Fortunato Depero, né le à Fondo, Trentin, Italie et mort le à Rovereto, est un peintre italien appartenant au mouvement futuriste. Il est l'un des signataires du manifeste de l'aéropeinture et représentant du « second futurisme ».
Biographie
De Rovereto à Rome thumb|Autoportrait dans un arbre (1915). Fortunato Depero est né en 1892 à FondoSelon certaines sources, il est né dans la commune voisine de Malosco, par ex.: , dans le Val di Non, de Lorenzo Depero et Virginia Turri, tous deux originaires de la ville de Vigo di Ton. Encore très jeune Depero s'installe à Rovereto (à l'époque les deux villes sont sur le territoire de l'empire d'Autriche-Hongrie). Il étudie à l'école royale Elisabettina, un institut d'art situé à Rovereto, fréquenté par de nombreux artistes qui deviendront plus tard des protagonistes de la scène culturelle italienne du .
Ce sont des années difficiles pour la ville de Rovereto, car même sous domination autrichienne, il existe de nombreux mouvements irrédentistes qui souhaitent son annexion à l'Italie. En 1908, Fortunato tente de s'inscrire à l'Académie des Beaux-Arts de Vienne, mais n'est pas admis. Il part en 1910 travailler à Turin comme décorateur à l'Exposition universelle de 1911. De retour à Rovereto, il travaille pour un marbrier et s'occupe des pierres tombales. Depero est très attiré par la sculpture, qui caractérisera ses futurs travaux. Cette passion pour les arts plastiques se retrouvera dans sa peinture, « écrasante », volumétrique et figée. A cet égard, il convient de rappeler qu'au début, il se présente comme un sculpteur.
Il expose quelques-unes de ses œuvres à deux reprises à la librairie Giovannini, en 1911 et en 1913. Toujours en 1913, il publie son premier livre, Spezzature, un ensemble de poèmes et de pensées accompagnés de dessins. C'est lors d'un voyage à Florence en 1913 qu'il découvre un exemplaire du journal Lacerba et un article de l'un des fondateurs du mouvement futuriste, Filippo Tommaso Marinetti. En , il est frappé par l'exposition d'Umberto Boccioni à Rome, où il rencontre nombre de ses « idoles », dont Giacomo Balla et Filippo Tommaso Marinetti. Par l'intermédiaire du galeriste Sprovieri, il parvient à exposer, également à Rome, à l'« Exposition gratuite futuriste internationale » au printemps 1914 où il rivalise avec des noms prestigieux.
Plus tard, il retourne dans le Trentin pour monter une exposition à Trente, mais informé du déclenchement de la Première Guerre mondiale, il s'installe alors à Rome. Il devient l'élève de Giacomo Balla et parvient à entrer dans le cercle du premier groupe futuriste.
En 1915, Fortunato Depero publie avec son ami Giacomo Balla un manifeste intitulé Reconstruction futuriste de l'univers, qui devint plus tard fondamental. Balla et Depero se proclament abstractionnistes futuristes et vantent un univers joyeux, « très coloré et très lumineux ». Il cherche l'équivalent abstrait de toutes les formes et éléments de l'univers. Le but est de rendre l'univers « plus joyeux » à travers une recréation intégrale.
Les éléments caractéristiques de son œuvre sont les mannequins peints de couleurs émaillées et ressemblant à des automates.
L'adhésion de Depero au futurisme n'était pas inconditionnelle. Par exemple, dès le début, il prend une position critique contre la volonté de Boccioni de « refaire l'histoire ». Au contraire, il est beaucoup plus proche des conceptions de son professeur Balla, le considérant comme le pionnier des recherches approfondies sur la genèse et la structure fonctionnelle de la forme. Cette recherche sera ensuite menée par Depero de manière très discrète au sein du groupe futuriste, identifiant et clarifiant analytiquement la relation entre le futurisme et d'autres courants artistiques qui ne sont pas (évidemment) le cubisme, en particulier le dadaïsme de Marcel Duchamp.
D'un autre côté, paradoxalement, Depero est plus futuriste que les futuristes eux-mêmes. Conventionnellement, on a tendance à le définir comme « un peintre du second futurisme ». Le terme « second futurisme » est introduit par Enrico Crispolti à la fin des années 1950 : le « premier futurisme » est le « futurisme héroïque », ou le noyau historique de 1909-1916, le second futurisme est le suivant, celui de Depero. La ligne de partage est représentée par le décès pendant la Première Guerre mondiale d'Umberto Boccioni, d'Antonio Sant'Elia et de Carlo Erba. En vérité, cette division a été utilisée par de nombreux critiques et historiens de l'art pour un contraste idéologique plutôt que stylistique : les artistes d'origine anarchiste et socialiste appartenaient au premier futurisme ; les artistes fascistes et profascistes appartenaient au second futurisme.
Mais, au-delà, il y a aussi une réelle différence dans l'approche du futurisme par rapport à ce qui est professé dans ses manifestes : si le premier futurisme vise à « faire vivre l'art », il reste enfermé dans les galeries et les musées (à l'exception des « soirées futuristes ») et se limite à s'exprimer à travers les arts rois comme la peinture et la sculpture. Le second futurisme, en revanche, à partir de la Reconstruction futuriste de l'univers de Balla et Depero, est véritablement entré dans la vie quotidienne des gens, et ce grâce à la publicité, l'ameublement, les productions théâtrales, la mode, l'architecture, l'art postal, etc..
Toujours en 1915, Depero participe à des mouvements irrédentistes et part pour le front. Mais il tombe malade, et est donc réformé. À la suite de ces expériences traumatisantes, il dessine quelques encres sur le thème de la guerre, dont Il mitragliere.
Théâtre d'avant-garde et maison d'art thumb|Jouet perruche, 1917 (fond. sergio poggianella). De retour de la guerre, Depero prépare une exposition en 1916. Ses œuvres, bien qu'influencées par Giacomo Balla, accordent une plus grande importance à la pulsion plastique. Il commence également à composer des chansons « bruyantes » et crée « l'onomalingua », qu'il définit comme « la verbalisation abstraite ». C'est une langue poétique de dérivation « bruyante », liée à l'usage onomatopéique des phonèmes et destinée à l'usage scénique, qui sera suivie en 1927 par les « radio lyrics »Fortunato Depero, Liriche radiofoniche, Editore G. Morreale, Milano, 1934., où s'encartent de telles compositions onomatopéiquesFortunato Depero, Prose futuriste, a cura di Riccardo Maroni, Edizione V.D.T.T., Trento, 1973..
En 1916, Umberto Boccioni écrit sur Depero dans la revue Gli Avvenimenti.
À la fin de l'année, il rencontre l'impresario des célèbres « Ballets russes », Serge de Diaghilev, qui visite l'atelier avec le peintre Michel Larionov et le chorégraphe et danseur Léonide Massine et lui commande la création de scènes et de costumes pour « Il canto dell'usignolo », sur une musique de Igor Stravinsky, qui ne se réalisera cependant jamais car Depero doit aussi aider Pablo Picasso pour les costumes de Parade.
En 1917, il rencontre le poète suisse Gilbert Clavel, avec qui il noue une relation d'amitié et de travail. Invité de sa villa-tour de Positano, il illustre pour Clavel un de ses livres (Un istituto per suicidi) de dessins à mi-chemin entre futurisme et expressionnisme. Plus tard, avec Clavel, il réalise le Plastic Theatre, joué par des marionnettes, appelé « Plastic Balls ». Le spectacle, bien que présenté au Teatro dei Piccoli, à Rome le , est une œuvre d'avant-garde, tant pour l'innovation de l'élimination des acteurs-danseurs que pour la musique d'avant-garde composée par Béla Bartók, Gian Francesco Malipiero et autres.
C'est également lors de son séjour à Capri qu'il crée ses premières « tapisseries » futuristes, en réalité des mosaïques de tissus colorés. Ce sont les premiers exemples de la transmigration de ses inventions théâtrales. En effet, ses automates et marionnettes deviendront un leitmotiv, non seulement sur les toiles mais aussi dans ses peintures, et ce motif dominant dessinera ce qu'on peut aujourd'hui définir comme « le style Depero ».
Après cette expérience théâtrale, Depero ne reviendra plus sur la voie expérimentale toujours suivie par Balla, mais changera de trajectoire par rapport aux formulations souvent utopiques proposées par la « Reconstruction futuriste de l'univers ». La Reconstruction envisage le dépassement de la peinture et de la sculpture pour « reconcevoir » et « remodeler » chaque domaine de la vie humaine de manière futuriste. Cependant, pour Depero, pragmatique, ce programme n'est réalisable qu'à condition de prendre en compte les possibilités réelles d'application et le marché. Une Reconstruction n'est pas possible si l'on reste à nouveau enfermé dans les galeries et les musées ou si l'on se limite à des exercices expérimentaux. Pour faire entrer l'idée futuriste dans la vie quotidienne des gens, il est nécessaire d'utiliser les arts appliqués. C'est précisément de cette conviction que vont naître en Italie, à partir de 1918, les soi-disant « Maisons d'art futuriste » : à Rome celles d'Enrico Prampolini, d'Anton Giulio Bragaglia et de son frère Carlo Ludovico, Roberto Melli ; à Bologne celle de Tato ; à Palerme celle de Pippo Rizzo, et à Rovereto celle de Depero, qui verra cependant le jour plus tard que les autres en raison des divers engagements de l'artiste.
Après un séjour à Viareggio en 1918, Depero expose à Milan en 1919, à la galerie Moretti, où Filippo Tommaso Marinetti rassemble le meilleur du futurisme d'après-guerre pour relancer le mouvement.
Et après un long moment, Depero retourne également à Rovereto, la trouvant détruite par la guerre. En 1919, il y fonde sa propre Maison de l'art futuriste, spécialisée dans la production de jouets, de tapisseries et de meubles de style futuriste, où il réalise des affiches publicitaires, des meubles et autres qui serviront à meubler la maison moderne. Il prend soin de s'essayer à la conception d'objets qui ont une réelle utilité tout en étant caractérisés esthétiquement. L'un des grands problèmes des maisons d'art futuristes, en effet, est que souvent des objets avant-gardistes mais inutilisables en sortent.
À cette époque également, il crée des peintures à l'atmosphère métaphysique, qui démontrent, une fois de plus, comment il adhère davantage aux idéaux futuristes qu'au style du mouvement.
Les années vingt et la publicité thumb|Marionnette de danses plastiques, 1918 Les commandes les plus importantes de Depero pour Umberto Notari, directeur de lAmbrosiano et de l'agence de publicité « Le Tre I » (pour Industrie Italiane Illustrate) remontent à 1920 : une série d'affiches et deux grandes tapisseries. En 1921, il expose dans une exposition personnelle à Milan, qui est ensuite transférée à Rome, où il commence les préparatifs du Cabaret del diavolo. En 1922, c'est au tour du Winter Club de Turin, une exposition publicitaire qui utilise pour la première fois le lancement de flyers depuis l'avion de l'ami futuriste Fedele Azari.
En 1923, il participe à la Biennale des arts décoratifs de l'ISIA à Monza. À Rovereto, également en 1923, ont lieu deux veillées futuristes, où toute la maison d’art est redécorée, qui paraîtra ensuite dans le magazine Rovente futurista (nn. 7-8, )Cfr. Duccio Dogheria (a cura di), Depero in biblioteca. Libri, riviste e volantini di Fortunato Depero dalle collezioni della Biblioteca Civica “G. Tartarotti”, Biblioteca civica di Roverero Laboratorio didattico di arte grafi ca. Quaderni n 2, La grafica srl - Mori (TN), aprile 2011 e http://www.mart.tn.it/casadepero URL consulté le 8 août 2017.. thumb|Au premier rang : Depero, Marinetti et Cangiullo dans leurs gilets futuristes. Photographie prise le 14 janvier 1924, à l'occasion de la rediffusion du spectacle de la Compagnia del Nuovo Teatro Futurista à Turin.