La consommation de viande à travers le monde a triplé au cours des 40 dernières années selon l'institut Worldwatch.

Étudier les différents impacts de cette hausse semble donc pertinent pour faire face aux enjeux actuels et futurs induits par notre style de vie. Dans le monde, on consomme en moyenne de viande par personne et par an. La viande peut être considérée comme un bien de prestige dont la consommation reflète la compétition sociale qui existe aujourd'hui au sein de nos sociétésLAMBIN (E.), La terre sur un fil, Paris, Le Pommier, 2004, p. 312.. Dans les pays développés on mange en moyenne deux fois plus de viande que dans les pays en développement.

Causes

Les causes de cette hausse de consommation sont nombreuses. On peut citer entre autres, une hausse du revenu, une urbanisation croissante, et un changement du mode vie, cela allant de pair avec l'émergence de la classe moyenne, en particulier dans les pays en voie de développement.

Pour comprendre cette hausse, il faut tout d'abord jeter un œil sur la division de la population dans la société, en particulier la division entre population urbaine et rurale. Les schémas illustrent que la majorité de la population mondiale, qu’elle soit urbaine ou rurale, habite dans un pays en voie de développement. De plus, au cours du temps, la population rurale est appelée à diminuer, tandis que la population urbaine évolue de manière croissante. Ceci engendrant une classe moyenne plus nombreuse et donc une consommation se rapprochant de plus en plus de celle des pays occidentaux.

Sur les 50 dernières années, la consommation de viande dans les pays industrialisés a augmenté. La Chine se distingue par une croissance augmentant de manière croissante au cours du temps. Les pays en voie de développement suivent le même chemin que la Chine concernant la consommation de viande, ce qui aura des conséquences qui dépasseront les frontières des pays où des hausses tout aussi spectaculaires sont constatées. Par ailleurs, la situation de la Chine reste différente à la majorité des pays en voie de développement à cause de ses politiques de natalité et la hausse de population attendue au cours des prochaines années.

Impacts

Ces changements dans les habitudes alimentaires en plus d'avoir des conséquences sur la santé humaine et animale, influencent les modes de production et engendrent des bouleversements économiques. De plus, les impacts environnementaux de cette consommation ne sont pas négligeables.

Impact sanitaire

Dans le domaine sanitaire, les impacts de la consommation de viande ont déjà été étudiés mais tous les effets ne sont pas si faciles à déterminer vu les nombreux facteurs qui entrent en ligne de compte. Pour n'en citer que quelques-uns : l'historique familial de cancer, les indices de masse corporelle, l'âge... Selon le Centre de recherche et d'information des consommateurs (CRIOC), la viande est irremplaçable par son apport de certains acides aminés mais sa surconsommation entrainerait des maladies cardiovasculaires, certaines intoxications alimentaires, voire des cancers Site officiel du « CRIOC », « Consommation de viande : un lourd tribut environnemental », rapport de 2007, consulté le 17 février 2014.. Selon l’enquête « Results from the European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition » dirigée par une équipe de scientifiques et de médecinsCette étude a été menée au sein des populations où la consommation de viande a le plus augmenté depuis la fin de la seconde guerre mondiale, à savoir en Europe de l’Ouest, en Australie et Nouvelle-Zélande, en Amérique du Nord, et même en Chine., si la viande contient notamment des protéines, du fer, du zinc et des vitamines B, aussi bien que des vitamines A qui sont bonnes pour l’organisme, en consommer plus que nécessaire pourrait être à l’origine d’une augmentation du nombre de maladies cardiaques, et ceci en raison de la haute teneur en cholestérol ainsi qu’en acides gras saturés présents dans ces aliments. De plus, même si le fer est important pour l’organisme, en particulier pour combattre l’anémie, une trop grande quantité de fer, particulièrement dans l’appareil gastro-intestinal augmente le risque de cancer, dont celui du côlonROHRMANN Sabine e.a., “Meat consumption and mortality - results from the European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition“, page consultée le 28/04/14.. La consommation de la viande rouge a été associée à un risque accru de cancer colorectal, gastrique, de l'œsophage, du pancréas, du sein... mais ce n'est pas forcément lié. En effet, selon une étude sur le cancer du sein réalisée en Argentine, le risque est plus lié au fait de manger des aliments frits que de manger du bœuf. Ce qui peut causer des cancers, par contre, est la formation d'amines hétérocycliques (HCA) et d'hydrocarbures aromatiques polycycliques pendant la cuisson. Plus la viande est cuite à haute température, plus grande quantité de HCA il y a. Ainsi, une diminution de risque du cancer du colon a été associée à la consommation de pouletMATOS, E. et BRANDANI, A. (2002). « Review on meat consumption and cancer in South America ». Mutation Research, 506-507:243-249.. On assiste également à une hausse du nombre de zoonose dont les plus récentes et marquantes ne sont autre que la SARS et la grippe H1N1Jessika Ava, « Beyond the pail, The emergence of industrialized dairy systems in Asia », Brighter Green, 2014..

Les modes de production de la viande influencent la qualité de celle-ciTURNER (B.) et FISCHER-KOWALSKI (M.), « Ester Boserup: An interdisciplinary visionary relevant for sustainability », PNAS, 2010, vol. 107, n° 51, p. 21963–21965., on y retrouve des résidus dus entre autres à l'ingestion d'antibiotiques par les animaux. En Inde et dans les pays d'Asie, les vaches sont élevées dans des CAFOs (Concentrated Animal Feeding Operations) et des effets négatifs sur la santé ont pu être observés aux alentours de ceux-ci : cancers, infections, nausées, dépressions, malaises, maux de tête. En Uruguay et en Argentine, l'augmentation de l'utilisation d'herbicides sur les plantations de soja a des effets dramatiques dans les zones rurales comme dans les villages et les petites villes : le nombre de fausses couches et de malformations congénitales a augmenté. De plus, alors qu'en moyenne 19 % des décès en Argentine sont causés par un cancer, plus de 30 % de la population décède à cause de cela dans ces régions à forte production agricoleMATHIAS, E. (2012). Livestock out of balance. From asset to liability in the course of the livestock revolution. League for Pastoral and Endegenous. Livestock Development, Ober- Ramstadt, Germany.. Cette production crée donc une sorte de pollution, une viande qui peut se retrouver « impropre » à la consommation humaine, et ces externalités ne sont pas comprises dans le prix de vente. Ce qui pose des questions éthiques qui seront développées plus tard.

Impact environnemental

Gaz à effets de serre et déforestation La production de viande repose essentiellement sur l'élevage, une activité qui nécessite de grandes étendues de territoires pour la production de la nourriture du bétail, participant ainsi à la déforestation et à la réduction de la biodiversité. Selon un rapport de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) publié en 2016, les pâturages seraient la source de plus de 80 % de la déforestation du bassin amazonien et mobiliserait jusqu'à 80 % de la surface des terres agricoles dans le monde..

Selon un rapport de la FAO de 2016, 14,5 % des gaz à effet de serre d'origine anthropique sont produits par les filières de l'élevage, en particulier les bovins élevés pour la viande et pour le lait., via la fermentation entérique.

Dans ce rapport, la FAO estime que la viande bovine émet de tonnes d'équivalent sur un total de , soit 35,3 % des émissions par produit au niveau mondial.

Un autre organisme, Climate Watch, du World Resources Institute, estime cependant dans un rapport. que le secteur du bétail et du fumier est responsable de 5,8 % des émissions de gaz à effet de serre en 2020 dans le monde, et confirme la forte responsabilité de la fermentation entérique.

Consommation d'eau Il faut, d’après l’INRAE, en moyenne de 550 à 700 litres d’eau pour produire un kg de viande de bœuf, puisque parmi les quelques milliers de litres consommés, la plupart proviennent d'eau de pluie (eau bleue). Selon un rapport de INRAE productions animales, la quantité d'eau consommée varie considérablement selon les pays et les caractéristiques des systèmes de production (par exemple, système biologique sans irrigation et système plus intensif avec irrigation), et des différences importantes entre années sont observées.

Ce rapport de l'INRAE explique que la quantité d'eau consommée dépend beaucoup des systèmes de production, de la race de l'animal, ou bien du climat. Il n’y a pas de relation forte entre la présence de bétail et le risque de pénurie d’eau. Pour calculer l'eau totale utilisée depuis la culture des végétaux nourrissant le bétail jusqu'à la mort de l'animal, il faut discerner trois types d'eau :

L’eau bleue est l’eau circulant sous forme liquide et prélevée dans les rivières, les eaux dormantes ou dans les nappes phréatiques pour les besoins des activités humaines.

L’eau grise est un concept visant à tenir compte de la pollution de l’eau en calculant la quantité d’eau qu’il faudrait rajouter à une eau polluée pour qu’elle devienne conforme aux normes environnementales. Il s’agit donc d’une eau virtuelle. Ce concept peut être appliqué à n’importe quel polluant, mais l’a généralement été aux nitrates. L’eau verte est l’eau nécessaire pour la croissance des plantes. Elle est considérée comme étant égale à l’évapotranspiration réelle. Celle-ci est en fait la somme de l’évaporation des sols et de la transpiration des plantes poussant sur ces sols. Elle dépend du climat, secondairement du type de sol et du type de végétation. Elle est positivement liée à la biomasse végétale et à la pluviométrie. Elle participe donc au cycle air - sol - plante de l’eau et est parfois appelée « eau sous forme vapeur » puisqu’elle correspond à l’eau quittant le sol ou les plantes sous forme gazeuse.

En Amérique latine

L'impact environnemental principal est la déforestation de la forêt amazonienne. Le bassin de l'Amazone qui couvre 40 % de l'Amérique du Sud abrite la plus grande forêt tropicale du monde, un écosystème qui soutient peut-être un tiers des espèces terrestres du monde, qui stocke de vastes quantités de carbone et qui exerce une influence considérable sur le climat mondial. Le pays le plus concerné par la déforestation est le Brésil, le plus grand exportateur de viande bovineFRIENDS OF THE EARTH EUROPE (2010). From forest to fork. The UK's contribution to deforestation in Brazil. London.. Ce défrichage en masse a lieu principalement dans les savanes du Cerrado au BrésilMCALPINE, C.A., ETEER, A., FEARNSIDE, P.M., SEABROOK, L. Et LAURANCE, W.F.(2009). « Increasing world consumption of beef as a driver of regional and global change: A call for policy action based on evidence from Queenslan, Colombia and Brazil ». Global environmental change, 19: 21-33.. Des recherches récentes examinant la déforestation par l'élevage bovin en Amazonie et au Cerrado entre 2003 et 2008 suggèrent que 56 % des nouvelles déforestation dans le Cerrado et 75 % des nouvelles déforestations en Amazonie peuvent être directement liées à l'expansion des ranchs. L'expansion agricole du soja repousse chaque fois les élevages plus loin dans les terres.