En France, la retraite complémentaire des salariés de l’agriculture, du commerce, de l’industrie et des services, dite Agirc-Arrco, complète la retraite obligatoire de base, versée par la Caisse nationale d'assurance vieillesse (CNAV) pour le régime général, ou par la Mutualité sociale agricole (MSA) pour les salariés agricoles.

Les salariés du secteur privé obtiennent des points Agirc-Arrco en contrepartie du versement de cotisations pendant leur vie professionnelle. Le montant de leur pension est le produit du nombre de points acquis par la « valeur de service » du point au moment du départ à la retraite. Ce montant évolue en fonction de la valeur du point fixée chaque année à effet du par les partenaires sociaux.

À l'instar du régime de base, appelé aussi régime général, l'Agirc-Arrco fonctionne par répartition.

Un total d'environ ont acquis au moins un point Agirc-Arrco au cours de l'année 2025. Au , l'Agirc-Arrco verse une retraite à .. En ajoutant les personnes retraitées et celles ayant cotisé à un moment donné, l’Agirc-Arrco revendique couvrir près de de personnes en 2023 et verser environ un quart des retraites payées en France (soit d’euros)..

Histoire

1947 : création de l’AGIRC, régime de retraite complémentaire des cadres Lorsque la Sécurité sociale est créée en 1945, les cadres, qui bénéficient de régimes de retraite mis en place à partir de 1937 par les branches professionnelles et les entreprises, refusent d’être intégrés à l’assurance vieillesse de la Sécurité sociale..

Les cadres, qui ont créé la Confédération générale des cadres en 1944, organisent en 1946 des grèves générales et des manifestations pour obtenir la reconnaissance de la spécificité de cadre et le maintien des régimes privés existants, jugés plus avantageux.

Les cadres sont finalement affiliés au régime général de la sécurité sociale, mais ils obtiennent le droit de créer un régime de retraite complémentaire. Une « Commission nationale paritaire » composée de représentants du Conseil national du patronat français (CNPF) d’une part, et de trois syndicats de salariés d’autre part, la Confédération générale des cadres (CGC), la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC) et la Confédération générale du travail (CGT) - se réunit et négocie la mise en place de ce régime complémentaire. Ces négociations aboutissent le à la signature de l’accord créant l’AGIRC : Association générale des institutions de retraite des cadres.

L’accord du est innovant à de nombreux titres :

il est le premier accord national interprofessionnel signé en France, les accords précédents en matière de retraite étant des accords de branches ou des accords d’entreprises,

l’AGIRC est un régime par répartition, ce qui marque une rupture avec les dispositifs de retraite d’avant-guerre qui fonctionnaient en capitalisation, l’AGIRC est le premier régime de retraite à gestion paritaire. Les représentants du CNPF et les représentants des syndicats de salariés : CGC, CFTC, CGT, rejoints par Force Ouvrière (CGT-FO) en 1948, sont les gestionnaires du régime à la fois au niveau national et au niveau des caisses de retraite, il est le premier régime qui complète celui de la Sécurité sociale, il est aussi le premier régime de retraite par points.

Grâce à la répartition et à un système de reconstitution des carrières qui permet de valider les périodes antérieures à 1947, l’AGIRC sert les retraites dès sa création. On assiste dès 1947 à une montée en puissance du nombre des bénéficiaires du régime. Au départ créé pour les cadres et les ingénieurs, l’AGIRC est progressivement rejoint par les VRP, les visiteurs médicaux, les dirigeants de sociétés, puis, à partir de 1962, par les agents de maîtrise.

Incidemment, alors qu’il n’existait pas dans le code du travail de définition de « cadre d'entreprise », un critère de l’appartenance à ce statut était, jusqu’en 2018 inclus, la condition pour cotiser à l’Agirc..

1948 - 1961 : la multiplication des régimes de retraite complémentaire pour les non-cadres et la création de l’ARRCO Le succès de l’AGIRC et la modicité de la pension de base ont comme conséquence la multiplication des accords de branches et d’entreprises, afin de créer des institutions de retraite complémentaire pour les salariés non-cadres.

Cette création se fait sur le modèle de l’AGIRC : les institutions fonctionnent en répartition et par points. Ce mouvement très rapide se traduit par une profusion d’institutions de retraite - on en comptera jusqu’à 700 en 1956 – et des situations très différentes pour les salariés d’une institution à une autre.

Cette croissance dans le désordre inquiète les partenaires sociaux, qui organisent une remise en ordre.

En 1957, le CNPF, la CFTC et CGT-FO créent l’UNIRS (Union nationale des institutions de retraite des salariés), avec comme objectifs de mutualiser les moyens entre les institutions, d’effectuer une compensation financière entre les institutions et de garantir ainsi la pérennité des retraites.

Le , le Conseil national du patronat français, Force ouvrière et la Confédération française des travailleurs chrétiens signent l’accord créant l’ARRCO : Association des régimes de retraite complémentaire, dont la mission est de coordonner, compenser et assurer la pérennité des régimes de retraite des non-cadres. L’ensemble des régimes ainsi fédérés reste disparate : les valeurs de point et les rendements notamment varient d’un régime à l’autre.

1961-1973 :  la généralisation de la retraite complémentaire À partir de 1961, deux événements contribuent à la généralisation de la retraite complémentaire à l’ensemble des salariés :

La loi dite de généralisation du

La plupart des accords de branche signés par les partenaires sociaux ont été étendus par décret des pouvoirs publics, ce qui les a rendus applicables aux entreprises non adhérentes aux organisations patronales signataires. Mais ce dispositif a laissé de côté environ un million de salariés et 500 000 retraités des secteurs non représentés dans ces organisations patronales : petits commerces, hôtellerie, entreprises de travail temporaire, professions libérales, associations…

À la demande des partenaires sociaux, la loi de généralisation de la retraite complémentaire à tous les salariés est ainsi adoptée en décembre 1972.. Elle oblige les entreprises à affilier à un régime de retraite complémentaire tous les salariés qui relèvent du régime général de la Sécurité sociale ou de la Mutualité sociale agricole (MSA) pour leur retraite de base.

Les accords du

Par ces accords, les partenaires sociaux décident que les cadres qui cotisent à l’AGIRC sur la tranche 2 de leur salaire, c’est-à-dire au-delà du plafond de la Sécurité sociale, cotiseront désormais aussi à l’ARRCO, sur leur salaire jusqu’au plafond de la Sécurité sociale. Les cadres acquièrent ainsi une retraite ARRCO, ce qui relève le niveau de vie des retraités.

1980 à 2000 : les faits marquants 1982 : l’abaissement de l’âge de la retraite à 60 ans

En 1982, les pouvoirs publics abaissent l’âge de la retraite de 65 à 60 ans pour les personnes qui ont une carrière complète de 37,5 années dans le régime général et les régimes alignés (artisans, commerçants). Dans les régimes complémentaires AGIRC et ARRCO, l’âge de départ à la retraite reste fixé à 65, 66 ou 67 ans, en fonction de l’année de naissance. Les partenaires sociaux gestionnaires de l’AGIRC et de l’ARRCO signent avec l’Etat une convention financière et créent en 1983 une structure spécifique : l’Association pour la structure financière (ASF), afin de financer le surcoût que représente pour l’AGIRC et l’ARRCO le versement de la retraite à 60 ans.

Ce dispositif, devenu en 2001 l’Association pour la gestion du fonds de financement de l’AGIRC et de l’ARRCO (AGFF), a été en vigueur jusqu’au .

Au , lors de la mise en place du régime unique Agirc-Arrco, la cotisation AGFF a été supprimée et remplacée par la contribution d’équilibre général (CEG).

La réforme des retraites de 1993

Pour la première fois, les règles du régime général et des régimes alignés, qui avaient jusqu’alors toujours été réformés dans le sens d’une amélioration des pensions, sont modifiées. dans le but de diminuer le niveau relatif des pensions et de repousser l’âge de départ.

Le calcul du montant de la retraite, effectué depuis 1972 sur les 10 meilleures années de la carrière, passe progressivement aux 25 meilleures années. La condition des 37,5 années d’assurance pour partir sans abattement est portée progressivement à 40 années. L’indexation des pensions sur les prix et non plus sur les salaires est pérennisée.

Les Accords AGIRC et ARRCO des années 1990

En 1993, un accord ARRCO. prévoit le passage progressif du taux de cotisation obligatoire de 4 % à 6 %.

En 1994, l’AGIRC. gèle la revalorisation du point de retraite.

En 1996, les accords AGIRC. et ARRCO. diminuent le nombre de points attribués chaque année de 1996 à 2000 par rapport à l’évolution des salaires.

1999 : l’unification des 44 régimes ARRCO en un seul

En 1999, l’ARRCO passe d’une organisation en 44 régimes à un régime unique avec 83 institutions adhérentes, avec pour conséquences la mise en œuvre d’une réglementation unique, d’une seule valeur d’achat et d’une seule valeur de service du point. L’ARRCO devient « l’Association pour le régime de retraite complémentaire des salariés »..

Le droit de l'Union européenne sépare les régimes complémentaires qui échappent à la libre concurrence et les sociétés d’assurances qui sont dans une situation de concurrence, ce qui permet en France la constitution des groupes paritaires de protection sociale.

Les années 2000-2025 La poursuite des réformes

Les réformes des retraites de 2003. et de 2008. étendent et prolongent celle de 1993. Elles l’étendent en appliquant aux fonctions publiques (2003) puis aux régimes spéciaux (2008) l’allongement de la durée d’assurance nécessaire pour l’obtention de la retraite sans abattement. Elles la prolongent en portant cette durée de 40 ans en 2008 à 41 ans en 2012, et en posant le principe d’un allongement de la durée d’assurance en fonction de l’évolution de l’espérance de vie.

Agirc-Arrco : la recherche de l’équilibre financier

Après 15 années d’équilibre des comptes, entre 1993 et 2008, l’AGIRC et l’ARRCO connaissent une période de déficit à partir de 2009 : le montant des pensions versées est supérieur à celui des cotisations recouvrées et les régimes sont obligés de puiser dans leurs réserves pour rester à l’équilibre. Sans réforme, l’épuisement des réserves était prévu en 2017 pour l’AGIRC et en 2027 pour l’ARRCO.

Les partenaires sociaux recherchent les moyens d’un retour à l’équilibre et signent le un accord. qui prévoit deux types de mesures :

la création au d’un régime unifié Agirc-Arrco reprenant l’ensemble des droits et obligations de l’AGIRC et de l’ARRCO, un plan d’économies de gestion, grâce notamment à la mutualisation des services et des structures de deux régimes et à la centralisation du système d’information.

Les mesures des années 2016 et 2019

Les mesures. décidées par les partenaires sociaux permettent progressivement le redressement des comptes :

une moindre revalorisation des retraites complémentaires pendant trois ans (2016-2018), une augmentation du prix d’achat du point pendant trois ans (2016-2018),  un taux d’appel des cotisations qui passe de 125 % à 127 % en 2019 : pour 127 € cotisés à partir de 2019, seuls 100 € sont pris en compte pour le calcul de la retraite complémentaire ; la mise en œuvre, à partir du , d’un dispositif de majoration/minoration pour les générations nées à partir de 1957, qui a pour effet d’inciter à travailler plus longtemps, pour ne pas subir de diminution de leur retraite complémentaire ou au contraire pour bénéficier d’une majoration.

Le régime unifié Agirc-Arrco et le retour à l’équilibre des comptes