vignette|IAM (ici Shurik'n et Akhenaton) en concert lors de la fête de l'Humanité en 2014. vignette|Soprano en 2011.

Le hip-hop marseillais fait référence aux productions artistiques appartenant au mouvement hip-hop de la ville de Marseille, dans le sud de la France, une des villes pionnières de l'introduction et de la diffusion de ce mouvement dans le pays et parfois considérée comme deuxième capitale française du hip-hop avec Paris. Le mouvement hip-hop arrive à Marseille avec l'émission Prélude, sur Radio Star, en 1983, puis sur Radio Sprint, à partir de 1985. Le mouvement hip-hop se développe dans divers quartiers du centre-ville au quartier Nord, de l'Opéra, de la gare Saint-Charles au Cours Julien..

Dans les années 1990, elle connait un âge d'or et devient la seconde scène la plus importante en France après l'Île-de-France, avec des artistes comme IAM, Soul Swing, Fonky Family ou Œil, bien que ces premiers soient les seuls à s'imposer durablement au niveau national.

Après avoir connu un déclin dans les années 2000, Marseille connaît un renouveau du mouvement hip-hop dans les années 2010, et ce dans plusieurs disciplines notamment : rap, beatboxing, et art urbain.

Histoire Origines Née à New York dans les années 1970 avec la première fête organisée par DJ Kool Herc, la culture hip-hop trouve d'abord écho dans les discothèques marseillaises au début des années 1980 avec des titres comme (1979) ou (1982). La funk est déjà très présente à Marseille. et ces titres sont tout de suite bien reçus au sein de cette mouvance. Chronologiquement, dans l'histoire du hip-hop, apparaissent en premier les DJ (qui sont plus tard appelés « beatmakers »).. Ils collent ensemble des samples d'œuvres existantes pour en faire des créations originales, innovations permises par l'arrivée de nouveaux outils comme la boîte à rythmes programmable ou l'échantillonneur. Arrivent rapidement les danseurs (les B-boys) et les MC (Masters of Ceremony), qui dansent et rappent sur les morceaux des premiers.

Libéralisation des ondes (1981) vignette|Pub-affiche de l'émission Prélude de Radio Star (1983-1984).

À partir de et de la loi de « libéralisation des ondes », portant dérogation au monopole d'état de la radiodiffusion., plusieurs radios locales apparaissent. Les Marseillais Philippe Subrini, âgé de 27 ans, et Patrick Gastine, âgé de 20 ans, décident de créer en 1983 une émission consacrée au « mouvement » hip-hop qui prendra le nom de Prelude (nom du célèbre label de musique new-yorkais) » (cependant, la « première émission n'a pas lieu à Marseille, mais à Arles. »), puis sur Radio Star Marseille, le samedi soir, de 22 heures à minuit.

Dans son ouvrage Dictionnaire amoureux de François Mitterrand, l’ancien ministre de la Culture Jack Lang décrit ainsi l’essor du mouvement hip-hop dans le pays : « Une fabuleuse explosion d’initiatives surgit. Un exemple parmi beaucoup d’autres : l'essor en France du mouvement hip-hop auquel j'apporte évidemment mon soutien est dopé par les radios libres. Le hip-hop sort de la sphère des initiés. Dans le sud de la France Philippe Subrini et Patrick Gastine diffusent à partir d' l'émission Prelude à l’antenne de Radio Delta Sud, à Arles, avant de rejoindre Radio Star à Marseille. ».. À cette même période, ils sont par ailleurs en correspondance avec deux amies établies aux États-Unis, ce qui leur permet d’avoir des informations sur l’actualité musicale et des enregistrements d’émissions de radio.

Béatrice Sberna, dans son ouvrage sur la sociologie du Rap à Marseille, écrira : « L'équipe de Prelude est la suivante : un animateur, Patrick Gastine (Yannick), un technicien et rédacteur Philippe Subrini (Phil Sobrano), une secrétaire Brigitte Frantzkoviok, Hélène Coste (Maître assistant à l’université du Michigan à Ann Arbor) et Annick Dufeu (Maître assistant à l’université Northwestern à Evanston) chargées de traduire des textes américains en français provenant aussi de la Zulu Nation »., organisation prônant la culture hip-hop dans le monde et dirigée par le musicien Afrika Bambaataa.

Le mouvement hip-hop se fait aussi connaître dans la région marseillaise par l'intermédiaire du breakdance lors de soirées organisées dans des discothèques. C'est le cas, avec la venue au Barbarella à la fin de l'année 1983, du groupe new-yorkais les Break Machine à l'occasion de la sortie de leur single Street Dance, soirée animée par l'équipe de Prelude (Radio Star). Le « son » hip-hop, s'impose petit à petit et permet l’émergence de jeunes danseurs de breakdance. Des groupes marseillais voient le jour comme les Marseille City Breakers (MCB), les Flash Breakers (ancien groupe de Shurik'n) et les Nice Track.

(1984) vignette|gauche|Présentation du film Beat Streat en 1984 à Marseille avec Les MCB, Patrick Gastine (Yannick), et Philippe Subrini (Phil).

L’année est une année décisive pour l'histoire du hip-hop avec l'arrivée de l'émission de télévision Hip Hop sur TF1, animée par Sidney, avec aussi la présence de plus en plus fréquente de breakers dans les clips vidéo et avec la sortie en France de deux films sur le mouvement. Au mois de , Philippe Subrini et Patrick Gastine sont invités pour la présentation du film dans le cadre de la du Festival de Cannes. Ils en profitent pour interviewerLes enregistrements font partie des Archives de Philippe Subrini. pour l'émission Prélude la plupart des acteurs du film présents pour l’événement comme : Afrika Bambaataa et les Soulsonic Force, Les membres du Rock Steady Crew et des New York City Breakers, sans oublier Harry Belafonte.

Les Marseille City Breakers font aussi partie de la fête en compagnie de Sidney (Patrick Duteil), des P.C.B. et de la « zulu queen » Afrika Loukoum (Sophie Bramly). Sidney qui découvre les M.C.B. pour la première fois les invite par la suite pour son émission de télévision intitulée H.I.P. H.O.P.

vignette|Le , la première grande soirée hip-hop est organisée à la discothèque Le Futuria.

Le , l’équipe de Prelude, en collaboration avec Claude Damiente, directeur du cinéma l'Odéon, organise en haut de la Canebière (Kiosque à Musique), face au cinéma, une animation de breakdance à l’occasion de la sortie du film . L'un des membres du groupe des M.C.B., José Mendes-Leal, se souvient : « On a également assuré le show sur la Canebière à Marseille avec le groupe de rap Nice Track, composé de Jesse et de deux autres danseurs, pour la projection en avant-première du film au cinéma de l’Odéon. Ce sont des souvenirs très forts. » À cette occasion, « Claude Damiente décidera que l’entrée du cinéma serait gratuite.. »

Le , la première grande soirée hip-hop est organisée à la discothèque le Futuria, située à Gignac-la-Nerthe, à de Marseille (dossier Archives du Mucem), animée par le « DJ » Jean Marc Sicky, Afrika Loukoum, Patrick Gastine, Philippe Subrini et les Marseille City Breakers. À l'issue de cette soirée, un grand concours de breakdance aura permis à de nombreux groupes de la région de se faire connaitre : « Cela prouve, en passant, qu'en 1984, le breakdance avait essaimé dans toute la région.. » Durant l'été 1984 les M.C.B. et toute l'équipe de Prelude seront amenés à faire la promotion du film mais aussi du film Break Street 84 dans le sud de la FrancePar exemple une grande soirée Beat Street sera organisé le dans la célèbre discothèque de l'Amnesia au Cap d'Agde avec aussi la présence des groupes : Nice Track, des Aix-City-Breakers et des MCB. (dossier Archives du Mucem).

L'année 1984 aura permis de faire connaître au grand public le début du mouvement hip-hop.

Vibration de Radio-Sprint (1985) vignette|gauche|Équipe de l'émission Vibration en 1985, avec les frères Christian et Richard Voulgaropoulos - Eric Mouriès et Philippe Subrini.

L'année 1985 sera un nouveau départ ; Philippe Subrini (Phil) quitte Radio Star et l’émission Prelude prend fin. « Je quitte Yannick et je vais sur Radio Sprint monter l'émission Vibration avec les frères Christian et Richard ». qui étaient de fidèles auditeurs de l'émission Prelude. Tous ensemble, ils se mettent à construire l’émission Vibration tout en gardant le même principe que pour Prelude, mais avec davantage de funk. Par exemple avec des albums de : Georges Clinton, Cameo, Midnight Star, One Way, Con Funk Shun, et Brass Construction.

L’émission Vibration établit un partenariat avec le magasin de disques d’importation Dan Import, situé au 20, cours Julien à Marseille, depuis 1984. Dan Import est le lieu de rendez-vous des DJ de la région PACA, car Dan (Daniel Castaldi) fournit les disques d’importation à toutes les discothèques du Sud de la France. Par la suite, les membres de Vibration seront rejoints par DJ Rebel (alias DJ RBL), Georges Moutet (surnommé DJ Géo), Francki Mallet (Professeur Babacar, DJ Mox, sans oublier les MCB, et Philippe Fragione (futur Akhenaton).

Eric Mouriès se souvient aussi de la façon dont le futur Akhenaton est entré en contact avec l'équipe de Vibration : « On voulait quelqu’un qui était déjà parti à New York et qui connaissait le milieu du hip-hop new-yorkais. On lance une annonce à la radio et on tombe sur un gars qui appelle à l’antenne : Il s'appelait Philippe Fragione. Il nous dit qu’il était déjà parti à New York et qu’il avait une tante qui vivait dans le Connecticut. Il nous raconte qu’il est allé au Roxy, qu'il a quelques contacts là-bas, dont un mec qui s’appelle JessieDans les archives sonores des émissions Vibration que Philippe Subrini conserve, il y a une émission de Vibration avec un insert téléphonique en direct de New York et Jessie leur annonce la fermeture du Roxy.. Du coup, on lui propose de venir nous rencontrer à la radio. ».

Cette rencontre sera décisive pour Philippe Fragione, celui-ci nous l’explique très bien dans son ouvrage « Ils m’ont pris à l’antenne en direct et j’ai raconté mon séjour. Dans la foulée, Philippe m’a invité à assister aux émissions. J’ai sympathisé avec lui et les autres animateurs ».

vignette|José et Alain des MCB, DJ Rebel, Philippe Fragione, Richard Voulgaropoulos et Philippe Subrini (souvenir de Radio Sprint 1985).

L'objectif de la nouvelle équipe était de fédérer un maximum de monde autour du mouvement hip-hop et du message de la Zulu Nation. Message qui rappelle à Philippe le du mouvement hippie. DJ Rebel confie à Valérie Simonet : « Philippe Subrini, pionnier du rap à Marseille, y avait son émission. « Il nous disait d'abandonner notre négativité pour créer, c'était ça l'esprit Zulu Nation : Valerie Simonet, Journal Libération, 29 avril 1998.. » L'équipe de Vibration, durant cette année, renforce les contacts avec New York, que Yannick et Phil avaient déjà entrepris avec la Tommy Boys pendant la période de Radio Star et aussi avec l'arrivée dans l'équipe de Philippe Fragione.

Marseille - New-York (1986–1988)

Âge d'or (années 1990) Au début des années 1990, le hip-hop commence à devenir médiatisé en France, porté par des artistes comme IAM, Suprême NTM, MC Solaar, Ministère A.M.E.R., Assassin. Les médias s'intéressent au phénomène : les premières émissions de télé consacrées au hip-hop apparaissent, comme « RapLine » sur M6, et la radio Skyrock décide de se spécialiser dans le rap.