L'affaire du Russiagate est une affaire judiciaire et politique américaine qui commence en . Elle se produit dans le cadre de soupçons de collusion entre la Russie et des membres de la campagne présidentielle de 2016 de Donald Trump, ainsi que d'interférence du président dans le déroulement de l’enquête. En 2019, le procureur spécial Robert Mueller fait état d’une ingérence russe dans l'élection présidentielle américaine de 2016 mais indique que son enquête n’a pas recueilli de preuves suffisantes pour établir une entre la Russie et l'équipe de Donald Trump.
En , la commission du renseignement du Sénat américain publie un rapport bipartisan de près de mille pages établissant que . Le rapport démontre une coordination suivie entre celle-ci et la Russie, notamment pour la diffusion des courriels d'Hillary Clinton, et accuse formellement un proche du directeur de campagne de Trump d’être un agent du renseignement russe.
En , l’enquête du procureur spécial John Durham jette de forts doutes sur les accusations de collusion entre Moscou et l'ex-président américain, notamment après l'arrestation et la mise en examen, le , d'Igor Danchenko, le principal informateur du « dossier Steele » à l’origine du Russiagate, inculpé de cinq chefs d'accusation de mensonge au FBI. Cet informateur est accusé d'avoir menti et d'avoir tenu ses informations d’un proche des Clinton, Charles Dolan, conseiller en relations publiques de plusieurs campagnes démocrates. Le rapport de John Durham publié en met en avant les faiblesses de l'enquête du FBI concernant le Russiagate et constate que la police fédérale a « manqué d'objectivité » dans l'analyse des liens entre Moscou et la campagne présidentielle de Donald Trump en 2016.
En 2022, l'existence d'ingérences russes dans les élections américaines est admise par Evgueni Prigojine, homme d'affaires russe proche de Vladimir Poutine et fondateur de l'Internet Research Agency et du Groupe Wagner.
Le traitement de cette affaire par les médias a fait l'objet de plusieurs articles critiques. La mise en examen d'Igor Danchenko en conduit notamment The Wall Street Journal et The Washington Post à revenir sur leur propre rôle dans cette affaire, le premier écrivant que « la presse [en] fut le promoteur crédule ».
Terminologie Dans les médias, le suffixe est fréquemment ajouté à un nom pour créer le néologisme qui désignera une affaire relative à des actions illégales, des mensonges ou des scandales, réels ou allégués, étouffés par une autorité gouvernementale. Cet usage trouve son origine dans le scandale du Watergate, à la suite de la révélation des écoutes électroniques au complexe de bâtiments du Watergate.
Contexte Dès le , le candidat à la vice-présidence de Clinton, Tim Kaine, prétend que « Donald Trump encourage la Russie à hacker les courriels de Hillary Clinton » « Tim Kaine Compares Donald Trump’s Comments on Russian Hacking to Watergate Scandal » New York Times, 4-09-2016.. Deux jours plus tard, Hillary Clinton déclare que Trump « encourage Moscou à l'espionner » « Clinton: 'Grave' concern Russia interfering in US elections » AFP, 6-09-2017.. Après la défaite d'Hillary Clinton, le thème est repris, accompagné de demande d'enquête.
Le , le rapporte que le FBI avait enquêté sur les rapports présumés entretenus entre Trump et la Russie, sans en trouver. À cette époque, les dirigeants du FBI pensaient que la Russie essayait de répandre le chaos de façon générale, et non de faire spécifiquement élire Trump.
En , Barack Obama affirme que des cyber-activistes russes avaient pour but d’influencer l’élection présidentielle« Obama sanctionne la Russie pour avoir influencé l’élection américaine » Les Inrock, 30-12-2016. et le FBI publie une note informelle sur les « cyber-activités russes malveillantes » « Russian Malicious Cyber Activity » F.B.I., 29-12-2016..
Selon la chronologie établie par le Washington Post., en James Comey témoigne devant le Congrès sur les interférences russes présumées dans l'élection, mais refuse de confirmer que le FBI enquête sur l'équipe de la campagne électorale de Trump. Juste avant son investiture, Donald Trump informe Comey de son intention de le garder comme directeur du FBI. En mars, Comey révèle que le FBI enquête sur d'éventuels liens entre l'équipe de Trump et la Russie.
Le , dix jours avant l'investiture de Donald Trump, Buzzfeed publie un dossier d'informations non vérifiées traitant de liens entre Donald Trump et la Russie. D’après le dossier, Donald Trump a eu des contacts avec des hommes d'affaires russes, identifiés par les services américains comme étant des agents russes. Selon une source anonyme du dossier, les services secrets russes possèdent un enregistrement vidéo de Donald Trump en compagnie de prostituées à l’hôtel Ritz-Carlton de Moscou, en . Trump aurait été filmé pendant une séance de « golden shower » visant à souiller le lit dans lequel Barack Obama avait dormi. Le lendemain, le , le magazine Penthouse annonce offrir un million de dollars à celui qui fournira les enregistrements présumés, et rechercher des témoignages selon lesquels Trump aurait fait allégeance envers la Russie en échange de privilèges de ce pays.
Le , le procureur général des États-Unis, Jeff Sessions, à la suite de révélations de la presse sur ses contacts avec l'ambassadeur de Russie, et lors de l'audition par le Sénat pour valider sa désignation comme procureur général, annonce qu'il n’interférera pas dans les enquêtes sur la présumée ingérence russe dans l'élection présidentielle.
Limogeage de James Comey vignette|upright=0.75|James Comey
Le , Donald Trump limoge le directeur du FBI, James Comey. Le président justifie cette décision en s'appuyant sur un mémo sévèreDocuments officiels relatifs au limogeage de James Comey du procureur général adjoint des États-Unis Rod Rosenstein"Un choix justifié par un mémo de Rod Rosenstein, le vice-ministre de la justice", Le Monde, 10 mai 2017..
L'argument avancé pour écarter James Comey, et surtout le moment choisi, ne convainquent pas le camp démocrate, le limogeage survenant alors que Comey supervisait une autre enquête sur de possibles liens entre l’équipe de campagne de Donald Trump et les hackeurs russes qui avaient déstabilisé celle de Hillary Clinton. Ce renvoi provoque une importante polémique aux États-Unis et relance les interrogations sur les relations de Trump avec les RussesDonald Trump renvoie James Comey, le patron du FBI chargé de l'enquête sur ses liens avec la Russie, Huffington Post, 10 mai 2017Le coup de force de Trump contre le FBI, Le Monde, mai 2017..
Le , Donald Trump écrit sur Twitter que .
Mémos de conversations Le est rendue publique l'existence de mémorandums rédigés par Comey sur ses entretiens avec le président qui laissent entendre que le président aurait tenté de faire pression sur lui pour qu'il abandonne l'enquête sur son ancien conseiller à la sécurité Michael T. Flynn. À la suite de la publication détaillée du contenu de ces mémos par les médias, la Maison-Blanche publie un communiqué affirmant que et que le contenu des mémos .
Le , un procureur spécial, Robert Mueller, est chargé par le département de la justice d'enquêter sur les collusions présumées entre les autorités russes et des proches du présidentUn procureur spécial, vétéran du FBI, va enquêter sur Trump et la Russie, Libération, 18 mai 2017.
Lettre adressée au Congrès Dans une lettre adressée au Congrès le , James Comey confirme des « révélations » de la presse américaine sur « l'ingérence de Trump » selon lesquelles le président américain aurait bien demandé à l'ex-patron du FBI .
Déposition devant le Comité judiciaire du Sénat vignette|redresse|Une commission du Sénat américain.
Le , James Comey fait une déposition devant le Comité judiciaire du Sénat durant laquelle il déclare avoir fait l'objet de pressions et se dit convaincu que le président l'a limogé afin de L’ex-directeur du FBI dresse un portrait à charge de Donald Trump, Le Monde, 8 juin 2017. Il n'apporte cependant pas de preuve, Trump lui ayant simplement dit qu'il que l'enquête sur Flynn pourrait être abandonnée, sans lui donner d'ordre direct en ce sens. Durant son interrogatoire par les sénateurs, James Comey admet avoir fait fuiter des informations sur le président afin de provoquer grâce aux médias la nomination d'un procureur spécial.
Réaction de Donald Trump Le , les avocats de Donald Trump annoncent qu'ils vont porter plainte contre l'ancien directeur du FBI auprès du département de la Justice des États-Unis pour divulgation d'informations confidentielles.
Parallèlement, durant une conférence de presse avec le président roumain Klaus Iohannis, Donald Trump accuse James Comey . Il a ajouté qu'il était prêt .
Le , Trump qualifie dans un tweet l’enquête en cours comme étant et qu'elle était conduite par . Dans un autre tweet, il demande .
Le , l'un de ses avocats, , dément que ces tweets accréditent la thèse et affirme .
Rôle de Jeff Sessions vignette|upright=0.75|Jeff Sessions. vignette|upright=0.75|Sergueï Kisliak, ambassadeur de Russie à Washington. Le , le procureur général des États-Unis, Jeff Sessions, annonce vouloir comparaître devant le Comité sénatorial du renseignement pour . Le , en préambule à son audition, il nie avoir omis de déclarer une rencontre avec l’ambassadeur russe ou tout autre entretien avec un représentant du Kremlin à propos de l’élection présidentielle et dément les allégations de collusion entre Moscou et l’équipe de campagne de Donald Trump, les qualifiant de .
Au cours de son audition, Jeff Sessions confirme deux éléments du témoignage livré une semaine plus tôt par James Comey. D'une part, le tête-à-tête de ce dernier avec le président au terme d’une réunion à laquelle Sessions avait lui-même pris part, au cours duquel Trump aurait suggéré à James Comey de mettre un terme à une enquête concernant son ancien conseiller à la sécurité nationale, Michael Flynn. Et d'autre part, le fait que Comey avait fait part à Sessions de son malaise face au comportement du président, à la suite de ce même entretienÉtats-Unis : Jeff Sessions, le ministre de la justice de Trump, minimise « l’affaire russe », Le Monde, 13 juin 2017.. Sessions contredit toutefois le témoignage de James Comey, selon lequel ce dernier aurait .
Sous les questions répétées de certains sénateurs démocrates ou indépendants, en particulier Ron Wyden, Martin Heinrich et Angus King, Sessions reconnaît comme « possible » une troisième rencontre, jamais mentionnée jusqu'alors, avec l'ambassadeur russe à Washington, Sergueï Kisliak. À de nombreuses reprises au cours de cette audition mouvementée, Sessions affirme , et lorsqu'il est interrogé de manière insistante par les sénateurs sur le contenu de ses conversations avec Donald Trump concernant l'enquête en cours, il refuse de répondre aux questions au motif que le président n'a pas pu les valider au préalable.
Interrogeant le procureur général au sujet de l'enquête en cours sur les interférences russes dans l'élection présidentielle de 2017, le sénateur indépendant Angus King lui demande s’il croyait que la Russie avait voulu , ce à quoi Sessions répond : . , relance le sénateur. , se contente de répondre Sessions.
À la suite de cette audition, Sessions est accusé d'« obstruction » par les sénateurs démocrates du comité, qui lui reprochent « d'entraver l’enquête »Democrat senators accuse Jeff Sessions of 'evasiveness' and 'obstruction' in heated committee hearing, The Telegraph, 13 juin 2017..