thumb|Le Penseur, Auguste Rodin (1881-1882), musée Rodin, Paris, France.
L' endophasie (ou parole intérieure) inclut le monologue intérieur, le discours intérieur (on parle aussi parfois de communication intrapersonnelle ou d' autocommunication)… Elle désigne pour Gabriel Bergounioux ou l', avec par exemple l'échange intérieur (mental) d'idées, de réflexions avec soi-même. Ces formes du langage humain, pour Bergounioux relèvent de la parole plutôt que de la langue. L'émetteur (le locuteur) et le récepteur sont considérés comme étant une seule et même personne (un source de monologue dit self-talk), même si parfois, il s'agit d'un échange entre différentes parties du soi (inner dialogue à plusieurs voix, généralement deux, ou parfois plus, qui représentant différentes perspectives, se répondent ou interagissent, avec le cas particulier des personnalités multiples).
Ce langage intérieur joue un rôle central dans diverses fonctions créatives et cognitives chez l'enfant puis l'adulte, telles que la planification et le changement de tâche, la planification, la perception, le raisonnement, l'introspection et le rêve, le raisonnement, l'orientation spatiale, la lecture, la production de scenarii, le calcul mental ou la résolution de problèmes et le contrôle cognitif. Plus ou moins liée à l'imagination, la parole intérieure peut inclure des aspects sensoriels non verbaux, quand par exemple il est associé à l'imagerie intérieure (sauf chez les personnes aphantasiques, dont le cerveau ne produit pas d'imagerie intérieure). D'abord intérieure, cette pensée peut prendre une forme externe comme quand une personne écrit (un journal intime ou une partition par exemple) ; elle peut aussi être dessinée ou traduite en musique... Elle se distingue de la communication interpersonnelle, mais peut lui être connectée ; quand les retours positifs ou négatifs des autres influencent le discours intérieur, qui à son tour façonne la manière dont la personne interagit socialement. Des chercheurs ont créé des modèles de communication intrapersonnelle, pour mieux analyser les stimuli internes et externes en cause, leur interprétation, la codification symbolique des messages.
Elle joue un rôle clé dans la construction de l'imaginaire chez l'enfant, et pour la santé mentale, selon que le discours intérieur soit structurant (dialogue intérieur jungien de la psychologie analytique par exemple), positif (favorable au bien-être émotionnel et à l'estime de soi… parfois excessive), ou excessivement négatif (et alors source de stress, d'anxiété et de dépression). Elle est normale et bénéfique dans certains contextes (comme l'autorégulation émotionnelle), mais jugée pathologique quand elle devient envahissante (avec pensée en boucle par exemple), incontrôlable et/ou accompagnée de détresse psychologique ou quand elle s'apparente au fait d'entendre des voix (hallucinations auditives associée à la schizophrénie et à certaines psychoses). La thérapie cognitivo-comportementale peut à favoriser la prise de conscience de ces schémas de pensée (négatifs notamment) pour les modifier au profit d'une meilleure santé mentale. Ce discours reste tant qu'il n'est pas écrit ou à haute voix (soliloquie, qui, si elle devient envahissante, anormalement compulsive ou hallucinatoire, elle peut nuire à la vie sociale ; une évaluation psychiatrique est alors recommandée, pour en rechercher l'origine et proposer une prise en charge adaptée).
À ce jour, ce langage, tant qu'il n'est pas volontairement transcrit ou dit par le locuteur, n'est perçu que par le locuteur (ce pourquoi il est qualifié de langage intérieur), mais les progrès conjoints des neuropuces et de l'IA ont récemment permis à des chercheurs de commencer à décoder cette activité mentale à partir du cortex moteur, au moins pour des stratégies mentales verbales explicites (ex : comptage, mémoire de paroles). Le caractère souvent peu concret de l'endophasie, cependant pourrait en restreindre l'accès aux interfaces cerveau-machine.
Sémantique Le terme endophasie (du grec endo, signifiant dedans et phasie, signifiant parole) a été inventé en 1892 par le médecin et philosophe Georges Saint-Paul. Saint-Paul distingue trois types d'endophasie selon les images mentales mobilisées : Monoeidique : utilisation d'une seule image mentale (auditive, visuelle ou motrice). Dueidique : prédominance de deux images sur trois. Trieidique : mobilisation simultanée des trois types d'images (cas exceptionnel). Plusieurs disciplines (philosophie, médecine, psychologie, linguistique) ont ensuite réutilisé cette approche, qui a suscité des études empiriques variées.
Histoire Le sujet du langage intérieur est bien plus ancien que le mot endophasie ; on le trouve cité dès la Grèce antique, en philosophie par Platon notamment, pour qui la pensée est
Alors que pendant l'Antiquité et le Moyen Âge la philosophie formulait le problème d'un point de vue « théologico-métaphysique », vers la fin du le questionnement a été déplacé vers une perspective psychologique et linguistique, focalisée sur les thèmes du dédoublement normal (ou pathologique) du locuteur, des hallucinations auditives ou encore des ressorts cachés de l'appareil phonatoire.
C'est en 1892 qu'apparaît le terme endophasie, sous la plume du médecin et philosophe Georges Saint-Paul. Cette même année ce dernier lance une enquête par questionnaire sur le langage intérieur, adressée à un large public et qui, en quelques mois seulementL'enquête est lancée au mois de mars et les résultats sont publiés au mois de juin ., recueille plus de 200 réponses. Bien que ces réponses n'aient pas de véritable statut de données scientifiques et qu'elles relèvent plutôt de , Georges Saint-Paul les considère à l'époque comme des reflets directs de différents types de fonctionnement cérébral.
L'endophasie reste longtemps marginale dans les études linguistiques, malgré des mentions ponctuelles chez des auteurs comme Saussure ou Jakobson. Elle a échappé aux approches comparatistes et structuralistes centrées sur les systèmes et les corpus écrits.
L'histoire de la linguistique, marquée par la séparation d'avec la philologie et l'essor de la phonétique au XIXe siècle, a privilégié la correspondance entre graphie et son, au détriment des pratiques mentales des locuteurs. Puis les travaux dialectologiques ont réintroduit la personne du locuteur, mais sans prendre en compte les dimensions cognitives associées aux usages linguistiques. Dans la linguistique, l'endophasie est restée invisible (car souvent confondue avec la pensée, reléguée à la psychologie, et détachée de toute fonction linguistique). Ce refoulement, selon Bergounioux s'inscrit dans une tradition occidentale qui, depuis Aristote, sépare expression et contenu, sensible et intelligible. La phonétique expérimentale, entre 1850 et 1880, a révélé la variabilité des sons et l'importance de la perception auditive dans l'identification des unités linguistiques. Les analyses acoustiques ont montré que la reconnaissance des sons repose moins sur leurs propriétés physiques que sur des mécanismes mentaux, souvent inconscients. Cette évolution a conduit à distinguer les sons de la parole, observables et variables, des sons de la langue, perçus comme des signaux abstraits au sein d'une communauté. Cette distinction, théorisée notamment par Baudouin de Courtenay et reprise par Troubetzkoy, Jakobson et Karcevskij, a jeté les bases de la phonologie moderne en intégrant la dimension cognitive dans l'étude du langage.
Typologie Selon Georges Saint-Paul, il existe trois types de langage intérieur, qu'il nomme monoeidique, dueidique et trieidique.. Pour les distinguer, il se base sur les différentes sortes d'images mentales : auditive, visuelle et motrice, qui sont reprises dans l'incitation insérée dans son questionnaire : cité par .. Les individus qui utilisent une seule des trois images correspondent au type monoeidique, ceux chez qui prédominent deux images sur trois au type dueidique, et enfin les individus qui correspondent au type trieidique se servent des trois images simultanément. Cependant, Saint-Paul considère ce dernier comme exceptionnel.
Études empiriques La difficulté majeure de l'étude empirique de l'endophasie réside dans la nature contradictoire ou paradoxale. du phénomène lui-même, qui consiste dans le fait que le sujet « étudié » et le sujet « étudiant » sont un seul et même individu ; le sujet étant le seul à pouvoir observer son propre langage intérieur, il doit donc – en principe – s'étudier lui-même. Par ailleurs, des divergences d'interprétation des phénomènes observés peuvent apparaître du fait que les apports des auteurs proviennent principalement d'intuitions et d'expériences personnelles. Toutefois, des études empiriques ont pu être réalisées dans trois cadres disciplinaires différents. Tout d'abord, en médecine l'enquête par questionnaire réalisée par Georges Saint-Paul a sollicité l'observation intérieure de plusieurs centaines de participants.
Dans la psychologie du début du , Lemaître a réalisé une étude sur l'idéation (production des idées) en contexte scolaire (avec des élèves de 12-14 ans). D'autres études psychologiques se sont focalisées soit sur les rapports entre la parole intérieure et la lecture visuelle, mettant en évidence l'importance de la visualisation dans les lectures silencieuses ; soit sur l'émission d'une parole intérieure pendant la résolution de tâches non verbales.
Enfin, les œuvres littéraires ont également fourni un matériau pour l'étude du langage intérieur. D'une part, certaines œuvres mettent en scène un « monologue intérieur » ou « courant de conscience »Voir par exemple sur les textes de Tolstoy et .. D'autre part, les phases préparatoires d'œuvres littéraires relèvent d'une « endophasie écrite »Ainsi analyse en ces termes les ébauches de La Bête humaine d'Émile Zola.. Sur le plan théorique, la conception d'Édouard Dujardin offre quelques éléments sur la mise en place du méta-discours sur le monologue intérieur.
« Parole intérieure » et cognition chez la personne autistes La mémoire, la parole intérieure, l'imagerie intérieure et d'autres éléments des fonctions exécutives (inhibition des réponses prépotentes, set-shifting, planification d'action, attention visuelle conjointe) fonctionnent souvent différemment chez les personnes autistes. . ., avec un effet sur leur mémoire de travail et donc sur leurs performances cognitives. Une étude a mis en évidence trois sujets : Mémoire et rappel verbal : lorsqu'ils devaient mémoriser à la fois des images et des mots, les enfants autistes ont moins bien mémorisé (par rapport aux enfants non autistes), ce qui suggère une différence dans la façon dont ils traitent l'information visuelle et verbale ; Encodage verbal : Chez l'enfant, la longueur d'un mot peut rendre sa mémorisation plus difficile... Quand on a présenté à des enfants autistes des images et le mot désignant ce qu'elle représente, la longueur des mots avait moins d'effet sur la mémorisation chez eux (par rapport aux enfants non-autistes), sauf si on leur demandait explicitement de les nommer à voix haute (ce qui les force à passer du langage intérieur au langage parlé) ; Commutation de tâches : La suppression articulatoire a altéré la mémorisation dans le groupe-témoin, mais n'a eu aucun impact sur les enfants autistes, suggérant une moindre dépendance à la parole intérieure.