Les États de Béarn sont l'ancienne assemblée de la principauté de Béarn. Ils se constituent le à Orthez, quelques jours après la mort de Gaston Fébus. La nouvelle institution naît de la fusion entre la Cour de Béarn plénière et la Cour des communautés.
Deux chambres composent les États, le Grand-Corps pour le clergé et la noblesse, et le Second-Corps pour le tiers état. Si la députation du Grand-Corps relève d'un droit d'entrée individuel, les députés du Second-Corps sont élus par les communautés pour les représenter. L'assemblée se réunit chaque année dans un lieu tournant à la demande du souverain et sous la présidence de l'évêque de Lescar. Le Second-Corps dispose d'un droit de veto absolu, auquel le prince ne peut s'opposer dans le cadre du pactisme béarnais. Officiers des États, les syndics de Béarn occupent un rôle central dans l'administration de la principauté et l'organisation de l'Abrégé des États, véritable gouvernement entre les sessions parlementaires.
Les pouvoirs des États sont politiques, financiers, administratifs et législatifs. Ils atteignent leur apogée au , alors que l'assemblée symbolise le nationalisme béarnais à travers sa défense de la souveraineté et de la langue béarnaise. L'absolutisme de provoque un recul de l'indépendance des États au . Ceux-ci deviennent un bastion du protestantisme, ce qui provoque l'intervention militaire de en 1620 et l'annexion du Béarn au royaume de France. L'assemblée connaît ensuite un déclin, qui s'accentue au par la vénalité des offices. Mis au même rang que les États provinciaux par le pouvoir royal, les États s'attachent à défendre les Fors de Béarn. En 1789, les États mandatent une délégation pour les États généraux puis l'Assemblée nationale constituante. Le , les États de Béarn se rassemblent une dernière fois à Pau avant leur dissolution.
Formation Contexte historique vignette|gauche|alt=Peinture d'une scène montrant des gens debout, entourant des bébés jumeaux.|Le préambule légendaire des Fors raconte que des membres de la Cour de Béarn se rendent en Catalogne pour choisir leur seigneur. La principauté de Béarn naît au du morcellement de l'autorité royale des derniers Carolingiens. Elle se constitue sous l'autorité des ducs de Gascogne, avant qu'une crise de succession au sein du duché ne favorise l'autonomie totale du Béarn au .. Dès la fin du , la Cour de Béarn fonctionne sous . Elle exerce des pouvoirs judiciaires et possède des prérogatives politiques étendues : recevoir le serment du vicomte à son avènement, décider de l'engagement du Béarn dans une guerre extérieure et présenter des griefs des sujets envers le prince. La Cour de Béarn exerce ce rôle de protecteur à partir du , mais de manière effacée. Elle ne se réunit alors que dans des circonstances exceptionnelles. Elle se compose de quelques membres, des barons et chevaliers qui composent sa suite. Convoquée dès le milieu du , la Cour plénière est une assemblée plus considérable que la Cour de Béarn régulière, elle convoque tous les vassaux nobles du prince, ainsi que rarement des hommes libres non nobles. Jusqu'à la fin du , la Cour de Béarn conserve un caractère aristocratique et peu indépendant du souverain.
Au début du , l'administration de la justice passe entre les mains de certains membres de la Cour de Béarn, appelés « jurats de la Cour ». Le nombre de jurats n'est pas déterminé dès le , il se fixe ensuite à douze. Les jurats de la Cour de Béarn n'ont à l'origine que des pouvoirs judiciaires, qui s'étendent et empiètent peu à peu sur les fonctions de la Cour de Béarn. Les jurats de la Cour font notamment œuvre législative dans le dernier quart du . La création des jurats de la Cour enlève à la Cour de Béarn la plus grande partie de ses attributions. Bien que des bourgeois soient convoqués plusieurs fois de manière individuelle aux réunions de la Cour de Béarn, il faut attendre 1270 pour que les communautés choisissent elles-mêmes leurs représentants dans la nouvelle Cour des communautés.
À cette même époque de la fin du , la réunion plénière de la Cour de Béarn prend le nom de Cour majour, afin de se distinguer des cours inférieures de justice et de la nouvelle Cour des communautés. Cour majour et Cour des communautés pour le tiers état délibèrent séparément, sans périodicité fixe. La Cour des communautés reste soumise à l'autorité du prince et de la Cour majour, hormis lorsque les Fors sont concernés. Durant le , les deux cours sont de plus en plus régulièrement convoquées de manière simultanée et dans la même ville, sans pour autant se mélanger. Si la Cour des communautés conserve un rôle consultatif médiocre pendant longtemps, elle accroît ses pouvoirs au début du règne de , devenant une véritable assemblée du tiers état.
Formation des États de Béarn vignette|droite|alt=Illustration en couleur d'un homme chassant à cheval.|Le règne absolu de Gaston Fébus provoque la formation des États de Béarn après sa mort. Le règne de Gaston Fébus au constitue une parenthèse dans l'histoire institutionnelle béarnaise, avec une gouvernance personnelle absolue au mépris des Fors de Béarn. Cela provoque l'isolement progressif du prince au sein de sa famille et de ses sujets. Le despotisme administratif de Fébus a pour but de renforcer le pouvoir vicomtal au détriment des assemblées délibératives. Tout son gouvernement cherche à éviter la réunion de la Cour majour et de la Cour des communautés. Gaston Fébus meurt le , sa succession difficile est alors l'occasion d'une reprise en main politique des assemblées. Dès le , les délégués de la Cour majour et de la Cour des communautés se réunissent à Orthez, notamment à l'initiative de l'évêque de Lescar Odon de Mendousse. Ils se constituent en États de Béarn, assemblée représentative du pays dont le futur héritier doit tenir compte. Une déclaration de sept articles rédigée en langue béarnaise représente l'acte constitutif des États. Il contient un serment d'union juré par tous les délégués :
Si l’œuvre intérieure de Fébus en Béarn s'écroule à sa mort, sa politique de neutralité et d'indépendance face aux rois de France et d'Angleterre est reprise par la nouvelle assemblée béarnaise. Ainsi, les États désignent Mathieu de Castelbon comme héritier universel, à condition que celui-ci obtienne de Charles VI sa renonciation au traité de Toulouse, qui faisait du roi de France l'héritier de Fébus. Dans une deuxième séance, les États répartissent le trésor accumulé par Fébus durant son règne, soit . Une partie de cette somme est destinée à aboutir à une transaction financière pour rompre le traité de Toulouse. Menées par Roger d'Espagne, les négociations aboutissent le au renoncement au traité de Toulouse par le conseil royal. Après une longue période probatoire, les États de Béarn finissent par recevoir Mathieu de Castelbon comme souverain de Béarn le . La situation de 1391 aura permis d'aboutir à un véritable partage du pouvoir entre le prince et l'assemblée représentative. Les États bénéficient de régulières nouvelles prescriptions par la suite, si bien que c'est vers 1440 qu'ils acquièrent leur structure définitive.
Composition Les États de Béarn comprennent des délégués des trois ordres du pays : clergé, noblesse et communautés. La faiblesse numérique de la représentation du clergé explique la fusion de l'assemblée des nobles et des ecclésiastiques dans le Grand-Corps. Le clergé bénéficie d'une faible considération en Béarn au Moyen Âge. L'ensemble des non nobles forme le Second-Corps. En réalité, Léon Cadier estime que les États ne regroupent pas trois ordres, mais quatre. Avec les ecclésiastiques, les nobles et les non nobles, les douze jurats de la cour sont soigneusement distingués du reste de la noblesse sous le nom de barons.
Grand-Corps vignette|droite|alt=Portrait en couleur d'un homme.|Comme Henri d'Aramitz, les abbés laïques obtiennent le droit de siéger aux États à partir du . Si le clergé dispose d'une faible importance numérique, il bénéficie de la première place hiérarchique : l'évêque de Lescar préside les États, assisté par l'évêque d'Oloron. Ces deux membres du clergé séculier sont accompagnés par trois membres du clergé régulier, représentant les principales abbayes du Béarn : Sauvelade, Larreule et Lucq.
La noblesse est d'abord représentée par les grands barons du Béarn, jurats de la cour. Au , puis surtout au , sont créées une trentaine de « petites baronnies », dont les plus anciennes siègent dans le Grand-Corps. Le reste de la noblesse porte le titre générique de gentius, comprenant les anciens cavers et domengers. Le domenger était un noble ayant une maison affranchie, il était propriétaire d'une domengeadure ou domecq par abréviation, qui était le nom donné aux maisons nobles.. Les nobles ont tous le droit de siéger aux États, mais il est rare que les nobles du vicomte soient présents. Ce n'est que dans la seconde moitié du que les abbés laïques sont admis dans le Grand-Corps. leur donne le droit d'entrée aux États afin de faciliter l'introduction du protestantisme en Béarn.
Au , le nombre de députés du Grand-Corps est d'environ , la chambre est toujours marquée par un égalitarisme radical qui voit les députés se placer confusément sans « égard ni bienséance » envers des statuts particuliers. À la fin de son existence, l'une des principales activités de l'assemblée est de vérifier la nobilité des membres du Grand-Corps.
Second-Corps Le Second-Corps représente le tiers état, il est formé par les représentants des bourgs, vallées et communautés. Cette deuxième chambre se compose de trois groupes, avec d'abord les délégués des quatre grands bourgs de Béarn : Morlaàs , Orthez, Oloron et Sauveterre. Ensuite viennent les représentants des vallées d'Ossau, Aspe et Barétous, qui votent collectivement sous le nom de « Montagnes ». Enfin, les représentants des bieles (villes) et locx (lieux) qui jouissent du For de Morlaàs. Au total, une trentaine de communautés forment le troisième groupe du Second-Corps. Les bourgs, les vallées et quelques villes délèguent deux députés, mais chaque communauté ne dispose que d'une seule voix. La députation du Second-Corps peut varier d'une soixantaine jusqu'à une centaine de délégués, suivant le nombre de députés envoyés par chacune des communautés.
Organisation Modalités des sessions vignette|droite|alt=Photographie en couleurs d'une grande salle avec une statue blanche en fond.|La grande salle basse du château de Pau accueille les États lors de la chevauchée de en 1620. Les députés se réunissent d'ordinaire une fois chaque année, en dehors de l'époque des moissons ou des vendanges. Le lieu des sessions n'est pas fixe, Morlaàs, Pau, Lescar, Sauveterre et surtout Orthez reçoivent les États au . En 1464, choisit de fixer à Pau la cour de son sénéchal, malgré les protestations des États qui présentent cette décision comme contraire au droit des Béarnais. L'assemblée poursuit ainsi dans son caractère itinérant. Pendant les guerres de Religion, les députés s'assemblent à Nay, Lucq ainsi que Navarrenx.
Au , le lieu de réunion est exclusivement fixé à Pau, malgré des récriminations qui durent jusqu'en 1513 contre le lieu. Lors des sessions paloises, la séance d'ouverture se passe au château de Pau, dans la grande salle haute (tinel) ou dans les galeries orientales (Chancellerie). En 1620, la séance d'ouverture des États se déroule dans la grande salle basse du château en la présence de , la salle garde ensuite le nom de « salle des États ». Les autres séances se tiennent hors de la présence du souverain, dans une maison proche ou bien dans la maison commune. À partir de 1718, les séances se tiennent au couvent des Cordeliers et cessent complètement de se tenir au château. La durée des sessions varie beaucoup, ordinairement de 15 à au début du , elles sont ensuite limitées à six semaines par le pouvoir royal.
Présidence et officiers