Les câbleries et corderies de Dour sont une ancienne entreprise industrielle belge spécialisée à l'origine dans la fabrication de cordages et de câbles destinés notamment aux exploitations charbonnières. Implantée à Dour, dans la province de Hainaut, son origine remonte à une corderie fondée en 1810 par Jean-Baptiste Harmegnies.

L'entreprise se développe au cours du avec la mécanisation de la production et la fabrication de câbles de mine. Au , elle diversifie ses activités dans les câbles électriques et de télécommunication. L'entreprise est acquise en 1989 par Câbles de Lyon, au sein du groupe qui deviendra par la suite Nexans. Au début des années 1990, les bâtiments de l'ancien site industriel du centre de Dour deviennent inoccupés. Le site a depuis été reconverti en espace résidentiel et commercial.

Aperçu historique

Du au

Au milieu du , des cordiers spécialisés dans la fabrication de cordages destinés notamment aux exploitations charbonnières sont présents dans la région. Ils utilisent principalement du chanvre, notamment récolté dans les régions de Thulin et Hensies.

Quatre cordiers sont recensés vers 1796, contre huit en 1799.

Au début du , Dour compte deux corderies utilisant notamment le chanvre et le goudron comme matières premières. L'une appartient à Alexandre Defrise, également actionnaire de plusieurs charbonnages de Dour, et la seconde à Jean-Philippe Bureau. Cette dernière acquiert en 1820 une première machine destinée à la réalisation de cordes plates.

En 1810, Jean-Baptiste Harmegnies fonde sa corderie rue Neuve, actuelle rue du Temple, à Dour. En 1829, l'entreprise occupe quatre ouvriers. Elle apparaît dans les recensements industriels à partir de 1830.

Vers le milieu du , le Hainaut compte 93 corderies employant au total 168 ouvriers, soit moins de deux ouvriers en moyenne par établissement. L'activité de la famille Harmegnies conserve alors un caractère essentiellement artisanal ; le bâtiment est notamment renseigné au cadastre comme bâtiment rural.

En 1842, Jean-François Harmegnies succède à son père à la tête de l'entreprise. Sous sa direction, celle-ci se développe et se mécanise progressivement.

En 1854, l'ancien atelier est remplacé par une « fabrique de cordes » dans laquelle est installée une première machine à vapeur. L'agrandissement des bâtiments permet également d'accroître les capacités de production.

Entre 1859 et 1861, Jean-François Harmegnies dépose plusieurs brevets. L'entreprise développe notamment la fabrication de câbles de mine, acquiert de nouvelles machines et introduit de nouveaux procédés et matériaux dans sa production.

En 1868, l'entreprise est agrandie. Une partie du matériel est transférée vers un nouveau terrain situé rue du Temple.

À partir des années 1870, l'entreprise développe également ses débouchés à l'étranger. En 1879, des fournitures sont notamment commandées depuis l'Allemagne, la France et les Pays-Bas, malgré le développement de mesures protectionnistes.

En 1882, Jean-François Harmegnies crée avec ses enfants la société « André Harmegnies et frères ». La gestion de l'entreprise est progressivement confiée à son fils André Harmegnies.

À la fin du , l'entreprise emploie environ 42 ouvriers, dont près des trois quarts ont moins de 21 ans. Elle produit alors des cordes en chanvre et en aloès de Manille, mais également des fils de fer, d'acier fondu, de cuivre ou de bronze phosphoreux.

La société fabrique également des câbles plats et ronds destinés aux charbonnages, aux carrières et aux usines, ainsi que des cordages et courroies destinés à différents usages industriels.

En 1906, la société en commandite est dissoute et transformée en société anonyme. La « Société anonyme des Corderies Harmegnies de Dour » est constituée le et demeure une entreprise familiale.

Au début du , elle emploie deux employés et une cinquantaine d'ouvriers.

En 1917, pendant l'occupation allemande, l'entreprise est autorisée par la Bergverwaltung à poursuivre la fabrication de câbles destinés aux charbonnages en raison de leur importance pour l'économie de guerre.

En 1921, l'entreprise développe la production de câbles armés et acquiert de nouveaux moteurs électriques afin d'augmenter ses capacités de production.

En , elle fusionne avec la S.A. « Les Conducteurs électriques » de Saint-Gilles-lez-Bruxelles. Une division consacrée à la fabrication de câbles électriques est alors créée. La société prend le nom de « S.A. des Câbleries et Corderies du Hainaut ».

De nouveaux travaux d'agrandissement et la construction d'ateliers sont entrepris à partir de .

En 1930, André Harmegnies quitte la direction de l'entreprise, qui passe entre les mains de Jacques Harmegnies.

Pendant l'occupation allemande lors de la Seconde Guerre mondiale, les effectifs de l'entreprise diminuent. La production se poursuit néanmoins en raison de l'importance de ses activités pour l'économie de guerre.

Après la Seconde Guerre mondiale, l'entreprise adapte ses procédés de fabrication à l'utilisation croissante de matières thermoplastiques dans la production de câbles.

À partir des années 1970, les départs naturels au sein du personnel ne sont plus systématiquement remplacés. Entre le début de la décennie et 1976, les effectifs commencent ainsi à diminuer. En 1976, ils passent notamment de 936 à 820 personnes.

En 1977, la S.A. des Câbleries et Corderies du Hainaut fusionne avec la S.A. Câbleries et Tréfileries associées. Le nouvel ensemble conserve le nom de « S.A. des Câbleries et Corderies du Hainaut ». Son capital atteint alors 40 millions de francs belges et ses services commerciaux et administratifs sont centralisés à Dour.

En 1979, André-Jean Lavenne, président honoraire de la société, quitte son mandat le .

À la suite du second choc pétrolier, la conjoncture économique se détériore et la hausse du prix de certaines matières premières, notamment des matières plastiques, affecte l'activité de l'entreprise. Des suppressions d'emplois ont lieu au cours de cette période.

En 1989, la presse annonce une offre publique d'achat visant la société. La même année, les Câbleries de Dour sont acquises par Câbles de Lyon.

En 1992, les bâtiments de l'ancien site industriel sont inoccupés et commencent à se détériorer. Une partie du complexe est démolie.

Influence sur la vie locale

Jean-François Harmegnies

Parallèlement à son activité industrielle, Jean-François Harmegnies exerce plusieurs fonctions politiques à Dour. Il est élu conseiller communal puis devient échevin.

En 1867, il participe à la création à Dour d'une succursale de la Caisse générale d'épargne et de retraite.

André Harmegnies

André Harmegnies exerce également des responsabilités politiques dans la commune. Il se présente aux élections communales du et est nommé conseiller communal le .

Le , il est désigné échevin des travaux publics.

Le , il devient bourgmestre de Dour. Durant son mandat, un réseau d'égouts et un système de distribution d'eau potable sont notamment réalisés.

Vestiges de l'ancien site

La valseuse

left|thumb|La valseuse en 2014

La valseuse est l'un des éléments conservés de l'activité industrielle des Corderies Harmegnies. Construite en 1935, cette machine en fonte servait à torsader les cordes. Installée à proximité de la rue du Roi-Albert Ier et du temple protestant, elle a été conservée lors de la transformation progressive du site.

La cheminée

left|thumb|La cheminée vue depuis l'extérieur en 2014

Une cheminée industrielle se trouvait au cœur du complexe. Elle constitue l'un des éléments architecturaux conservés lors du réaménagement de l'ancien site.

left|thumb|La cheminée vue depuis l'intérieur en 2014

Les anciens bureaux

Les bâtiments administratifs de l'entreprise se trouvaient à proximité de la rue Fleurichamps. Une partie de ceux-ci subsistait encore au début des années 2010, avant le réaménagement du site.

left|thumb|Anciens bureaux de la S.A. Câbleries et Corderies du Hainaut en 2014

Reconversion de l'ancien site

À partir du , l'ancien site des Câbleries n'est plus affecté à une zone industrielle. Le ministre wallon de l'Aménagement du territoire, Philippe Henry, donne son accord à son classement comme site à réaménager (SAR).

Un premier projet prévoit notamment la création de logements, de commerces et de services.

Le projet évolue ensuite pour devenir l'« Espace C ». Le nouveau complexe est officiellement inauguré le . Il occupe près de cinq hectares et associe logements, anciens bâtiments industriels reconvertis et surfaces commerciales. Lors de l'inauguration, le projet comprend notamment 22 appartements en construction, 13 lofts aménagés dans un ancien bâtiment industriel et une zone commerciale d'environ comprenant onze points de vente, une brasserie et une salle de jeux.

Une partie du patrimoine industriel a été intégrée au nouveau complexe, notamment la cheminée de l'ancienne usine.

Notes et références

Bibliographie

Catégorie:Histoire industrielle des Wallons