Les mercenaires wallons sont des soldats remarqués pour avoir vendu leur service dans des armées étrangères européennes, depuis la fin du Moyen Âge jusqu'au siècle des Lumières.

Origine

La tradition militaire est ancienne en terre wallonne. Après leur intégration à l'Empire romain, les Nerviens et les Tongres ont servi dans l'armée romaine. Ces cohortes servaient le long du Rhin et le long du mur d'Hadrien en Grande-Bretagne. Selon Tacite c'étaient des troupes d'élite. La Notitia Dignitatum OccidentisNotitia Dignitatum Occidentis, XI, ed. A. W. Byvanck, op. cit., . parle d'un numerus TurnacensiumNotitia Dignitatum Occidentis, XXVIII, ed. A. W. Byvanck, op. cit., ., un corps de Tournaisiens préposés à la défense du Litus Saxonicus en BretagneA.-G.-B. Schayes La Belgique et les Pays-Bas, avant et pendant la domination romaine, Emm. Devroye, Bruxelles, 1858, t. II, qui était caserné à Portus Lemanis (Lympne), sur la côte du Kent.

Au , des Wallons servaient à la fois l'Empire espagnol, l'empire d'Autriche, les Provinces-Unies et le royaume de France.

Au XIXe, on les retrouve au service de l'Espagne, de l'Autriche, de la République française puis du Premier Empire - les territoires de la Wallonie et de la principauté de Liège ayant été annexés à la France et organisés en départements où la conscription était d'application.

Les Wallons au service des Habsbourg et des Bourbon d'Espagne

droite|vignette|« soldat wallon 1572 »

Au temps des Pays-Bas espagnols, les Wallons se taillèrent une réputation de valeur militaire au sein des tercios ibériques mais aussi de brutalité et d'indiscipline - prenant part notamment au sac de Malines en 1572, à la bataille de Gembloux en 1578, à la Bataille de Noordhorn en 1581 et au siège de Groenlo en 1606 pendant la guerre de Quatre-Vingts Ans. En 1572, des mercenaires wallons au service de l'Espagne pillent la ville de Dokkum et massacrent ses habitants, lors de la furie wallonne. En 1647, Jean-Gaspard Ferdinand de Marchin est nommé lieutenant général de l'armée de Catalogne. Les Gardes wallonnes, unité qui fut levée en 1702 sur le modèle des Gardes françaises et subsistera jusqu'en 1822, constituèrent un régiment d'élite de l'armée espagnole.

Tercios wallons Les tercios constituèrent des unités administratives et tactiques de l'infanterie espagnole de 1534 à 1704. Regroupant environ trois mille fantassins, professionnels hautement entraînés et disciplinés, les tercios furent réputés invincibles jusqu'à la bataille de Rocroi. Dans les autres pays, ils furent souvent appelés carrés espagnols. La terminologie militaire française les assimile à des régiments. Les unités wallonnes vont s'organiser en tercio à partir de 1602. 15 compagnies wallonnes participent à la Bataille de Fleurus (1622) au sein du Tercio Verdugo. Dans son ouvrage retraçant l' histoire militaire de la ville de Bergues et du pays environnant (1566-1668), A. Bonvarlet mentionne à plusieurs reprises la présence de soldats wallons dans les rangs espagnols à l'époque de la guerre franco-espagnole. Les titres de noblesse, rangs militaires et ordres des personnages cités attestent de la valeur de ces soldats - les colonels étant par ailleurs les propriétaires de ces régiments qu'ils levaient, entretenaient et soldaient à leurs frais. Cinq tercios wallons sont présents lors de la bataille de Rocroi : Tercio du prince de Ligne, Tercio du baron de Ribeaucourt, Tercio du comte de Meghen, Tercio du comte de Bassigny, Tercio du seigneur de Granges, comportant chacun 500 hommes, ainsi que l'escadron wallon de cavalerie de Alburquerque composé de 2250 hommes. Avant 1714, l'armée espagnole compte quelque 131 régiments d'infanterie dont 36 étrangers. « Parmi ces derniers, il n'y avait pas moins de 27 régiments wallons »L. & F. Funcken, « Guerre en dentelle » , T. 2 p. 126 in Bibliographie.. Unités d'élite incorporées dans la garde royale, leur rôle pour l'Espagne était important, à tel point que Gaspar de Guzmán jugea que « la sécurité de l'Espagne dépend entièrement de la présence de ces Vallones « […] Porque la securidad de España enteramente pende de esto, y assí lo assentamos todos, que con estos Vallones no pensará el enemigo mas en inquientarnos de esta parte […] » Gaspar de Guzmán, comte d'Olivares, Lettres écrites au Cardinal-Infant don Fernando, frère de Philippe IV, gouverneur et capitaine général des Pays-Bas, par le Comte-Duc d'Olivarès, du 13 octobre 1635 au 23 mars 1641, In-Folio, pap., rel. en parch., 133 feuill., écrit. du temps, 98 ; cité dans Compte-rendu des séances de la Commission royale d'histoire, ou, Recueil de ses mémoires, Troisième Série, Éd. Hayez, Bruxelles, 1863, , t. 6, . ». Bossuet dans son Oraison pour le prince de Condé rendra hommage à cette formation militaire : « L'armée ennemie est plus forte, il est vrai ; elle est composée de ces vieilles bandes wallonnes, italiennes et espagnoles, qu'on n'avait pu rompre jusqu'alorsBossuet, Oraison funèbre de Louis de Bourbon, 1687 , in Oraisons funèbres, Panégyriques, Éd. de la Pléiade, ; cité par Albert Henry, op. cit., . ».

Liste des tercios wallons :

Tercio del Conde de Bucquoy (1617-1622) Tercio del Conde de Henin (1617-1618) Tercio de Verdugo (1617-1631) Tercio de Beaufort (1617-1617) Tercio de Wyngaarde (1621-1622) Terceio del Príncipe de Barbençon (1622-1654) Tercio de Mérode (1622-1622) Tercio del Señor de Cocqhove (1625-1660) Tercio del Conde de Isenghien (1629-1640) Tercio del Barón de Wacken (1630-1631) Tercio del Barón de Grimbergen (1631-1632) Tercio de Conde de Fresin (1631-1642) Tercio del Conde de Stassin (1631-1637) Tercio de Frederic Micault (1631-1638) Tercio del Vizconde de Alphen (1631-1632) Tercio del Vizconde de Bruselas (1631-1632) Tercio del Conde de Fauquemberghe (1640-1646) Tercio del Conde de Baucignies (1640-1658) Tercio de Ribeaucourt Tercio del Conde de Beaumont (1640-1646) Tercio del Señor de Conteville (1642-1681) Tercio del Marquès de Trazegnies (1644-1660) Tercio del Conde de Roeulx (1646-1649) Tercio de Stoppelaar (1646-1654) Tercio de Molin (1646-1649) Tercio de la Villa de Bruselas (1646-1646) Tercio de la Villa de Amberes (1646-1646) Tercio des Pais de Alost (1646-1646) Tercio de Gante (1646-1646) Tercio del Conde de Gammerages (1648-1649) Tercio del Conde de Noyelles (1648-1677)

Gardes wallonnes droite|vignette|Garde wallonne d'Espagne au . Les Gardes wallonnes furent un corps d'infanterie, créé en 1537 par Charles Quint, sous le nom de régiment d'infanterie wallonne, recruté principalement dans la partie wallonne des Pays-Bas espagnols. Il s'agissait d'une unité d'élite, chargée notamment de la sécurité intérieure en Espagne, et qui fut finalement incorporée à la Garde royale espagnole. Lors de la Révolte contre Esquilache en 1766, les Gardes wallonnes assurent la défense du Palais royal de Madrid. Les Gardes wallonnes participèrent à la guerre d'indépendance espagnole et se distinguèrent notamment lors de la bataille de Burgos en 1808. Les historiens espagnols commémorent cette bataille, en mémoire de la vaine bravoure des régiments de la Garde et des régiments wallons, commandés par Don Vicente Genaro de Quesada. Formant l'arrière-garde des lignes espagnoles éclatées, ces troupes soutinrent des charges répétées de la cavalerie du général Lasalle sans céder un pouce de terrain, au prix d'un massacre des Français aussi bien que des Espagnols. Des 307 hommes de l'arrière-garde, seulement 74 survécurent, couverts de sang, les uniformes en haillons, les baïonnettes tordues et émoussées. On dit que Bessières rendit lui-même son épée à Quesada et fit panser ses blessures à l'hôpital de campagne français. Le régiment ne fut dissous qu'en 1822, des recrutements s'étant encore opérés au pays de Liège en 1772. Pendant la majeure partie de leur histoire, les Gardes wallonnes accueillirent à leur tête comme officiers une bonne partie de la fine fleur de la noblesse.

Les Wallons au service des Habsbourg d'Autriche

Plusieurs régiments wallons se distinguent au service des Impériaux lors de la guerre de Trente Ans, sous les ordres de Jean t'Serclaes de Tilly, commandant en chef des armées de la Ligue catholique et du Saint-Empire romain germanique. Les Wallons portaient souvent une tunique rouge et leurs unités étaient principalement constituées d'arquebusiers à cheval ou de mousquetaires. Le régiment d'infanterie de Beck, les arquebusiers de Mérode et la cavalerie lourde de Bucquoy sont présents lors de la bataille de Rain am Lech. Le régiment Moriamé-Pallant du comte Moriamé-Pallant participe à la bataille de Noordlingen en 1634 et à l'expédition de Pappenheim en Saxe. Par la suite les Dragons de Mérode, sous le commandement du comte Jean de Merode-Waroux, participent à la bataille de Weissenfels en 1632 et de Hessich-Oldendorf en 1633. Jean de Merode-Waroux est tué lors d'une attaque contre un ennemi supérieur en nombre, ce qui provoque une baisse du recrutement wallon.

En 1701, dans son testament, Charles II d'Espagne désigne le duc Philippe d'Anjou, petit-fils de Louis XIV, comme roi d'Espagne, au détriment de la branche impériale des Habsbourg. Une « Grande Alliance » se forme entre le Saint-Empire, l'Angleterre et les Provinces-Unies pour contrer les visées hégémoniques de la France sur l'Espagne. C'est le début de la guerre de Succession d'Espagne (1701-1714). Les traités d'Utrecht en 1713 et de Rastatt en 1714 organisent, entre autres, le transfert des Pays-Bas espagnols à la maison de Habsbourg d'Autriche. Des wallons se retrouveront ainsi au service de la Maison d'Autriche tandis que d'autres continueront à celui d'Espagne. Parmi les régiments autrichiens, plusieurs furent réputés, comme le régiment de cavalerie de Ligne et les dragons de Latour. Ces régiments étaient commandés en allemand, mais la langue française y restait usuelle. Leurs traditions ont perduré dans l'armée autrichienne jusqu'en 1918.

Régiment Los Rios Levé en 1725 → 1775: Régiment Clerfayt

Régiment Marquis de Prié-Turinetti → 1754: Régiment Saxe-Gotha → 1771: Régiment Charles de Ligne

Régiment wallon de Ligne Levé en 1725

Ancien régiment de Vierzet, passé au service de l'Autriche en 1762

Régiments wallons au service des Provinces-Unies

thumb|left|250px|Prise de La Brielle par des unités wallonnes en 1572. Frans Hogenberg De nombreux wallons ont participé à l'insurrection des Pays-Bas contre la tutelle des Habsbourg. L'armée des Etats-Généraux comptait à l'origine autant de Wallons que de Flamands ou de Hollandais. Les troupes wallonnes au service des Provinces-Unies se sont notamment illustrées lors de la bataille de Jodoigne, la prise de La Brielle, le siège de Mons et lors du siège de Haarlem. En 1568, les Wallons au service de Louis de Nassau jouent un rôle important lors de la bataille de Heiligerlee, en fusillant l'armée espagnole piégée entre deux collines. Les Wallons étaient particulièrement nombreux au sein des Gueux de mer, ce qui est attesté par le surnom néerlandais du drapeau historique des Provinces-Unies : "oranje-blanje-bleu". Le régiment wallon des Nouveaux Gueux est une ancienne unité d'infanterie des Provinces-Unies, composée de Wallons. Le régiment était formé de deux bataillons, chacun disposant d'une compagnie de grenadiers et de six compagnies de mousquetaires.