Les forces armées de l'Empire allemand sont constituées par la marine de guerre, l'armée de terre et la force aérienne de 1871 à 1919.
Composées par les armées nationales des états qui constituent l'Empire, elles héritent de la puissance militaire prussienne pour soutenir le pouvoir impérial. Elles seront défaites lors de la Première Guerre mondiale.
Alliances militaires
État-major
Armée impériale vignette|200px|Photographie de la "Dicke Bertha"
Lors des guerres contre la France, l’Autriche et le Danemark, l’armée allemande était majoritairement constituée de soldats prussiens. La Prusse, État fondateur de l’Empire, était un pays à forte tradition militaire, d’ailleurs Mirabeau a dit : « La Prusse n’est pas un État qui possède une armée, c’est une armée qui a conquis une nation ».
De Sadowa à Paris, l’armée prussienne était reconnaissable grâce à son uniforme de couleur « bleu prussien ». Son équipement, moderne, comporte un casque de cuir bouilli, appelé aussi « casque à pointe », des effets faciles à enfiler, un équipement individuel qui s’enlève très rapidement quand on défait la boucle du ceinturon, un fusil Dreyse moderne fonctionnant par une culasse à un coup et une percussion à aiguille. L’état-major sait utiliser les chemins de fer, y compris au profit du ravitaillement. vignette|gauche|150px|Casque d'un officier prussien des dragons entre 1860 et 1870 Après la période d’unification, la nouvelle Deutsches Heer ne combat plus en Europe jusqu’à la Grande Guerre. Mais elle combat dans les colonies, notamment en Chine pour lutter contre la révolte des Boxers. Ou bien elle parade, comme à Damas, au Maroc et, bien sûr, à Berlin.
Mais la diminution de son activité permet son amélioration. En effet, les ingénieurs militaires améliorent les armes, les tenues et l’artillerie. Vers 1910, on parle de nouveaux engins militaires comme les tanks et les avions.
Quand l’ordre de mobilisation générale est proclamé en 1914, l’armée a changé. Les soldats ont perdu leur rigide élégance prussienne pour adopter une silhouette plus rustique. En 1916, il est bien équipé malgré la pénurie qui sévit au pays. Vêtu de gros drap vert pâle, idéal pour le camouflage, ainsi que de bonnes bottes, il est protégé par un casque d’acier et un masque anti-gaz. Son fusil Mauser 1898 calibre est ultramoderne. Les fantassins possédaient aussi des lance-flammes, invention d’un capitaine de pompiers. Arme à tir très court, il cause de cruelles blessures et terrorise les soldats.
Les chars, sous-estimés par les généraux allemands en 1914, ne sont fabriqués qu’en très faible quantité. Mais vers 1916-1917, ils sont améliorés et sont devenus de redoutables armes au sein des armées alliées. L’artillerie joue un rôle important dans la guerre. Extrêmement développée en Allemagne, elle fut, avec l'obusier de , redoutée des ennemis du Reich. Des canons énormes comme la Grosse Bertha font des ravages sur les champs de bataille. Mais il y avait des petits engins, les lance-mines qui sont des armes à bon marché qui servent d’artillerie légère. Leurs tirs sont courts et courbes. Enfin, l’aviation développée vers le début de la guerre n’est encore qu’au stade expérimental. Ce sont des hommes qui lancent de petites grenades à partir de l’appareil.
Marine vignette|200px|gauche|Le Seydlitz
Avant la guerre contre la France, en 1870, la marine allemande ne constituait pas encore une arme redoutable. Pourtant la Confédération de l'Allemagne du Nord achetait pour sa Norddeutsche Bundesmarine à la Grande-Bretagne tout son matériel maritime et même son matériel de guerre, à l'exception des canons. Dès 1871, von Moltke, entrant en lutte avec la plupart de ses généraux, qui voulaient réduire la marine à la stricte défense des côtes, se résolut à l'affranchir de la servitude que l'armée de terre prétendait lui imposer. Malgré l'autorité du vieux maréchal, la doctrine contraire prévalut encore pour quelque temps. De 1873 à 1888, l'Allemagne organisa une marine défensive; à partir de 1889, une marine offensive. Cette marine fut dirigée par le général von Stoch, puis par le général Leo von Caprivi. En vain, Bismarck, gagné aux idées nouvelles s'écria : "Il nous faut des bâtiments de haute mer et un canal de la Baltique à la mer du Nord qui leur livre l'espace !". Le général von Caprivi se contenta d'organiser la défense des côtes, mais il organisa bien et créa de bons torpilleurs. Guillaume II eut là un solide point de départ pour ses hardis projets. Sans s'arrêter aux difficultés, il sépara l'administration du haut commandement, pour le plus grand bien de l'une et de l'autre. Il institua un cabinet maritime sur lequel il exerçait une surveillance personnelle et il y annexa un service spécial appelé "Bureau des Renseignements" : service d'espionnage où, selon la coutume allemande, sont employés des officiers de réel mérite.
Grâce au développement de l'industrie, le recrutement des marins devenait toujours plus facile. Bien différents des anciens bateaux qui exigeaient des hommes de mer doués et expérimentés, les cuirassés avaient surtout besoin de mécaniciens, d'électriciens, d'ajusteurs, en mot, d'ouvriers d'élite. L'Allemagne n'avait rien qui ressemble à l'inscription maritime.
Organisés avec méthode, les arsenaux et les écoles fournirent le matériel, les équipages et les officiers que l'Empereur souhaitait. Dès qu'il fut en possession de ces bons résultats, il s'appliqua à les développer. Il avait à vaincre la vieille jalousie de l'armée, l'opposition du Parlement, l'hostilité de la plupart des partis politiques. À tous, il s'efforça de prouver que l'agriculture, le commerce et l'industrie avaient tout à attendre d'une marine de premier ordre. Le canal de la Baltique à la mer du Nord, creusé aussi vite que possible, avait été inauguré avec éclat en 1895. Ni la Grande-Bretagne, ni la France ne parurent d'abord s'inquiéter de cette œuvre stratégique, pourtant si importante. Elles ne comprirent le danger que le jour où elles virent l’amiral von Tirpitz, le confident de Guillaume II, déposer au Reichstag un projet qui, d'un seul coup, doublait la marine de guerre ().
Pour entraîner de nouveau l'opinion, le Gouvernement allemand usa de tous les moyens : articles de journaux ou de revues, brochures, livres, conférences. Il fit remonter les torpilleurs dans les fleuves, aussi haut que la profondeur de l'eau le permettait, afin de frapper l'imagination des "terriens". Le Reichstag donna son adhésion au projet. En Allemagne, les crédits furent votés, non pas pour une seule année, comme en France, mais pour plusieurs années. Le Ministère de la Marine connaissait donc les fonds dont il pouvait disposer. Ainsi, les constructions s'échelonnent avec méthode. Dès qu'un navire était arrivé à la limite d'âge, il était immédiatement remplacé. Une mise à la réforme déclenchait une mise en chantier. Les dépenses pour la marine augmentaient sans cesse. L'Allemagne possédait, en 1914 : 27 cuirassés, 12 croiseurs cuirassés, 9 garde-côtes, 38 navires éclaireurs, 10 canonnières, 8 vaisseaux-écoles, 13 navires spéciaux, 201 torpilleurs et 12 sous-marins. L'Empire avait 3 arsenaux : Kiel, Wilhelmshafen et Danzig (chantier de construction). Il usait de divers établissements privés. Dans la marine le service était obligatoire, comme dans l'armée, de : 3 ans dans la marine active, 4 dans la réserve et le reste dans la et le Landsturm. Les hommes étaient répartis dans des divisions (Abteilungen) qui comprenaient la section des matelots et celle des chantiers. Les sous-officiers (Deckoffiziere) devaient subir des examens très sérieux. Les officiers sortaient d'une école spéciale de cadets. Ils y étaient restés 3 ans, puis avaient subi un examen et avaient été nommés lieutenants. Les fortifications, établies sur le rivage et armées avec soin, étaient reliées par un chemin de fer stratégique. Le commandement et l'administration formaient toujours deux services séparés. L'un achetait, préparait, construisait; l'autre utilisait et dirigeait. À la tête de l'un était un sous-secrétaire d'État ; à la tête de l’autre, un amiral relevant directement de l'Empereur. vignette|200px|Le cuirassé Oldenburg, l'empereur Guillaume II. Jamais l'Allemagne ne s'était beaucoup préoccupée de la « guerre de course ». Elle soignait particulièrement son escadre cuirassée, en mettant à profit les ressources de son admirable métallurgie. Ses navires étaient répartis méthodiquement en division, où les unités étaient toutes semblables. Dans ses ports et ses arsenaux régnaient la même méthode et la même discipline. Pour qu'une expérience consommée appuie l'instruction théorique des officiers et des marins, on leur ordonnait de manœuvrer sur des mers difficiles et même dans des conditions périlleuses. Guillaume II, en mettant le yachting à la mode, faisait du sport un instrument de progrès.
L'association maritime, Flottenverein, soutenue par les pouvoirs publics, ne négligeait rien pour faire connaître et aimer la marine dans tout le pays. Les maîtres d'école conduisaient les écoliers dans les musées de marine; là, ils leur donnaient force explications de nature à leur inspirer le goût des expéditions lointaines.
En , l’amiral von Tirpitz, secrétaire d'État (ministre) de la Marine, avait insisté sur le rôle représentatif que devaient tenir les bâtiments de guerre, « portant l'autorité du pavillon national partout où pénètre le commerce ». L'Allemagne voulait avoir une flotte supplémentaire de croiseurs cuirassés, de croiseurs légers, de torpilleurs et de bâtiments de service, prête à appuyer la propagande de représentant commerciaux. Tirpitz ajouta que l'effort de l'Allemagne devait tendre à renforcer beaucoup plus activement ses forces en service dans les eaux étrangères. Politique navale de Guillaume II et rivalité anglo-allemande À la fin du , la Grande-Bretagne, première puissance navale et coloniale de l'époque, tient à confirmer la supériorité de sa Royal Navy. En 1888, la peur d'une guerre avec la France et l'accroissement de la flotte russe font redémarrer la construction navale : le de 1889 entraîne la construction de huit nouveaux cuirassés britanniques. Dans ces dernières années du et au tout début du , la course à la construction des cuirassés est attisée par l'opposition entre le Royaume-Uni et l'Allemagne. Les lois allemandes de 1890 et 1898 autorisent la construction d'une flotte de 38 cuirassés, ce qui menace l'équilibre naval. Si la Grande-Bretagne répond par davantage de nouveaux navires, elle n'en a pas moins perdu une grande partie de sa suprématie. En 1883, le Royaume-Uni possède 38 cuirassés, deux fois plus que la France et à peu près autant que le reste du monde réuni.
Le Royaume-Uni obtint des ententes amicales avec la France et la Russie pour parer la menace navale allemande, créant dès lors une division de l'Europe en deux alliances rivales de grandes puissances : la Triple-Entente de la France, la Russie et du Royaume-Uni; et la Triple-Alliance (ou Triplice) de l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie et l'Italie (voir Première Guerre mondiale). Ces jeux d'alliances augmentèrent considérablement le risque de guerre généralisée, un conflit entre un membre d'une alliance avec un membre de l'autre alliance suffisant à entraîner les autres membres dans la guerre par invocation de l'alliance ou par présomption que l'autre camp invoquera son alliance respective. C'est ce qui se produisit finalement de juillet à : l'Allemagne appuya l'Autriche-Hongrie contre la Russie dans les Balkans et, considérant que n'importe quel conflit requerrait la mobilisation allemande face à la France, appliqua son plan Schlieffen. Le plan Schlieffen impliqua la violation de la neutralité de la Belgique, donnant un casus belli au Royaume-Uni via le traité de Londres.