Nestor Gréhant, né le à Laon et mort le à Paris , est un médecin chercheur et professeur de physiologie français, membre de l'Académie nationale de médecine.

Collaborateur de Claude Bernard, aux côtés de ses collègues médecins et/ou physiciens : Paul Bert, Arsène d'Arsonval, Albert Dastre, Victor Dumontpallier, Louis-Charles Malassez, ses travaux académiques multidisciplinaires sur la physiologie, la toxicologie et l’hygiène expérimentale ont été couronnés par de nombreux prix et distinctions...

Débuts Venu tout jeune à Chauny où son père fut conducteur des Ponts et Chaussées., Gréhant a accompli ses études secondaires au lycée Napoléon, où il a reçu, en particulier, les enseignements de Victor Duruy et de Charles Joseph d'AlmeidaVoir par exemple les fiches accompagnant la Gréhant à Henri IV vignette.jpg distribution des prix 1856.. Cet établissement le garde, immédiatement après le baccalauréat, en tant que préparateur des cours de physique et chimie, poste qu'il conserve pendant , de 1856 à 1866, en le combinant avec un emploi de préparateur de physiologie générale à la Faculté des Sciences (1865-1868) et qui lui permet de financer parallèlement ses premières études supérieures. À l'âge de , il est licencié en sciences physiques (1858), docteur en médecine (1864) et licencié en sciences naturelles (1868). Nestor Gréhant pratiquera pas la médecine en hôpital ou cabinet : il se tourne complètement vers la recherche et l'enseignement universitaire.

Disciple et successeur de Claude Bernard En 1859, il publie dans les Annales des Sciences Naturelles, publiées sous la direction de Henri Milne Edwards, un article de 7 pages sur la mesure précise de la capacité pulmonaire (y compris résiduelle) et de ses variations, par inhalation d'hydrogène.. Il a . Il publie en 1861 une note à l'Académie de médecine sur un appareil pour la respiration artificielle.. Il est remarqué par Claude Bernard, qui l'emploie comme préparateur. Nestor Gréhant travaillait auprès de deux professeurs : Paul Desains et Joseph-Charles d'Almeida., d'abord à la Faculté des sciences de Paris puis, dès 1866, au Collège de France (cours de Médecine). Ses notes sont très souvent présentées par Claude Bernard..

Lors du transfert de la a chaire de Physiologie générale au Muséum national d'histoire naturelle, il y est engagé comme aide-naturaliste, en 1868, puis chef des travaux physiques et chimiques au Laboratoire de Physiologie générale de l'École pratique des hautes études (EPHE), l'année suivante. La même année paraît son Manuel de physique médicale de 638 pages, avec 469 figures.. Devenu docteur ès-sciences en 1870, Nestor Gréhant est successivement nommé professeur suppléant de Paul Bert en Sorbonne (1872-1874), puis de Charles Rouget au Muséum. À la mort de Claude Bernard, en 1878, Rouget étant devenu directeur du laboratoire de Physiologie générale, Nestor Gréhant est passé directeur-adjoint.

En 1893, il est nommé professeur titulaire de la chaire de Physiologie générale (la chaire de Claude Bernard) et directeur du Laboratoire. Il a alors pour principaux collaborateurs et continuateurs Charles-Eugène Quinquaud, médecin de l'Hôpital Saint-Louis et lui-même membre de l'Académie de médecine, et Maurice Nicloux. Le , son élection à l'Académie de médecine (section d'Anatomie et de Physiologie), par ( se répartissant sur 4 autres postulants), couronne une carrière de chercheur, qu'il poursuit par plusieurs publications et communications diverses jusqu'à sa mort.

À sa mort, il a été inhumé à Aubenton, le village de sa première épouse Adèle, née Landragin. Il s’était remarié avec Marie Adolphine Le Coispellier, de Brest..

Nestor Gréhant a résumé ses principaux travaux dans l'ouvrage Titres et travaux scientifiques du Nestor Gréhant, publié en 1905..

Principaux travaux Étude du sang et de la circulation sanguine: Absorption des gaz par le sang - Dosage de l'hémoglobine - Effets de l'insufflation pulmonaire - Respiration élémentaire du sang et des tissus - Absorption et élimination de l'hydrogène et du protoxyde d'azote. Respiration: Mesure exacte du volume d'air dans les poumons - Débit sanguin dans les poumons - Physiologie pathologique de la respiration - Respiration des poissons et des végétaux. Sécrétions: Accumulation de l'urée dans le sang après néphrotomie et ligature des uretères - Rôle des reins dans la sécrétion et l'excrétion de l'urée - Dosage de l'urée - Distribution et dosage de l'urée dans le sang, les muscles, les tissus. Système nerveux: Effets d'une section des nerfs pneumogastriques, de la moelle cervicale, sur l'exhalation de l'acide carbonique - Anesthésie chloroformique et par l'acide carbonique. Énergie musculaire: Mesure de la puissance musculaire - Influence de l'exercice musculaire sur l'élimination de l'alcool éthylique dans le sang. Toxicologie: Toxicité de l'alcool éthylique - Dosage de l'alcool éthylique dans le sang après injection directe / après inhalation de vapeurs alcooliques / après ingestion dans l'estomac - Influence de la morphine sur l'exhalation de l'acide carbonique - Danger de l'inhalation de vapeurs nitreuses - Oxyde de carbone, absorption, élimination, effets de doses 1/10 000, arrêt de la dissociation de l'hémoglobine oxycarbonée - Toxicité de l'acétylène - Toxicité de l'urée, de l'acide cyanhydrique, de l'aconitine. Hygiène expérimentale: Production de l'oxyde de carbone par différents combustibles, moyens de chauffage et moyens d'éclairage - Analyse de l'air du Métro parisien. Divers: Respiration et fermentation des levures de grains - Recherches physiologiques sur la fumée d'opium, sur le grisou - Observations sur la peptone de fibrine comme aliment, sur l'emploi de la valériane comme topique, sur les vomissements accompagnant l'anurie hystérique. Technique: Invention ou perfectionnement d'appareils pour l'extraction des gaz contenus dans les liquides, pour la respiration artificielle, pour la régulation de température, pour la mesure musculaire, pour puiser les gaz destinés à l'analyse, pour la mesure de la pression du sang, pour la mesure de concentration en grisou dans les mines.

Titres, prix et distinctions honorifiques vignette|redresse=1.6|Dans le tableau peint par Lhermitte en 1889 et exposé à l'Académie de médecine, Claude Bernard et ses élèves, Nestor Gréhant est à l'extrême gauche (écharpe). De gauche à droite : Gréhant, Dumontpallier, Malassez, Paul Bert, d'Arsonval, Claude Bernard, Le Père Lesage, Dastre. Bourse Bouzier (1853). Médaille d'argent pour la thèse de doctorat en médecine (1863) Membre de la Société de Biologie depuis 1867Comptes rendus des séances de la Société de biologie et de ses filiales Séance du 9 avril 1910 Prix du baron de Trémont (partagé) pour la thèse de doctorat en Sciences (1879) Prix Montyon de médecine et chirurgie, décerné par l'Académie des Sciences (1870) Prix Chateauvillard de la Faculté de Médecine., (1870). Vice-Président annuel de la Société de Biologie en 1886Comptes rendus des séances de la Société de Biologie et de ses filiales - Séance du 9 avril 1910 Prix Montyon de Physiologie expérimentale, décerné par l'Académie des Sciences (1886) Prix Buignet, décerné par l'Académie de Médecine, 1887.. Prix Perron, décerné par l'Académie de Médecine.. Prix Pourat, décerné par l'Académie de Médecine, 1908.. Officier de l'instruction publique (Palmes académiques) et chevalier de la Légion d'honneur. Membre de l'Académie de médecine (1905). Membre (puis vice-président) de la Société de Biologie, de la Société de Physique, de la Société d'Hygiène alimentaire, Président honoraire de la Société française d'hygiène. Correspondant du Sanitary Institute of Great Britain à Londres et de l’Académie des sciences naturelles de Philadelphie.

Nestor Gréhant vu par ses contemporains Un incident mineur et relaté sous forme humoristique par la presse nationale, dans l’Humanité., le Figaro., La Croix., montre qu'il est pratique courante d'appeler à l'aide le savant en toute occasion nécessitant un peu de savoir-faire physico-chimiste. Ainsi Charcot note-t-il dans les Leçons sur les maladies du système nerveux :

Foveau de Courmelles a déclaré : Propos rapportés dans l'album consacré aux personnalités par Angelo Mariani, mais confortés par le contenu d'un long article en page 3 du Figaro (14/12/1908), écrit à l'occasion du jubilé de Nestor Gréhant :

Cinq ans plus tôt, le journaliste sous le pseudonyme de Horace Bianchon, concluait ainsi l'information relative à l'élection du : « C'est un de ces savants timides et bienveillants, dont la seule attitude inspire le respect et la sympathie. Son élection à l'Académie est assurément une des grandes joies de sa vie.. Dans ses Souvenirs des milieux littéraires, politiques, artistiques et médicaux de Léon Daudet, Nestor Gréhant est un des rares contemporains de l'auteur à être épargné par la critique :

Les travaux et publications de Nestor Gréhant sur les « poisons de l'air » (on ne parle pas encore de pollution atmosphérique) et sur les risques dans les houillères lui confèrent une large audience. Le grisoumètre de Gréhant est utilisé de manière préventive dans les mines jusqu'en 1950. Ses travaux sur l'oxyde de carbone sont d'autant plus pris en considération que le chauffage au charbon ou l'éclairage au gaz de ville sont omniprésents dans les villes. De même, la médecine légale utilise-t-elle abondamment ses travaux dans les intoxications respiratoires, et sur d'autres aspects de la toxicologie (aconitine). Son ouvrage sur l'hygiène contribue à le faire connaître. Et, de la fin du à la première moitié du , son Manuel de physique médicale de 1869 reste d'usage courant dans la préparation de l'internat.

Hommages Laon, sa ville natale, a honoré Nestor Gréhant d'un nom de rue.

Nouveaux éclairages S'étant vu confier l'analyse des archives de Claude Bernard au sein du Collège de France, l'universitaire Mirko Grmek publie, en 1973, un ouvrage sur les travaux du physiologiste, dans lequel il est fait référence à Nestor Gréhant, notamment sur l'intoxication par l'oxyde de carbone.. La professeure honoraire Marie-Thérèse Cousin, anesthésiologiste-réanimateur, ranime le souvenir de Nestor Gréhant dans un ouvrage consacré à l'histoire de l'anesthésie-réanimation en France (2 tomes) publié en 2005 (25 renvois lui font référence). Un article de cet auteur chez le même éditeur décrit la carrière et les travaux de Nestor Gréhant, sous le titre Nestor Gréhant : un physiologiste trop oublié. Marie-Thérèse Cousin relève en particulier trois pistes principales « intéressant au premier chef les anesthésiologistes », et souligne ce qu'elle identifie comme deux « premières ». Enfin, elle note que : « En anesthésiologie et en réanimation, il a étudié les effets du chloroforme, du gaz carbonique, de l'oxyde nitreux et en a abordé avec Quinquaud puis Nicloux la cinétique : passage placentaire, vitesse d'élimination du NO, absorption du CO et son déplacement par l'oxygène »Nestor Gréhant : Un physiologiste trop oublié - Marie Thérèse Cousin (Article) Le pneumologue Francis Martin lui consacre un article de deux pages dans la revue de la Société de pneumologie de langue française (Info Respiration )Francis Martin - Info Respiration - Octobre 2007. Le bicentenaire de la naissance de Claude Bernard en 2013 a été également l'occasion de se pencher sur ses disciples, tels qu'immortalisés par le tableau de Lhermitte, exposé à l'Académie de médecineDepuis 1986. Antérieurement, la toile était exposée au Palais de la découverte.. Ce travail a notamment été effectué par des chercheurs et documentalistes de l'Université Claude-Bernard à Lyon. : « Nestor Louis François Gréhant : disciple de Claude Bernard » rédigé et illustré en par Interfaces/Livres anciens de l'université de Lyon avec le toxicologue et historien des sciences Philippe Jaussaud, Université Lyon 1 (EA 4148 S2HEP et IUT Biologie)Interfaces/ Livres anciens Université Claude Bernard Lyon.