L'église Saint-Lucien est une église catholique paroissiale située à Bury (Oise), en France. Elle réunit une nef romane de trois travées avec bas-côtés achevée vers 1140 à un transept et un chœur gothiques terminés vers 1240. L'église n'a jamais subi de remaniements affectant son plan, son élévation ou sa structure depuis cette date. La première moitié du apporte seulement des remaniements mineurs, concernant le remplacement de certaines voûtes et piliers, ou l'équipement de quelques fenêtres gothiques d'un remplage flamboyant. Les deux parties de l'édifice sont remarquables : la partie romane pour posséder des voûtes sur croisées d'ogives précoces et un décor intérieur inhabituel avec des arcades ornées de bâtons brisés, et la partie gothique pour l'importance de ses volumes et leur harmonie, ainsi que pour la décoration soignée de la façade méridionale. Un clocher proprement dit fait défaut, mais l'église comporte deux tourelles d'escalier d'envergure, l'une romane, l'autre gothique. Dans son ensemble, l'église Saint-Lucien est d'un grand intérêt archéologique et se distingue par ses dimensions généreuses par rapport à la taille du village. Elle a été classée monuments historiques relativement tôt par liste de 1862..Elle est affiliée à la paroisse Sainte-Claire de Mouy.
Localisation
L'église est située dans le département français de l'Oise, sur la commune de Bury, au centre du village. L'édifice est entièrement dégagé d'autres bâtiments, toutes ses façades donnant sur la voie publique.
Historique thumb|left|Vue d'ensemble depuis l'ouest.
L'église actuelle est au moins le second édifice au même emplacement. Or, rien n'est connu sur l'édifice précédent, et son existence n'est connue que grâce à une charte de Guy, évêque de Beauvais, datée du . Elle confirme la fondation d'un chapitre de quatre chanoines par le prêtre Albert en 1078, qui seront rémunérés grâce au patrimoine personnel de ce curé. Il en découle la création d'un prieuré, qui est donné à l'abbaye royale de Saint-Jean-d'Angély par Philippe en 1085. Bury est alors le chef-lieu d'une petite châtellenie appartenant au comte de Beauvais, qui est en même temps l'évêque de Beauvais. Le bourg est considéré comme l'un des plus anciens du Beauvaisis. La construction de l'église actuelle commence pendant le premier quart du , et la nef avec ses bas-côtés est achevée vers 1140. Moins d'un siècle plus tard, cette église romane paraît trop exiguë, et le chœur primitif est remplacé par un grand ensemble gothique de transept et chœur. L'ancien transept roman est transformé en quatrième travée de la nef. L'église ne connaît pas de remaniements importants au cours de son histoire. Tout au plus, la pile nord-ouest et la voûte de la croisée du transept, ainsi que la voûte de la première travée du chœur sont elles refaites pendant la première moitié du , et quelques fenêtres de la partie gothique de l'église dotées d'un remplage flamboyant (fenêtres hautes de l'ancien transept et de la première travée du chœur, et la rosace du chevet)... L'édifice est classé au titre des monuments historiques par liste de 1862.
Description Aperçu général thumb|upright|Plan de l'église. thumb|upright|Intérieur de la nef. thumb|upright|Décor de bâtons brisés.
D'orientation irrégulière nord-est - sud-ouest, l'église se compose d'une nef de quatre travées accompagnée de deux bas-côtés, d'un transept largement saillant dont chaque croisillon comporte deux travées successives ; et d'un chœur au chevet plat, flanqué de deux collatéraux. La quatrième travée de la nef est de plan trapézoïdal, car devant réunir la nef romane très étroite à la partie gothique de l'église, sensiblement plus large. L'extérieur de cette quatrième travée est irrégulier et permet encore aisément de voir qu'elle est issue de la transformation de l'ancien transept roman. Une petite flèche en charpente se dresse au-dessus de la croisée du transept. Les cloches se trouvant dans les combles, quatre lucarnes avec des baies abat-son ont dû être placés tout autour aux angles de la toiture, souvent confondues avec des pigeonniers. L'église possède deux tourelles d'escalier d'une envergure considérable et d'une architecture soignée. La première, aussi appelée tour Sainte-Barbe, se trouve à droite de la façade principale sud-ouest et est de style roman ; la seconde se trouve à l'angle entre le croisillon sud-est et le chœur et est de style gothique. Deux portails donnent accès à l'église ; tous les deux romans, ils se trouvent sur la façade principale et le bas-côté sud-est ; voir aussi la photo aérienne sur Google maps...
Intérieur Nef
La nef ne compte que trois travées, mais contrairement à la plupart des églises gothiques, les travées sont approximativement carrées au lieu d'être barlongues. Ainsi, la nef atteint une longueur de , plus que la nef contemporaine de Cambronne qui compte quatre travées mais n'atteint pour autant que . Contrairement à nombre d'églises romanes de la région qui se caractérisent par leur clocher central se dressant au-dessus de la croisée du transept, et dont la croisée représente souvent la partie la plus ancienne, de dimensions très réduites, le transept roman de Bury est contemporain de la nef. Ainsi, la nef présente à son extrémité orientale un arc triomphal qui épouse la hauteur et la largeur de la nef, et permet une continuité visuelle parfaite avec le transept et le chœur : le regard ne bute pas contre un mur haut au-dessus de l'arcade vers le transept, et l'espace ne se rétrécit pas davantage qu'entre les piles des grandes arcades. Avec une largeur de de large entre les murs, ou entre les piles, la nef est relativement étroite, mais dépasse toutefois en largeur la plupart des autres nefs de la région bâties pendant la première période du voûtement d'ogives, qui ne dépassent guère les . La largeur modeste se trouve compensée par la large ouverture des grandes arcades, qui découle de la forme presque carrée des travées. Ainsi, la nef ne donne pas l'impression d'un espace confiné, d'autant plus qu'elle atteint une hauteur sous voûtes de , soit plus ou moins la même que pour la plupart des églises gothiques d'importance moyenne dans la région. La nef est éclairée par des baies hautes de dimensions moyennes pour la période romane. Au nombre de trois de chaque côté, elles sont cependant obstruées aux deux tiers de leur hauteur par les toits en appentis des bas-côtés, qui sont aujourd'hui fortement inclinés. Néanmoins, sans être lumineuse, la nef est plus claire que les nefs flamboyantes entièrement aveugles.
La totalité de la nef et de ses bas-côtés est voûtée sur croisées d'ogives dès l'origine, c'est-à-dire depuis 1140 environ. Ce fait est assez inhabituel pour une église romane, et l'absence de formerets (sauf dans la première travée) a longtemps fait penser que les voûtes auraient été ajoutées postérieurement à l'achèvement de l'église. Un examen précis des finitions montre que ce n'est pas le cas. De même, si les piliers peuvent paraître remaniés, il ne s'agit en réalité que de traces de maladresses lors de la construction, qui ont parfois nécessité des corrections. L'appareil des voûtains est très régulier, et les voûtes sont déjà en arc brisé. Le profil des ogives est de deux boudins séparés d'une arête. Les clés de voûte sont minuscules et ne concernent que le croisement des arêtes centrales. Les doubleaux se composent d'un rang de claveaux aux arêtes biseautées. Ils retombent sur les chapiteaux du second ordre, supportés par des demi-colonnes engagées dans les dosserets des piliers au noyau cruciforme. Ces chapiteaux s'accompagnent de chaque côté d'un chapiteau plus petit placé en biais, accueillant les ogives, et supporté par une colonnette logé dans l'angle entre le dosseret et le mur. Quant aux formerets de la première travée, ce ne sont que de simples rangs de claveaux engagés dans les murs, au même profil que les doubleaux, et en l'absence de supports dédiés, ils s'arrêtent nets au niveau des chapiteaux. Les formerets ne pénètrent donc pas dans les ogives ni partagent leurs chapiteaux, comme ce sera le cas à la période gothique.
Les grandes arcades en tiers-point sont différentes dans la première travée par rapport aux deux autres travées. Elles sont toutes à double rouleau et retombent sur les chapiteaux d'une colonne et de deux colonnettes. Mais les arcades de la deuxième et troisième travée sont décorées de six rangs de bâtons brisés superposés de chaque côté, qui couvrent en partie l'intrados et font apparaître des losanges aux angles. Richement et fermement travaillé, ce décor confère une ambiance toute particulière à la nef, et il se retrouve par ailleurs sur l'arc triomphal. Fortement répandus dans le Vexin français et l'Oise, les bâtons brisés sont plus habituellement employés pour la décoration extérieure des portails, voire des fenêtres romanes tardives. À l'intérieur des églises, on les observe autour du transept de l'église Saint-Denis de Foulangues située à proximité, dans les églises de Béthisy-Saint-Pierre et d'Acy-en-Multien, dans les absides de l'église Saint-Sulpice de Chars et de l'abbatiale de Saint-Germer-de-Fly, dans la travée nord de l'avant-nef de la basilique Saint-Denis, dans la salle de l'étage du massif occidental de Saint-Leu-d'Esserent. Mais c'est à Bury que la plasticité de la pierre est la plus marquée et que ce motif ornemental atteint son expression la plus aboutie....
Bas-côtés thumb|upright| arcade du sud.