Theódoros Kolokotrónis (), né le à Ramavouni en Messénie, dans le Péloponnèse et mort le à Athènes, fut un général et homme d'État grec, héros de la guerre d'indépendance grecque. Il était surnommé le « Vieux de Morée » car il avait cinquante ans au début du conflit.
D'abord klephte, il intégra l'armée britannique dans les îles ioniennes où il se forma au combat régulier. Il participa aux combats de la guerre d'indépendance grecque dans le Péloponnèse et y remporta des victoires importantes et symboliques pour la cause grecque (prise de Tripolizza ou bataille de Dervénakia). Il fut un des chefs du parti « militaire » lors des guerres civiles qui déchirèrent les insurgés grecs.
Après l'indépendance, ses choix politiques (soutien de Ioánnis Kapodístrias puis du parti russe) lui valurent l'antagonisme des Bavarois autour du roi Othon. Il fut emprisonné et condamné à mort, puis gracié.
Famille et formation
thumb|left|alt=Tableau ancien ; homme en jupe blanche, armé, dans un paysage de ruines antiques|Représentation d'un klephte, ou armatole ou kapos.
La présence de la famille Kolokotrónis est attestée en Messénie dès le . Son histoire est entourée de nombreuses légendes, faisant de Theódoros le rejeton d'une famille exceptionnelle. Elle aurait été alors une des plus riches de la région, jusqu'en 1660 où une colonne ottomane pilla et brûla le village de Roupaki où elle avait la plus grande partie de ses terres et de ses propriétés. À la fin du siècle, un des ancêtres de Theódoros, Markos, aurait enlevé une jeune fille d'une des plus importantes familles de Léontari, entraînant ainsi une guerre de clans qui aurait duré dix ans et se serait terminée par la victoire des Kolokotrónis. Un des fils de Markos, Yannis, le grand-père de Theódoros aurait été une force de la nature réalisant des exploits surhumains et ayant à son actif la mort de sept cents Turcs.
Theódoros naquit en Messénie à Ramavouni le (julien) 1770. Il était fils de Constantin Kolokotrónis, un klephte chef de bande qui combattit l'occupation ottomane de la Grèce lors de la « révolution d'Orloff » en 1770. Le Sultan utilisa des troupes albanaises pour écraser cette révolte. Ensuite, les Albanais pillant la péninsule et empêchant l'impôt de rentrer, le Sultan engagea les klephtes comme armatoles pour les chasser. Une fois ce travail terminé, en 1774, le chef de bande le plus puissant, Constantin Kolokotrónis, fut mis à mort. Puis, les Grecs furent dispersés par les troupes ottomanes. Selon d'autres sources, inspirées des Mémoires de Kolokotrónis, son père aurait été tué par les Ottomans en 1785, à la suite d'un combat acharné de douze jours et douze nuits.
Theódoros Kolokotrónis précise dans ses Mémoires qu'il naquit au pied d'un arbre, car son père, klephte avait dû partir dans la montagne après l'échec de la révolution d'OrloffTheódoros Kolokotrónis, ΑΠΟΜΝΗΜΟΝΕΥΜΑΤΑ (Mémoires.), ..
À la mort de son père, Theódoros, âgé de quinze ans, aurait été choisi comme chef du clan, composé de douze Kolokotrónis (ses oncles et ses cousins) et de cent-cinquante fidèles. D'autres sources le font chef d'une bande constituée de combattants irréguliers à vingt ans seulement. Il fut, en fonction du moment, klephte (bandit de grand chemin justifiant ses exactions par la lutte nationale), mais aussi armatole (klephte utilisé de façon officieuse par l'Empire ottoman) et enfin kapos (klephte au service des notables grecs ou primats du Péloponnèse). Il avait commencé à construire sa fortune grâce à ses activités klephtiques. Il devint définitivement riche en épousant la fille d'un notable de Léontari en 1790 Hoefer, Nouvelle Biographie générale., tome 28, Firmin Didot, Paris, 1859.. Il eut au moins trois fils : Pános et Ioannis qui combattirent à ses côtés lors de la guerre d'indépendance, ainsi que Constantin qui épousa la fille unique de Canelo Deligiannis en 1823 pour rapprocher les deux clans.
Ses activités de chef de bande lui valurent l'animosité des autorités ottomanes dès 1797. En 1802, un firman du Sultan demandait aux primats grecs de Morée la tête de Kolokotrónis ou la leur. Un autre promettait quatre ans d'exemption d'impôt au village qui livrerait la famille Kolokotrónis. De nombreuses légendes auréolent cette période et ses biographes du , inspirés par son autobiographie, multiplient les épisodes romanesques de poursuites, de trahison et de héros solitaire triomphant de toutes les adversités.
En 1805-1806, les Ottomans tentèrent d'éliminer les klephtes. Le (julien), les troupes ottomanes assiégèrent le clan Kolokotrónis dans le monastère de la Panaghia d'Aimiala à Demetsana. Victorieux, ils capturèrent et exécutèrent Georgas, Giorgios et Giannis Kolokotrónis. Theódoros réussit à s'enfuir et à se réfugier à Zante dans les Îles Ioniennes, avec sa femme et trois autres klephtes. Il ne pouvait retourner en Grèce car il était sous le coup d'une condamnation à mort par les autorités ottomanesIl l'était toujours en 1820. . Il servit alors dans les différentes armées qui contrôlèrent l'archipel : russe, française puis britannique. Après avoir servi les dans l'armée russe, il se serait fait corsaire contre les Turcs, à bord d'un brick affrété par les autorités insulairesRusses ou françaises ?. Ses activités l'auraient mené jusqu'à la péninsule du mont Athos. Mais, la mer ne lui plaisait pas. Il reprit du service sur terre. Lorsque les îles devinrent protectorat britannique, Kolokotrónis entra dans l'armée britanniqueOn lui prête parfois une affectation dans le corps « macédonien » de l'armée anglo-napolitaine qui aurait assiégé Masséna dans Gênes (Maxime Raybaud, Mémoires sur la Grèce., ), ce qui semble difficile compte tenu des dates, le siège de Gênes ayant eu lieu en 1800.. En 1810, il portait le grade de major dans la Duke of York Greek Light Infantry. Il était alors sous les ordres de Richard Church, un philhellène qui devint Commandant en chef des forces grecques en 1827.
Le (julien), Theódoros Kolokotrónis fut initié dans la Filikí Etería par Christos Anagnostaras. Il y fut connu sous le numéro de code 118.
La guerre d'indépendance grecque thumb|alt=tableau : une foule autour d'un drapeau blanc à croix bleu|Le Serment à Aghia Lavra.Ce tableau de Theódoros Vryzákis commémore le soulèvement du 25 mars 1821.
La guerre d’indépendance grecque fut une guerre de libération contre l’occupation ottomane. Les affrontements principaux eurent lieu en Épire, autour d’Athènes et surtout dans le Péloponnèse où Theódoros Kolokotrónis se distingua.
Le gouverneur ottoman de la région de l'Épire, Ali Pacha de Janina cherchait à assurer définitivement l’indépendance de ses possessions. Il s’était révolté contre le Sultan Mahmoud II en 1820. La Sublime Porte (nom aussi donné au gouvernement de l’Empire ottoman) avait dû mobiliser autour de Ioánnina toute une armée commandée par le gouverneur ottoman du Péloponnèse Khursit Pacha. Pour les patriotes grecs organisés dans l’Hétairie et qui préparaient le soulèvement national depuis la fin du , cette rébellion rendait le moment favorable. Il y avait potentiellement moins de soldats turcs disponibles pour réprimer leur soulèvement. L’insurrection fut déclenchée dans le Péloponnèse. Elle commença entre le 15 et le sous la double impulsion de Theódoros Kolokotrónis et de l’archevêque de Patras, Germanos, qui proclama la guerre de libération nationale le (julien). Au même moment, Alexandre Ypsilántis pénétrait en Moldavie et Valachie, second foyer prévu pour l'insurrection, à la tête d'une troupe composée de membres de l'Hétairie installés en Russie. L'Empire ottoman réduisit l'insurrection dans les provinces danubiennes en neuf mois alors qu'en Grèce même, les insurgés triomphaient.
Theódoros Kolokotrónis sut, lors des combats qu'il mena, combiner son expérience de la guérilla acquise dans sa période klephte et du combat régulier acquise au service des Britanniques pour devenir un chef de guerre redoutable et redouté des Ottomans. Il avait lui-même une haute opinion de ses capacités ; il écrit dans ses Mémoires : .
Victoires dans le Péloponnèse
Le (julien), il quitta Zante et rejoignit le Magne où il débarqua à Kardamýli, avec sept hommes. Il avait alors cinquante ans. Son arrivée dans la péninsule était un des signes avant-coureurs de l'insurrection. Son but était d'organiser les diverses bandes rivales de klephtes dans le sud du Péloponnèse. Il écrivit à tous les chefs de familles (et donc de clans et de bandes) et il fit dire à la population de se préparer à un futur soulèvement.
Les débuts de l'insurrection grecque thumb|left|alt=photographie : objets exposés dans un musée ; de haut en bas un casque, un plastron, des pistolets, des sabres|Les armes de Kolokotrónis.
Si la tradition a retenu la date du (jour de l'Annonciation) comme début symbolique du soulèvement grec, des combats eurent lieu un peu avant. Si Patras revendique le fait d'être la première ville à s'être insurgée, d'autres lui contestent ce droit. Areópoli s'est soulevée le (julien), mais les Turcs n'y étaient pas présents. La première ville libérée de la présence ottomane fut Kalamata, le (julien). Kolokotrónis participa aux combats.
Le (julien), des troupes grecques mirent le siège devant la ville : Papaphléssas d'un côté et Kolokotrónis à la tête de venus des clans maniotes de l'autre. L'enthousiasme de la population est raconté par Kolokotrónis dans ses Mémoires :
Les Turcs livrèrent la place le , en échange de la vie sauve. Ils furent malgré tout « dévorés par la lune », selon l'euphémisme grec. Un Sénat de Messénie, précurseur du Sénat du Péloponnèse (tous les deux assemblée de notables (« bourgeois », prêtres, chefs de guerre) représentative mais non élue), fut immédiatement mis sur pied.
Le lendemain, Kolokotrónis marcha vers le nord, vers Karýtena, un village au centre de la péninsule, où des Grecs insurgés assiégeaient une petite garnison ottomane. Au même moment, des renforts ottomans étaient envoyés depuis Tripolizza, capitale ottomane du Péloponnèse, à une trentaine de kilomètres à l'est de Karýtena. Kolokotrónis décida d'empêcher ces renforts (autour de et fantassins) d'atteindre leur objectif. Il organisa l'embuscade et s'installa sur une petite hauteur avec son télescope (qu'il ne prêtait à personne) pour surveiller les mouvements ennemis. Lorsqu'il donna le signal de l'attaque, il se rendit compte que ses hommes, des irréguliers, s'étaient évaporés. Il dut se cacher et laisser passer les soldats ottomans. Lorsqu'il réussit à rejoindre les diverses bandes qui avaient constitué sa troupe, les différents chefs lui annoncèrent qu'ils préféraient aller assiéger Coron, Modon ou Navarin plutôt que de lui obéir et d'aller attaquer Tripolizza qu'il avait choisi, lui. Il resta seul, accompagné d'un unique jeune soldat que Papaphléssas lui avait laissé, pour éviter, dit-il dans ses Mémoires qu'il fût dévoré par les loups. Il dut néanmoins réussir à réunir une petite troupe, puisque, le (julien), à Aghios Athanasios près de Karýtena, à la tête de 300 Maniotes, il affronta durant six heures ottomans, venus d'Andrítsena. Ce fut la première véritable bataille rangée de la guerre. Les Ottomans reculèrent. Kolokotrónis les poursuivit, les affronta et les vainquit à nouveau au passage de l'Alphée, près de Chazelaga. Les Turcs perdirent autour de 500 hommes.