La proclamation de la République française du est la proclamation au peuple français par laquelle la République est rétablie, fondant ainsi la Troisième République et provoquant la déchéance de l'empereur et la chute du Second Empire. Il s'agit de la quatrième , après celle de 1789, celle de 1830 et celle de 1848.
Mises en déroute par l'armée prussienne, les troupes françaises sont encerclées dans Sedan, où l'empereur capitule le . La nouvelle de la défaite, reçue le lendemain à Paris, provoque la stupeur. L'indécision du Conseil des ministres, mené par l'impératrice régente, et du Corps législatif, où le député orléaniste Adolphe Thiers et les députés républicains appuient la solution d'un gouvernement d'union nationale émanant de la représentation nationale élue, fait naître un soulèvement populaire.
Dans l'après-midi du , le palais Bourbon, siège du Corps législatif, est envahi. Les députés républicains Léon Gambetta et Jules Favre annoncent la chute du régime et conduisent la foule jusqu'à l'hôtel de ville de Paris, où la Troisième République est proclamée, pendant que l'impératrice s'enfuit et quitte le palais des Tuileries. Un gouvernement de la Défense nationale est nommé, sous la présidence du général Trochu, chargé de poursuivre la guerre contre la Prusse.
La proclamation de la République n'entraîne pas pour autant la stabilité. Le gouvernement ne résiste pas au siège de Paris et à la signature de l'armistice en . Après l'insurrection de la Commune de Paris et la victoire des monarchistes aux élections législatives du , le nouveau régime apparaît fragilisé.
Événement fondateur, le est relativement effacé de la mémoire collective. Rarement célébré par les gouvernements républicains, les livres d'histoire ne lui accordent le plus souvent qu'une petite place dans l'abondante historiographie de la Troisième République, et peu de travaux lui sont entièrement consacrés. Le se distingue des autres par l'absence de victimes et de barricades, au point que certains historiens refusent de le qualifier de révolution.
Contexte Tensions avec la Prusse et déclaration de guerre En , le Second Empire apparaît plus renforcé que jamais. Les Français approuvent largement par le plébiscite du les réformes libérales entreprises par , avec plus de de « oui ».. Le , le chef de cabinet de l'Empereur Émile Ollivier déclare : Pour autant, les tensions avec la Prusse sont ravivées quand le prince Léopold de Hohenzollern se porte candidat le au trône d'Espagne, vacant depuis deux ans.. Connue à Paris le , la candidature Hohenzollern produit son effet : ce dernier étant le cousin du roi de Prusse, , la France ne peut accepter ce qui s'apparenterait à une situation d'encerclement proche de celle de l'époque de Charles Quint. Le , depuis la tribune du Corps législatif, le ministre des Affaires étrangères Agénor de Gramont lance un ultimatum à la Prusse. Les députés, et bientôt la presse et l'opinion publique, approuvent sa position. La guerre paraît inévitable.
vignette|redresse|gauche|alt=Gravure de presse montrant le député s'exprimant à la tribune, un bras tendu.|Adolphe Thiers, à la tribune, exprime son refus de la guerre contre la Prusse.
Le retrait de la candidature du prince Hohenzollern le n'apaise pas les tensions. Recueillant le soutien de l'impératrice Eugénie, les députés bonapartistes ultras, opposés au régime libéral et à la paix que défend Émile Ollivier, font pression pour que la France exige un engagement écrit de renonciation définitive et des garanties sur l'avenir de la part du roi de Prusse. Ce dernier confirme la renonciation de son cousin sans pour autant se soumettre à l'exigence française.
Pour le chancelier Bismarck, la perspective d'une guerre contre la France semble le meilleur moyen de parachever l'unification allemande. Il agit par ruse et fait transcrire dans la dépêche d'Ems une version dédaigneuse de la réponse polie qu'avait faite le roi . Celle-ci est alors perçue comme une insulte par l'opinion publique française qui s'enflamme. et Émile Ollivier, bien que tous deux favorables à la paix et à l'organisation d'un congrès pour régler le différend franco-prussien, se laissent entraîner vers la guerre..
Rares sont les voix discordantes. À la tribune du Corps législatif, le député orléaniste Adolphe Thiers reproche au gouvernement de alors qu'il a obtenu satisfaction sur le fond, mais il est sans cesse interrompu dans son discours par les huées et les insultes, tout comme le républicain Léon Gambetta qui condamne le refus du gouvernement de produire les documents qui prouveraient qu'il dit vrai quand il affirme que le pays a été outragé. Les crédits militaires sont finalement votés et la déclaration de guerre est remise à la Prusse le .
Défaite de Sedan et capture de vignette|alt=Peinture montrant l'empereur à cheval sur un champ de bataille où gisent des soldats morts.| lors de la bataille de Sedan par le peintre allemand Wilhelm Camphausen. Moins préparée que l'armée prussienne et inférieure en nombre, l'armée française connaît une véritable déroute.. Le , le chef du Grand État-Major général prussien Helmuth von Moltke donne l'ordre à ses troupes de franchir la frontière. Les Français, battus six jours plus tard à Frœschwiller-Wœrth, doivent se replier. La nouvelle de cette défaite est reçue à Paris avec stupeur et colère. Le , une foule menaçante se presse devant le Corps législatif, mais la majorité des républicains, qui croient encore au sursaut militaire, refusent une révolution qui s'apparenterait à une trahison de l'armée et romprait l'unité nationale. Plusieurs tentatives insurrectionnelles échouent faute de trouver un écho dans la population, dont celle de Gaston Crémieux à Marseille le et celle des blanquistes à Paris le . La déroute de l'armée française est imputée à Émile Ollivier qui est contraint de remettre sa démission.
Les députés rejettent la proposition du républicain Jules Favre de nommer un comité de quinze membres dans une sorte de gouvernement d'union chargé de repousser l'invasion. L'impératrice Eugénie, qui assure la régence, nomme le bonapartiste autoritaire Charles Cousin-Montauban, comte de Palikao, à la tête du gouvernement. En province également les premières défaites françaises provoquent des réactions de surprise, de déception voire de colère. Des groupuscules d'extrême gauche tentent de profiter de la situation et des agressions sont dirigées contre des hôtels de ville, des séminaires ou des maisons de jésuites. Des incidents sont ainsi rapportés à Marseille, Toulon, Montpellier, Nîmes, Mâcon, Beaune, Limoges, Bordeaux et Périgueux, tandis qu'à Lyon, des groupes envisagent de rompre avec l'Empire et d'organiser l'autonomie municipale.. Dans leur grande majorité, les Français maintiennent pourtant leur confiance en l'empereur.
Le maréchal Bazaine, commandant en chef de l'armée du Rhin, est encerclé dans Metz le avec la moitié des troupes françaises. L'empereur songe à se replier sur Paris mais, sous la pression de l'impératrice et du ministre de la Guerre qui redoutent qu'une telle décision provoque un soulèvement populaire, marche au secours de Bazaine avec l'armée de Châlons commandée par le maréchal Mac Mahon.. Ses troupes sont elles-mêmes encerclées dans Sedan. Les tentatives de sortie échouent et l'empereur capitule le .
Déroulement (-) De l'après-midi du à la nuit du Annonce de la défaite à l'impératrice et réunion des ministres gauche|vignette|alt=Vue aérienne en peinture.|Le palais des Tuileries dans les . Dans l'après-midi du , le ministre de l'Intérieur Henri Chevreau se rend auprès de l'impératrice au palais des Tuileries pour l'informer des nombreux télégrammes de maires et de sous-préfets qui lui signalent des passages de soldats français en déroute dans plusieurs localités du Nord et de l'Est de la France. Dans les galeries du palais, il rencontre le directeur des Télégraphes, porteur d'une dépêche dans laquelle annonce à sa femme sa capture et la défaite de Sedan. Henri Chevreau porte la dépêche à l'impératrice qui décide de convoquer aussitôt un Conseil des ministres.
vignette|redresse|alt=Portrait photographique en pied.|Eugène Schneider, président du Corps législatif.
Réunis autour de l'impératrice à partir de , les ministres prennent la mesure du désastre mais aucune décision n'est arrêtée concernant la conduite à tenir. L'installation de l'impératrice et d'une délégation gouvernementale dans une ville de province est évoquée mais l'idée n'est pas retenue, par crainte que la population parisienne y voie une trahison au moment où l'armée prussienne marche sur la capitale. De même, le président du Corps législatif Eugène Schneider, que sa fonction autorise à participer au Conseil avec voix consultative, profite d'une suspension de séance pour soumettre à Eugénie l'idée du transfert du pouvoir exécutif à une commission élue par les députés, ce qui permettrait selon lui d'éviter une révolution et de contenter la population par le retrait des responsables de la défaite. L'impératrice refuse également cette proposition. L'ensemble des ministres, appuyés par Eugène Schneider, s'accordent pour ne pas convoquer le Corps législatif avant le lendemain à midi, soit après un nouveau Conseil des ministres fixé à du matin. Une proclamation aux Parisiens annonçant la défaite et rédigée à la hâte par le ministre de l'Agriculture et du Commerce Clément Duvernois est également adoptée.
vignette|gauche|redresse|alt=Portrait d'un homme au crâne dégarni, portant une barbiche et des décorations militaires.|Le général Trochu, gouverneur militaire de Paris.
L'essayiste Pierre Cornut-Gentille explique l'indécision de l'impératrice par le fait qu'elle ne peut alors rien décider avant de connaître les intentions du général Trochu, gouverneur militaire de Paris, qui refuse pourtant de la rencontrer le soir-même malgré l'insistance du ministre de l'Intérieur Henri Chevreau. Pour de nombreux bonapartistes, ce refus est une preuve de trahison du gouverneur. Ils l'accusent d'avoir pactisé depuis longtemps avec les républicains pour abattre le régime, mais l'attitude de Trochu résulte plus certainement, selon Pierre Cornut-Gentille, de la défiance que l'impératrice et le ministre de la Guerre n'ont eu de cesse de manifester à son égard depuis sa nomination. Pour l'historien Éric Anceau, le général Trochu . Le gouverneur militaire de la capitale et ses collaborateurs travaillent une partie de la soirée et de la nuit sur les mesures à prendre pour accélérer les travaux des ouvrages défensifs de la capitale..
Réunion entre Adolphe Thiers et des députés républicains vignette|alt=Photographie montrant une vue d'ensemble du bâtiment depuis la Seine.|Le palais Bourbon sous le Second Empire.