vignette|Reconstitution de la chambre funéraire princière de Sutton Hoo.
Le rite funéraire anglo-saxon correspond aux pratiques funéraires des peuples germaniques établis en Angleterre entre le .
Ces pratiques ont beaucoup varié au cours de cette période. Avant la christianisation, les Anglo-Saxons païens ont aussi bien recours à la crémation qu'à l'enterrement, avec du mobilier funéraire dans les deux cas. Les défunts sont inhumés dans des cimetières, mais aussi sous des tumulus ou, plus rarement, dans des bateaux-tombes. L'arrivée du christianisme au entraîne une évolution du rite funéraire : la crémation est abandonnée, les tombes se concentrent dans des cimetières adjacents aux églises et le mobilier funéraire devient beaucoup moins fréquent.
Les premières excavations de tombes anglo-saxonnes remontent au , mais il faut attendre le développement de l'archéologie pour voir les premiers travaux scientifiques à ce sujet, à partir du . Les sites les plus emblématiques de la période anglo-saxonne sont le cimetière de Spong Hill, qui abrite les restes de plus de , et le bateau-tombe de Sutton Hoo, avec son mobilier funéraire particulièrement luxueux.
Période ancienne (jusqu'à 600)
Enterrements
Les communautés anglo-saxonnes ont le plus souvent recours à l'enterrement, car il s'agit de la méthode la moins coûteuse en temps et en équipement pour s'occuper des défunts. Ces sépultures constituent des sources précieuses pour la compréhension de leur société. La plupart du temps, les sols alcalins ont permis la bonne conservation des squelettes, et il est souvent possible de déterminer le sexe et l'âge des défunts, ainsi que d'obtenir des informations sur leur état de santé et leur mode de vie. L'analyse isotopique d'un squelette peut également permettre d'identifier la région où le défunt a grandi.
La taille des tombes est très variable, . La majeure partie des tombes n'abritent qu'un seul individu, mais les cas de sépultures multiples ne sont pas rares. Elles abritent le plus souvent un adulte et un enfant. Les tombes avec trois défunts ou davantage sont moins courantes, mais elles existent.
Les corps des défunts sont inhumés dans diverses positions : sur le dos, sur le ventre ou sur le côté, avec les jambes allongées parallèles, croisées au niveau des chevilles, légèrement repliées ou complètement repliées sur la poitrine, en position fœtale. D'après l'archéologue David M. Wilson, les défunts païens sont typiquement orientés la tête vers l'ouest et les pieds vers l'est, mais il existe de nombreuses exceptions. Les archéologues débattent toujours des raisons sous-jacentes aux différentes positions observées. À Horton Kirby, dans le Kent, c'est apparemment pour pouvoir entrer dans les tombes que les corps des défunts ont été légèrement repliés.. Dans d'autres cas, cependant, la taille des tombes ne permet pas de justifier la position latérale des corps. Les défunts retrouvés face contre terre ont parfois été considérés comme les victimes d'enterrements vivants, mais ce n'est sans doute pas la seule explication possible.
Les défunts font parfois l'objet de mutilations avant l'enterrement, la plus courante étant la décapitation. On a retrouvé des cimetières entiers de cadavres décapités, considérés par les archéologues comme des sites dédiés à l'inhumation d'individus exécutés. La période anglo-saxonne ancienne n'a livré que peu de cimetières d'exécutions, à part peut-être à Sutton Hoo où plusieurs défunts pendus, décapités ou mutilés sont enterrés autour du tertre , du côté est de la nécropole. La datation par le carbone 14 a permis de déterminer que les plus anciens remontent au , mais que le site a continué à accueillir des corps jusqu'aux . De probables cimetières d'exécutions des ont été découverts à Five Knolls, près de Dunstable. et à Bran Ditch, près de Fowlmere... Des corps décapités ont également été retrouvés dans des cimetières normaux. Celui de Loveden Hill, dans le Lincolnshire, abritait un cas singulier : un défunt décapité, dont la tête était posée sur son ventre, avec une urne posée à la place où elle aurait dû se trouver. Des pierres remplaçaient les têtes de trois défunts au cimetière de Great Addington, dans le Northamptonshire., tandis que les têtes de deux défunts du cimetière de Chadlington, dans l'Oxfordshire, étaient posées entre leurs jambes.. À Mitcham, dans le Surrey, plusieurs tombes contenaient des têtes supplémentaires, tandis que certaines n'en contenaient aucune et qu'elles se trouvaient aux pieds des défunts dans d'autres. Il existe des cas très rares de têtes enterrées sans corps, à Bideford-on-Avon dans le Warwickshire et à Port Way dans le Hampshire.
Certaines sépultures multiples présentent des éléments qui semblent d'ordre rituel, ce qui suggère qu'un rite païen prenait place au cours de l'enterrement. Il existe ainsi plusieurs cas de corps féminins déposés au-dessus de corps masculins, par exemple à Welbeck Hill, dans le Lincolnshire. Ces cas pourraient représenter un équivalent du sati, dans lequel la veuve d'un homme est tuée et enterrée avec lui pour l'accompagner dans l'au-delà. Il est également possible qu'elles aient été les esclaves des défunts, encore une fois tuées pour les suivre dans la mort. Une poignée de tombes ayant accueilli des individus apparemment enterrés vivants pourraient également refléter un rituel païen, à moins qu'il ne s'agisse d'une forme d'exécution capitale.
Crémations
La crémation est également une pratique fréquente chez les Anglo-Saxons. Les cendres du défunt sont recueillies dans une urne, qui est ensuite enterrée. La crémation devient de moins en moins courante tout au long du , mais elle reste pratiquée, par exemple dans le cimetière du St Mary's Stadium de Southampton. Son sens profond est hypothétique : libération de l'esprit après la mort pour , transformation publique du corps décédé pour . Les sites des crémations sont rarement identifiables par l'archéologie, mais la pratique est documentée par l'analyse ostéologique des cimetières de Spong Hill et Sancton.
La méthode exacte de crémation employée par les Anglo-Saxons reste incertaine. Après avoir étudié les cendres du cimetière d'Illington, Calvin Wells estime que les défunts ont été allongés sur le sol, puis qu'un bûcher a été édifié au-dessus d'eux avant d'être allumé. Cela expliquerait selon lui pourquoi la crémation n'est pas toujours parfaite au niveau du sommet des épaules.. Jacqueline McKinley remet en question cette hypothèse : selon elle, il n'y aurait pas assez d'oxygène dans le système de Wells pour brûler un corps entier. Elle propose d'imaginer les bûchers anglo-saxons comme une grille de poutres dont les intervalles seraient remplis de petit bois sur laquelle seraient déposés les corps.. Quelle que soit la méthode exacte, la crémation se produit sans doute en public et constitue un spectacle qui établit un lien entre les vivants et les morts.
Après la crémation, les cendres et les restes sont rassemblés et déposés dans une urne. On ignore combien de temps s'écoule entre la crémation et l'inhumation de l'urne, mais il est possible que cette dernière ait été longtemps conservée avant d'être enterrée dans certains cas. Elles sont le plus souvent enterrées droites, bien que certaines aient été retrouvées à l'envers. Elles sont aussi bien enterrées dans des fosses communes que dans des trous individuels.
Les urnes funéraires typiques sont des poteries décorées de motifs variés. Le svastika est l'un des symboles les plus courants, non seulement sur les urnes, mais aussi sur certaines armes, des broches et autres bijoux, généralement féminins. L'archéologue David M. Wilson propose d'y voir l'emblème du dieu Thunor, qui à force d'usage aurait perdu toute valeur symbolique pour n'être plus qu'un simple élément décoratif. La rune ᛏ (tir), qui représente la lettre T et peut-être le dieu Tiw, apparaît également de manière récurrente sur les urnes et autres objets.
Des couvercles d'urnes ont été découverts à Baston, dans le Lincolnshire., et à Drayton, dans le Norfolk., mais ce sont des exceptions. Le couvercle d'urne le plus singulier est celui retrouvé à Spong Hill qui représente un être humain assis, les coudes sur les genoux et la tête dans les mains.. Des pierres sont parfois utilisées en guise de couvercles. Quelques urnes ont été façonnées avec des morceaux de verre formant des sortes de fenêtres. On en a retrouvé à Castle Acre dans le Norfolk, à Helpston dans le Nottinghamshire et à Haslington dans le Cambridgeshire.. Des cas très rares de réutilisation d'urnes de l'époque romano-bretonne tardive sont attestés, par exemple à Cleatham dans le Lincolnshire.. Quelques récipients en bronze ont été retrouvés dans des cimetières en lieu et place des urnes en poterie, à Sutton Hoo, à Coombe dans le Kent., à Illington dans le Norfolk. et à Snape dans le Suffolk..
Les crémations accompagnées d'objets funéraires ne constituent que la moitié environ des crémations connues. Dans certains cas, ces objets ont été placés sur le bûcher avec le défunt et présentent donc des signes de dégâts, mais dans d'autres cas, ils sont intacts, ce qui implique qu'ils n'ont pas été placés sur le bûcher. Les objets les plus courants appartiennent à la catégorie des objets de toilette : pincettes, rasoirs, ciseaux et cure-oreilles en bronze ou en fer. Certains sont des versions en modèle réduit sans utilité pratique. Les peignes en os ou en bois de cervidé sont également fréquents, parfois brisés avant d'être placés dans l'urne.
Période centrale (de 600 à 800)
Les pratiques funéraires de la période anglo-saxonne centrale, qui couvre les deux siècles entre 600 et 800 environ, sont moins bien comprises que celles des périodes précédente et suivante. C'est durant cet intervalle que les Anglo-Saxons sont convertis au christianisme, ce qui explique en grande partie les évolutions constatées par les archéologues. La disparition progressive des objets funéraires et l'orientation des tombes suivant un axe ouest-est sont couramment expliquées par l'introduction des croyances chrétiennes en l'au-delà.
À la fin du , l'antiquaire est le premier à identifier un cimetière de cette période. En étudiant les objets retrouvés dans les tertres des cimetières du Kent, il remarque la présence d'emblèmes chrétiens et en conclut que les individus enterrés dans ces tombes sont des Anglo-Saxons christianisés, mais ayant vécu avant que ne se généralise la pratique consistant à enterrer les morts dans les cimetières des églises. L'archéologue en identifie d'autres dans le Cambridgeshire au cours des années 1920 et 1930 : l'absence d'éléments « païens », comme les armes dans les tombes, l'incite à penser que les défunts étaient des Anglo-Saxons fraîchement convertis.
Cette période est parfois qualifiée de « phase finale », une expression créée par l'archéologue en 1936. D'après lui, ces tombes constituent la dernière manifestation des coutumes païennes avant que les pratiques chrétiennes ne viennent les supplanter. En 1963, Miranda Hyslop établit une liste de critères partagés par les tombes de la phase finale. Les tombes meublées de la phase finale sont caractéristiques des cimetières en usage au et au début du . Cependant, les archéologues n'ont pas appliqué de manière systématique l'étiquette « phase finale » aux tombes qu'ils ont fouillées, si bien qu'il n'existe pas de liste définitive de cas relevant de cette période. Andy Boddington énumère huit points caractéristiques de la phase finale : la création de nouveaux cimetières sous l'influence du christianisme ; la création de ces cimetières à proximité des villages ; l'omniprésence presque absolue des inhumations au détriment des crémations, extrêmement rares durant cette période ; l'orientation ouest-est de la majorité des tombes ; l'édification de tertres au-dessus de certaines tombes ; la rareté des tombes contenant des objets ;