grecque car le mot « joyeuse » (hilarei) est écrit en caractères grecs (ILN, Vienne 160). Également à Vienne, une autre épitaphe garde la mémoire d'un adolescent mort prématurément alors que sa tutrice, adepte de l'astrologie, le faisait instruire dans les arts libéraux (ILN, Vienne, 258). Quelques indices suggèrent qu'à Autun, Marseille et Bordeaux, des filles fréquentaient les classes supérieures de rhétorique et de droit ; Ausone nous dit toutefois que seules les filles d'allure « garçonnière » étaient admises à étudier.

Certaines femmes, surtout des milieux sociaux aisés, sont initiées aux cultes à mystères. En Gaule, elles sont assez nombreuses à pratiquer le culte de Cybèle comme dédicantes d'un taurobole mais n'accèdent que très rarement au rang de prêtresses ; inversement, elles peuvent être prêtresses des mystères d'Isis mais sont relativement minoritaires parmi les pratiquants. Dans les cultes des déesses autochtones des Gaules, des Germanies et de Rhétie, groupées sous le nom de Matrones, les femmes apparaissent comme dédicantes dans 12% des cas plus 4% de dédicaces de couples. On voit aussi des femmes, le plus souvent en couple, offrir des dédicaces à Mercure ou à JupiterMarie-Thérèse Raepsaet-Charlier, « Les femmes romaines et leur place dans les pratiques religieuses: L’exemple des Gaules et des Germanies » in p. 209-233 .

Moyen Âge

vignette|Geoffroi de La Tour Landry enseignant à ses filles, enluminure d'un manuscrit du Livre pour l'enseignement de ses filles, un traité didactique du écrit à l'intention des jeunes filles nobles. Pendant le Haut Moyen Âge, les monastères assurent une certaine éducation à leurs novices. Des abbesses comme Césarie d'Arles, Radegonde de Poitiers, Bertille de Chelles, Anstrude de Laon sont connues pour leur rôle d'éducatricesPaul Rousselot, Histoire de l'éducation des femmes en France, tome 1, Paris, Didier, 1883, p. 20-21 .

On peut citer l'exemple de la d'Héloïse au siècle. Formée au presbytère de la chapelle Saint-Christophe, qui appartient aux MontfortW. Robl, Auf den Spuren eines großen Philosophen: Peter Abaelard in Paris, in Untersuchungen zur Topographie von Paris und zur Alltagsgeschichte des Frühscholastikers zwischen 1100 und 1140, p. 45., Neustadt, mai 2002.. Afin d'éviter un mariage malheureux, son oncle introduit Héloïse au trivium et la pousse dans le cursus des arts libérauxAbélard, Histoire de mes malheurs, dans « Héloïse et Abélard », Lettres et vies, Garnier-Flammarion, 1996..

Dans l'Europe médiévale occidentale, les principes de vertu, de piété et de bienséance que l'on tentait d'inculquer aux filles se retrouvent, entre autres, dans le Livre pour l'enseignement de ses filles de Geoffroi de La Tour Landry, un traité didactique écrit par un noble français pour ses filles, dans le dernier tiers du .

Le Moyen Âge est dominé par une vision théocentrique. Cette période a été influencée par le christianisme et la doctrine s’inspirait directement du droit divin. Ainsi, les enfants suivent-ils une éducation surtout religieuse. Les curés, les moines et tout autre membre du clergé sont considérés comme des instructeurs. Toutes les pratiques, les manières de penser, de se comporter et d’agir se reportent à Dieu.

À cette époque, les enfants ont un accès différent à l'éducation selon leur milieu social. Dans les campagnes, les filles de paysans restent travailler à la ferme pour aider leurs parents. .

. vignette|gauche|Les filles des classes supérieures peuvent lire des livres de piété. Chambre de mourante, illustration du Maître d'Antoine Rolin, 1490. Enfin, les filles de classe noble suivent une éducation en monastère, ou par un tuteur ou un précepteur directement au château. Elles apprennent à lire et à écrire mais également des notions médicales et musicales (par le chant et les instruments). Toutes doivent savoir lire et écrire et connaître leurs prières. De plus, elles apprennent à devenir des .

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Parmi les lettrées de l'époque, l'auteure Christine de Pizan (1364-vers 1430) souligne publiquement qu'elle considère femmes et hommes sur un pied d'égalité en matière intellectuelle. Ayant reçu l'éducation habituelle d'une jeune fille de son rang, elle est confrontée quelques années plus tard au veuvage et à la charge de sa famille, ce qui la pousse à devenir écrivaine pour gagner sa vie. Dans son ouvrage La cité des Dames (1405), elle milite notamment pour la reconnaissance de l'égalité intellectuelle des deux sexes et pour le droit des filles à recevoir une éducation comme celle des garçons.

Renaissance À la Renaissance (qui débute en France, comme dans une grande partie du continent européen, au , environ un siècle après l'Italie), l’école était avant tout un instrument d’éducation religieuse, elle devait être mise en œuvre pour éviter l’ignorance de la société.

Au début de la période moderne, en Europe — et en France, notamment —, des écoles non mixtes en termes de sexe se multiplient, à la suite des réformes protestante et catholique, avec des visées morales.. . Toutefois, dans les écoles les plus petites, notamment dans les campagnes, les moyens limités font que, souvent, les deux sexes continuent de recevoir un enseignement en commun.

Une éducation avant tout religieuse Au , l'éducation des filles se borne avant tout à un point de vue religieux et chrétien. La religion est très importante dans l’éducation et même les autres apprentissages sont en lien avec elle, .

La diversification sociale de l’instruction des filles À cette période, l’instruction des filles est différente selon leur statut social. En effet, si elles appartiennent à une « bonne famille », elles peuvent entrer dans des établissements payants où sont enseignés : la religion et la piété catholique, la lecture, l’écriture et un apprentissage aux ouvrages intellectuels.

Si elles appartiennent à une famille plus modeste, elles entrent dans des écoles externes gratuites, elles sont formées à la lecture et l’écriture, à la foi, et à gagner leur vie.

La diversification des scolarisations masculines et féminines