Robert Tatin d’Avesnières, pseudonyme de Robert Tatin, né le dans le quartier d'Avesnières (Laval, Mayenne) et mort le à Papeete (Polynésie française) est un peintre français.

À partir de 1950, il a œuvré essentiellement dans plusieurs îles de l’Océanie, alors territoires de l’empire colonial français (Tahiti, Nouvelle-Calédonie) ou condominium franco-britannique (Nouvelles-Hébrides – Vanuatu depuis 1980).

Biographie Jeunesse Robert Tatin est né en 1925 de Marcelle Blot et de Robert Tatin, dit « de l’Épine » (1902-1983) à Laval (quartier d'Avesnière), chef-lieu du département de la Mayenne.

Le nom de ce peintre, qui a œuvré essentiellement dans plusieurs territoires d’Océanie des années 1950 jusqu’à sa mort à Tahiti en 1982, dispute sa notoriété à celle de son père Robert Tatin (1902-1983), artiste bâtisseur qui porte donc son même prénom. Probablement pour se démarquer d’une homonymie jugée fâcheuse, Robert Tatin fils s’est adjoint le patronyme « d’Avesnières », complétant ainsi sa signature d’artiste en l’originant dans son lieu de naissance et d’enfance.

Enfant, il semble qu’il ait souffert de l’abandon précoce de sa mère, Marcelle Blot, à la suite du divorce parental. Le père a la garde de l’enfant et se remarie. Il est alors élevé également par la deuxième épouse de son père. Le nouveau couple a une fille, Hélène, la demi-sœur de Robert Tatin. Celle-ci témoigne dans ses souvenirs Hélène Tatin, Robert Tatin d'Avesnières : peintre de l'Océanie, J. Julien, 2003, . de l’ambiance aisée qui régnait dans leur maison de Laval où leur père, maître compagnon, entrepreneur de peinture en bâtiment et décorateur était une sommité locale. Très demandé pour la restauration de châteaux et d’hôtels, il a acquis sa place parmi les notables. Avant que lui-même ne devienne créateur à part entière, son entreprise fut longtemps florissante et le jeune Tatin évolua dans ce milieu à la fois bourgeois et artiste.

Carrière Hélène Tatin affirme qu’au lycée son frère a été un élève moyen, assez indisciplinéHélène Tatin, , . mais qu’il a exprimé très tôt son talent en dessin et en peinture. Son père, le voyant peu porté sur l’étude, l’emploie comme apprenti.

On qualifie souvent Robert Tatin d’autodidacte, dans la mesure où il n’a pas suivi de cursus artistique académique. Sa formation a d’abord été celle qu’il a reçue dans l’entreprise de son père, se spécialisant dans plusieurs disciplines décoratives : peintures en lettres, faux marbre, fresque murale.

Un autre domaine d’évasion de l’adolescent furent les récits d’aventures. Toujours d’après sa sœur, il a formé très tôt le rêve de partir à l’autre bout du monde, à Tahiti. Il se sent passionnément inspiré par la vie de Paul Gauguin, le mythe de la Polynésie, la vie dans les îles du Pacifique, réputée plus pure, plus facile. À 20 ans, à la suite d'une déception sentimentale Hélène Tatin, , . il part en Algérie pour plusieurs mois de 1945 à 1946, muni d’un contrat de chauffeur de livraisons dans le désert. Juste avant son retour en France, il se fait dérober les économies qu’il destinait à payer son voyage pour Tahiti.

Il rejoint la nouvelle entreprise paternelle, maintenant un atelier de céramique installé dans le Marais à Paris. Il y travaille un an et exécute par ailleurs quelques travaux de commande, essentiellement des fresques pour l’entourage familial, en Mayenne.

À 25 ans, Tatin d'Avesnières réussit à partir. Il embarque le à Marseille sur le paquebot Ville d’Amiens pour Tahiti, avec la promesse d’un contrat de travail de peintre décorateur en lettres. Le voyage dure presque un mois et demi. Il tient un journal pendant la traversée.

Il arrive à Papeete le . Simple artisan expatrié, c’est en Polynésie qu’il décide de devenir artiste peintre. Il quitte Tahiti au bout de sept ans et le reste de sa vie se partagera en périodes plus ou moins longues dans différents territoires de l’Océanie, qu’il peindra pendant 30 ans jusqu’à sa mort. Ces séjours sont entrecoupés de départs et retours, y compris celui vers la métropole, qu’il rejoint après 25 ans d’absence, en 1977.

De 1977 à 1982 il tente de se trouver une place en France mais l’essai s’avère décevant. C’est en Polynésie qu’il achève sa course d’un hémisphère à l’autre.

Il meurt à Papeete le à l’hôpital Mamao. Sur sa tombe au cimetière d’Uranie de Papeete, figure l’inscription d’une phrase de Roland Dorgelès : .

Voyages Tahiti (1950-1957) Robert Tatin s’établit à Hamuta, un district de Papeete où pendant les sept années que durera son séjour il tentera de vivre ce « rêve polynésien » qui l’avait hanté dans sa jeunesse. D’abord simple artisan en peinture d’enseignes, il se met à son compte comme peintre en lettres. C’est à Hamuta qu’il peint ses premières toiles de peintre débutant, dans un style que l’on peut qualifier de naïf. Il y aime une Tahitienne, Elisa, dont les portraits idéalisés, réalisés ensuite à sa mémoire, parsèment son œuvre.

Ses écrits et ses peintures traduiront longtemps la nostalgie de ce qu’il considérait comme un paradis perduHenri Croq, Robert Tatin d'Avesnières : Peintre de l'Océanie, J. Julien, 2003, ..

On ignore quelle fut la vraie raison de son départ précipité de Tahiti en 1957.

La Nouvelle-Calédonie (1957-1962) C'est le territoire où il commence à constituer véritablement son œuvre. Un an après son arrivée à Nouméa, il participe à une première exposition collective. Il sillonne la Nouvelle-Calédonie, ramenant des tableaux exécutés sur le vif en pleine nature.

Sa vie matérielle est précaire ainsi que sa santé. Il semble que Robert Tatin ne s’en soucie pas, animé par sa curiosité et son désir de peindre : scènes locales, paysages, natures mortes. Fin 1962, 170 toiles seront présentées à sa première exposition personnelle à Nouméa. Malgré son succès et les ventes qui le mettent provisoirement à l’abri des besoins matériels les plus urgents, il quitte cependant le territoire. Son ami, le peintre Henri Crocq le décrit comme excédé, n’ayant selon lui pas abouti dans sa quêteHenri Croq, , ..

Les Nouvelles-Hébrides (1962-1976) En Robert Tatin d'Avesnières arrive dans l'archipel des Nouvelles-Hébrides (Vanuatu depuis 1980) pour présenter à Port-Vila, la capitale, sa deuxième grande exposition personnelle. Parti pour quelques mois, il y demeurera quatorze ans.

Tatin d'Avesnières a aimé autant que possible cet archipel (alors condominium franco-britannique), et en a peint la diversité. Ses carnets expriment le sentiment, parfois, d’avoir retrouvé le Pacifique perdu depuis Tahiti, grâce à la nature exceptionnelle de ces îles de la Mélanésie et la fraternité d’un peuple dont il se sent procheHélène Tatin, , ..

Il s’est installé au bord du lagon d’Eluk, sur l’île d'Éfaté) où se situe la capitale des « Hébrides », Port-Vila. Bien que vivant toujours dans une précarité « diogénique », selon le mot de son ami Henri CrocqHenri Crocq, préface de Robert Tatin d'Avesnières : Peintre de l'Océanie, J. Julien, 2003, ., il bénéficie désormais d’une vraie reconnaissance en tant que peintre. On vient le voir dans sa cabane en tôle au bord du lagon : c’est là qu’il produit les meilleures toiles de sa période hébridaise.

Il voyagera dans les autres îles de l’archipel : Tanna, Mallicolo, Espiritu Santo, Anatom, Ambrym.

En 1970, en raison de la construction d’un hôtel, il a été expulsé de sa baraque à Eluk. Suzanne Bastien, directrice d’école, future collectionneuse, galeriste et mécène, le fait héberger sur son terrain dans un faré (case mélanésienne traditionnelle), en attendant que soit construit un nouvel atelier. Toutefois, en dépit de ces soutiens amicaux et de protections locales, la vie du peintre semble hantée de cauchemars. L’alcool et la frugalité de son quotidien ont gravement affecté sa santé. Il est sauvé de justesse par un sevrage sévère en 1970, puis en 1973, lors d’un séjour à SantoHélène Tatin, , ..

Tatin fait le décompte des années vécues loin de FranceHélène Tatin, , ..

Dans un des carnets écrits aux Nouvelles-Hébrides figure un brouillon de lettre à son père, dans lequel il propose de l’inviter à Port-Vila, lui offrant même le prix du billet. Robert Tatin père ne viendra jamais rendre visite à son fils. Ce dernier exprime sa résignation, sachant que son père est occupé à construire son grand œuvre, sa propre légende, c’est-à-dire son musée sur le lieu-dit La Frénouse à Cossé-le-Vivien, en Mayenne.

Une exposition personnelle est organisée en 1975 à Port-Vila, un an avant son départ définitif des Nouvelles-Hébrides.

L’Indonésie (1976-1977). Sur le chemin d’un retour en France Au bout de ces 14 dernières années passées aux Nouvelles-Hébrides, Robert Tatin d'Avesnières se décide à partir pour la France, via l’Indonésie où il avait projeté depuis longtemps de faire étape. Dès 1975 il s’était informé du prix du billet mais ce dernier ne concernait qu’un aller-retour Nouméa-Djakarta. Il ne prévoyait donc pas encore de quitter définitivement le Pacifique Sud.

Dans des caisses conservées en lieu sûr, il a laissé à Nouméa et Port-Vila l’œuvre de 25 années de peintures. Après Djakarta il se rend à Bali où il passera plusieurs mois. Il y fait d’innombrables dessins et gouaches sur le vif. Ses carnets se remplissent pendant les 6 mois que durera cette escale indonésienne : foules urbaines, marchés, cérémonies, paysages, temples, maisons, portraits de femmesHélène Tatin, , .. Robert Tatin s’est rendu également sur l’île de Java, puis s’est arrêté à Bangkok en Thaïlande, peignant des scènes de la vie quotidienne : marchés flottants, foules nocturnes. Certaines esquisses, huiles ou gouaches seront terminées en France et il reconstituera certaines scènes de mémoire après son retour en Europe.

Le retour en France (1977-1982) Le il débarque à Orly où il est saisi par le froid Hélène Tatin, , .

Arrivé à Laval, il se rend à Cossé-le-Vivien chez son père, en pleine édification de son musée. Il trouve belles ses sculptures gigantesques (l’allée des Géants), apprécie ses peintures (), et qualifie de l’architecture composite des bâtiments du domaine, d’inspiration maya (portes de la Lune et du Soleil).

Mais c’est un retour problématique pour Robert Tatin d’Avesnières, dominé par l’inadaptation , par la précarité financière, et des retrouvailles décevantes avec son père, avec lequel le courant ne passe pas. Ce dernier vit une nouvelle vie de couple et ne porte pas l’attention qu’aurait attendue ce fils de retourHélène Tatin, , ..

À Laval, il s’installe dans un logement très modeste fourni par la mairie, qu’il occupera pendant six ans et qu’il ne quittera que pour quelques séjours à Paris, en Corse, ainsi que pour une échappée à Ibiza (Baléares) à l’invitation de sa demi-sœur Hélène Tatin, ou encore à Londres au début 1978 auprès d’amis britanniques rencontrés à Port-VilaHélène Tatin, , ..

Papeete (1982) Le dernier voyage Alors que plus rien ne semble le sauver de son désenchantement, l’occasion lui est donnée d’un ultime séjour en Polynésie. Des amis lui ont organisé une exposition personnelle à Papeete, ont également offert le billet du voyage et lui ont procuré le logement. L’exposition sera un vrai succès local – le dernier, de son vivant.

Robert Tatin d'Avesnières meurt en , quelques mois après cette dernière consécration océanienne. L’artiste, dont l’œuvre avait vraiment commencé à Tahiti, a achevé sa vie à Tahiti, un an avant la mort de son père. La presse a ensuite rendu compte de l’exposition de Papeete en 1985 à l’occasion de la donation Robert Tatin (55 tableaux) au territoire de Polynésie françaiseLes Nouvelles de Tahiti, , ..

L’œuvre de ce peintre français expatrié est conservée par les principaux musées du Pacifique Sud et de nombreuses collections privées en Océanie. Une exposition réunissant des œuvres de ses collectionneurs en France a eu lieu dans le musée Robert Tatin à Cossé-le-Vivien du au .

Robert Tatin d’Avesnières, peintre de l’Océanie

La peinture de Robert Tatin

Réception critique