El-Atrache ( al-Aṭrash ), aussi connu comme Bani al-Atrash, est le nom d'un clan Druze originaire de la région du Djebel el-Druze dans le Hauran (sud-ouest de la Syrie). Le nom de al-atrash signifie en arabe les "sourds" et provient de l'un des patriarches de la famille qui était sourd. Le clan al-Atrash émigra vers le Djebel el-Druze du Hauran au début du et, sous la conduite de leur cheikh (chef de clan), Ismail al-Atrash, prit l'ascendant dans la région au milieu du siècle sur le clans al-Hamdan. Grâce à sa réputation sur le champ de bataille, sa capacité à manœuvrer politiquement avec les autres clans, les Bédouins, les autorités ottomanes et les consuls européens, Ismail renforça son pouvoir. Au début des années 1880, la famille contrôlait dix-huit villages, dont les plus importants étaient as-Suwayda, Salkhad, al-Qurayya, 'Ira et Urman.
Ismail fut remplacé à sa mort par l'aîné de ses fils, Ibrahim puis, à la mort de ce dernier, par un autre de ses fils, Shibli. Les cheikhs al-Atrash conduisirent les Druzes dans de nombreuses révoltes contre les Ottomans, notamment la révolte du Hauran de 1910. L'un de ses cheikhs, Sultan Pacha al-Atrash fut le chef de file de la Grande révolte syrienne contre la domination française en Syrie en 1925-1927.
L'histoire
Origines Les origines de la famille Bani al-Atrash sont obscures, selon l'historien druze Kais Firro. En effet, comme pour les autres grandes familles du Moyen-Orient, leur "arbre généalogique" a été établi une fois qu'ils étaient au faîte de leur puissance"Firro 1992, .. Le clan Bani al-Atrash se réclame de la descendance d'Ali al-Aks, un chef de la région de une montagne à l'ouest de la campagne d'Alep. Cette affirmation est confirmée par plusieurs historiens de la famille, mais est considérée avec scepticisme par Firro. Certains membres de la famille se réclament quant à eux de la descendance du clan Ma'an, une puissance famille druze du mont Liban durant le règne des Mamelouks et les débuts de la période ottomane (– siècles).
Les fondateurs du clan Bani al-Atrash immigrèrent probablement vers le Hauran au début ou au milieu du , mais un certain nombre de théories existent quant aux circonstances de leur immigration. On dit qu'un certain Muhammad (le grand-père d'Ismail al-Atrash) se serait installé avec sa famille, tandis que d'autres sont d'avis que les trois frères de la famille, du village de Tursha dans Wadi El Taym ont migré vers Hauran et se sont installés sur le territoire contrôlé par les Druzes du clan Hamdan. Le nom d'al-atrash, qui signifie "le sourd" en arabe, dérive du fils sourd de Muhammad. Par la suite, Il devint le patronyme de reconnaissance de Muhammad et de sa famille. L'un des fils de Muhammad fut tué dans le Hauran au cours de la révolte druze de 1838 contre l'émir Bachir Chehab II et les Égyptiens de l'armée d'Ibrahim Pacha.
Le règne d'Ismail Ismail al-Atrash, petit-fils de Muhammad, rejoignit le chef druze Shibli al-Aryan du Wadi al-Taym dans sa campagne militaire contre les Maronites au nom des Druzes du mont Liban dans les années 1840Firro 1992, .. Ismail acquit une excellent réputation sur le champ de bataille au sein des troupes druzes. À tel point qu'il succéda al-Aryan en tant que leader charismatique des Druzes à la mort de dernierFirro 1992, .. Ismail s'installa dans le village d'al-Qurayya et prit son indépendance par rapport aux cheikhs druzes qui gouvernaient la région. Il forma ainsi sa propre mashaykha. Il encouragea l'installation de Druzes et de Chrétiens à al-Qurayya et, au cours des années 1840, 1850, renforça son rôle de chef militaire alors que les autres cheikhs étaient en lutte contre les autorités ottomanes et les tribus bédouines. Alors que de temps à autre il y avait des affrontements avec les Bédouins, il noua tout de même des alliances avec certaines tribus contre les Ottomans. Son fils Shibli était un poète qui s'inspira du style poétique des Bédouins. Ses poèmes étaient lus et récités au sein des tribus, du Hauran à la péninsule du Sinaï
Dans les années 1850, Ismail disputa la suprématie du Jamal al-Druze (région volcanique du Hauban où étaient majoritairement installés les Druzes) au cheikh Hamdan Wakid al-Hamdan. Le clan Wakil s'était allié les clans Bani Amer, Azzam, Hanaydi, Abou Assaf et Abou Fakhr dans cette lutte pour le pouvoir contre les al-Atrash, dont les seuls alliés parmi les clans druzes étaient la famille Qal'aniFirro 1992, .. Ismail avait noué des relations avec le consul britannique à Damas et l'essentiel des échanges de correspondances entre les Druzes et les Britanniques passait par lui. Les Ottomans continuèrent naturellement à considérer Ismail comme le chef naturel des Druzes malgré l'autorité du cheikh Hamdan sur les populations du Jamal al-Druzes du Hauban. Les chefs des différentes familles s'allièrent afin de contraindre le consul à considérer l'autorité des Wakid comme la seule légitime dans la région en . Cependant, par la force des choses, Ismail s'imposa clairement comme l'homme fort de la région. Depuis son quartier général à al-Qurayya, son règne marqua un tournant important dans les relations de pouvoir dans la région du Hauran. Dans les années 1830, les tribus bédouines étaient dominantes et les habitants des villages druzes étaient obligés de payer le khuwwa (hommage) aux Bédouins. Au début des années 1850 cependant, les Druzes ne versaient plus le khuwwa, tandis que les villageois musulmans du Hauban continuaient à y être soumis. En lieu et place, ce sont les Bédouins qui versaient une taxe à Ismail pour permettre à leurs troupeaux d'utiliser les fontaines et réservoirs d'eau en territoire druze.
En 1860, la zone d'influence des Bani al-Atrash s'étendait sur al-Qurayya, Bakka et 'Ira. Cette dernière était un ancien bastion du clan Hamdan, mais avait été conquise par Ismail en 1857Firro 1992, .. L'intervention d'Ismaïl, au nom de ses coreligionnaires au cours de la révolte du Mont-Liban en 1860 renforça son prestigeFirro 1992, .. En 1866, Ismail fut nommé gouverneur de la région de Jabal Hauran par Rachid Pacha, gouverneur de la Villayet de DamasFirro 1992, .. En 1867, les Bani al-Atrash ajoutèrent à leur zone de gouvernance les zones de Malah, Dhibin, Salkhad, Urman, Umm al-Rumman et Mujaymir, ainsi qu'à leur zone d'influence Sahwat Balatah, Khirbet Awad, Jubayb, Kanakir et al-RuhaFirro, .. Les relations avec les clans Hamdan et Bani Amer se détériorèrent par la suite et ce dernier rejoignit les tribus bédouines lors de leur guerre contre Ismail en 1868Firro 1992, .. Pour mettre fin à la guerre, Rachid Pacha remplaça Ismail par son fils Ibrahim et divisa le Jabal Hauran en quatre sous-districts en respectant les limites des zones d'influence des cheikhs druzes. Le clan des Bani al-Atrash avait alors étendu sa domination à 18 villages (sur les 62 villages druzes dans la région de Jabal Hauran).
Le règne d'Ibrahim Ismail est mort en , et une lutte de pouvoir eut lieu entre ses fils Ibrahim et GhibliFirro 1992, .. Le premier fut reconnu par Rachid Pacha comme le mudir de l'Ara, provoquant des affrontements entre les partisans des deux frères et leurs alliés. Le litige fut réglé par la médiation des autorités de Damas et Shibli reconnut l'autorité de son frère en . Au début de sa gouvernance, Ibrahim se saisit d'as-Suwayda, fief, du clan al-HamdanFirro, ed. . Il poursuivait ainsi l'expansion dominatrice des al-Atrash sur les territoires druzes. La paix s'ensuivit dans la région de Jabal Hauban au cours des années suivantes. Malgré l'administration turque, le système d'administration interne des Druzes se vit accorder une large autonomie.
Cette relative autonomie du Jabal Hauran évolua avec la nomination de Midhat Pacha, gouverneur de Damas en 1878Firro, ed. . Le gouverneur utilisa deux incidents violents entre les Druzes et les habitants des plaines du Hauran comme prétextes pour lancer une expédition dans le but de renforcer l'application des règles de l'Empire ottoman sur le Jabal Hauban. En , il nomma Sa'id Talhuq, un Druze du mont Liban, comme qaimmaqam et lui confia l'autorité sur les gendarmes druzes afin d'établir une cour d'appel et une nouvelle assemblée administrative. Il exigea que les cheikhs druzes versent livres turques pour rembourser les frais de l'expédition et donna son consentement pour la construction d'une route entre Jabal Hauran et Lajat afin de faciliter l'établissement d'une garnison ottomane dans cette région. Les cheikhs druzes rejetèrent sa demande, et Ibrahim al-Atrash s'opposa à la nomination de Talhuq et se rebella contre les réformes administratives de Midhat Pacha. Midhat Pacha fut remplacé par Hamdi Pacha, en , ce qui coïncida avec un incident au cours duquel des Musulmans sunnites d'al-Karak tuèrent trois Druzes, lançant ces derniers dans des représailles qui conduisirent au massacre de 105 habitants du village. Une commission, supervisée par Hamdi Pacha, conclut finalement au paiement par les Druzes d'une importante indemnité au titre du prix du sang (diyya) aux habitants d'al-Karak, qui furent officiellement condamnés pour avoir été à l'origine de l'incident. La commission décida aussi de l'établissement d'une garnison ottomane à l'extérieur de l'as-Suwayda et de la nomination de plusieurs cheikhs des Bani al-Atrash à la tête de subdivisions administrativesFirro, ed., .. Ainsi, Ibrahim al-Atrash fut reconnu comme munir d'as-Suwayda, Shibli pour 'Ira, leur frère Muhammad pour Salkhad et leur allié Hazima Hunaydi pour al-Majdal. Renforçant la légitimité des al-Atrash, Ibrahim fut nommé qaimmaqam en .
La nomination officielle d'Ibrahim, en parallèle avec un renforcement de la présence militaire de l'occupant ottoman augmenta encore les tensions au sein des clans druzes. Les cheikhs comme la population furent particulièrement irrités par le nouveau système de taxation (renforcé et mieux appliqué) qui était prélevé par Ibrahim au nom de l'État. A la fin 1887, les tensions entre les Druzes étaient à leur paroxysmeFirro, ed., .. Un conflit armé en découla entre les al-Atrash et les Sulut ; les troupes ottomanes intervinrent et tuèrent entre vingt et quatre-vingt-cinq combattants druzes. Le combattants Sulut attaquèrent par la suite une caravane druze, tuant deux combattants et s'emparant de soixante chameaux. Pendant cette période, Ibrahim resta en dehors de la mêlée, laissant à penser pour de nombreux Druzes qu'il collaborait avec les Ottomans. L'année suivante, le gouverneur de Damas annonça une série de mesures visant à intégrer encore plus les Druzes dans le giron de Damas : paiement d'un arriéré d'impôts, création de cinq écoles d'État, arrestation des personnes recherchées et création d'une gendarmerie sous les ordres d'Ibrahim
Les Bani al-Atrash furent chassés de leurs villages au cours d'une révolte paysanne en 1889 ; si cette révolte avait été initiée par le chef d'un clan rival, celui-ci finit aussi par être chasséBatatu, .. Ibrahim après avoir combattu les paysans en juin fut forcé de se retirer sur Damas avec le reste du clan al-Atrash et de demander la protection des OttomansFirro, ed., .. La situation fut temporairement réglée grâce à la médiation des shuyukh al-uqqal, mais la révolte, connue sous le nom de "Ammiyya" se reproduisit en 1890 et les clans furent de nouveau expulsés des villages par les paysans. Les Bani al-Atrash ainsi que leurs rivaux furent de nouveau remis en place grâce à une intervention ottomane. La restauration des Beni al-Atrash fut conditionnée à une réforme agraire importante qui conduisit les paysans à acquérir le droit à la propriété sur leurs terres. Le partage d'une même croyant entre les clans dominants et les paysans contribua à assainir les relations.
Le règne de Shibli