Les marais maritimes, marais littoraux ou marais salés sont des terres basses de faible pente soumises au rythme des marées. Ils sont en général créés par accumulation de vase (limons et argiles) dans des zones de faible courant, peu soumises à l'érosion du littoral qui se concentre au niveau des chenaux de marée. La végétation les couvrant varie selon la latitude : herbacée en zones tempérées et froides, forestière en zone chaude (mangroves et tannes). Cependant, certains auteurs restreignent la définition aux seuls marais comportant une végétation herbacéeR. Paskoff, 1985 - Les littoraux. Impact des aménagements sur leur évolution, chap. 4. Les marais maritimes, Ed. MassonAdam P., 1990 - Saltmarsh Ecology. Cambridge University Press, New York.
Les prés salés forment la frange haute des marais maritimes, dans la partie de l'estran qui relie le haut de l'étage médiolittoral au bas de l'étage supralittoral.
Il existe également des marais salés à l’intérieur des terres où les sols sont gorgés de sel en raison de la forte évaporation (voir salar, sebkha, etc.) ou des roches du terrain (gisements de sels affleurants).
Origine et évolution naturelle Les marais maritimes actuels se mettent en place après la transgression flandrienne (Holocène). Ils sont soumis à un équilibre fragile, dépendant des variations du niveau de la mer et d'ondes de tempête fortes et récurrentes. Les dynamiques de la néotectonique et des variations climatiques sont donc concernées.
Géomorphologie thumb|Mouvement de la marée dans un marais littoral (source : NOAA ) Sur le plan sédimentologique et géomorphologique, les secteurs d'accumulation de sédiments les plus importants sont les estuaires (milieux mixtes entre cours d'eau et mer) et les deltas, certains golfes et anses abrités, zones humides en arrière d'un cordon littoral, rives lagunaires, etc.
Les marais maritimes sont liés à : le rythme et l'action des marées, une position d'abri face aux houles, une faible profondeur d'eau, un relief littoral de faible énergie, une sédimentation fine abondante (limon, argile), des variations de niveau marin et une tectonique faibles.
Les marais maritimes des littoraux tempérés présentent un profil transversal comportant deux niveaux : la vasière ou la slikke, partie inférieure de l'estran pratiquement dépourvue de végétation. Le terme vient d'un mot néerlandais signifiant boue ou vase, le schorre, partie supérieure de l'estran couverte de végétation et incisée par de nombreux chenaux.
Les marais maritimes sont très dépendants des courants de marée. Plus l'amplitude des marées est forte, et donc l'espace intertidal important, plus ceux-ci sont développés, et inversement comme en MéditerranéeR. Paskoff, 1998 - Les littoraux. Impact des aménagements sur leur évolution, Ed. Armand Colin, . Les conditions idéales pour leur formation sont un emplacement protégé de la forte houle, de faible profondeur, et une importante quantité de sédiments fins en suspension dans les eaux côtières.
Les marais maritimes sont situés parmi des reliefs différents en fonction de leurs paramètres physiques et géomorphologiques. On trouve notamment ces marais aux bords des chenaux inondés par la mer comme les bras des deltas, les estuaires, les rias et les fjords (à condition que le relief ne sont pas trop énergique et que la néotectonique soit peu active) et sur les rives des lagunes. Les marais deltaïques sont associés à de nombreux grands fleuves, dont ceux du Sud de l’Europe, comme en Camargue dans le delta du Rhône ou le delta de l'Èbre.. Ils sont également très vastes au sein des chenaux du delta du MississippiJ.R.L Allen - Morphodynamics of Holocene Salt marshes: a review sketch from the Atlantic and Southern North Sea coasts of Europe. Quaternary Science Reviews, 19, 17–18, 2000, 1839-1840.
Fonctionnement hydrologique La pente générale du marais n'est pas toujours vers la mer, ce qui facilite le drainage. Il peut arriver que les parties internes des marais, plus basses, présentent un drainage difficile. Des tourbières, des bas marais ou des landes tourbeuses peuvent alors s'y installer (Cf. l'opposition entre marais noir et marais blanc du marais de Dol, en Bretagne et les Wateringues en Flandre).
De faibles reliefs d'origines naturelles (anciens cordons littoraux par exemple) ou anthropiques (digues, tertres) jouent un rôle dans le drainage.
Lagunes et cordons littoraux Les lagunes et les marais maritimes sont souvent séparés de la mer par des cordons littoraux, dont le lido de Venise.
Ils sont aussi présents au niveau d'entailles en cul-de-sac dans le rivage, et d'anses marines. Enfin, on en trouve aussi au niveau des baies ouvertes possédant un relèvement progressif des fonds, par exemple la baie de Morecambe et Portsmouth en Angleterre et la baie de Fundy en Amérique du Nord. En France, les cordons littoraux sont nombreux le long de la côte languedocienne, par exemple l'étang de Thau ou de la côte sud de la Bretagne, par exemple la Mer Blanche entre Fouesnant et Bénodet. La mer des Wadden (îles de la Frise) Les côtes de Nouvelle-Zélande sont riches en milieu divers et en particulier en marais maritimes encore naturels. Ces marais maritimes se forment dans les estuaires, dans les zones de faible houle et de sédimentation élevéeTe Ara - The Encyclopedia of New Zealand (2005-2010). Plants of the Estuary. Retrieved 15 March 2010, from . Ces marais sont principalement situés dans le parc régional Awhitu à Auckland, l'estuaire du Manawatu et l’ à Christchurch. On rencontre également de vastes marais maritimes au niveau de chapelet d'îles-barrières et de cordons littoraux à l'abri du vent, lesquels sont sensibles à la refonte des barrières et cordons situés en avant desquels ils ont été formés.
Les sites néo-zélandais classés au titre de la Convention Ramsar et comportant des marais salés ou des mangrovesRamsar, 200 - The Annotated Ramsar List: New Zealand : Awarua Wetland, île du Sud, site Ramsar en 1976, env. (), Farewell Spit, île du Sud, site Ramsar en 1976, (), Firth of Thames (estuaire de la Thames), île du Nord, site Ramsar en 1976, env. en partie en mangrove (), Manawatu river mouth and estuary, île du Nord, site Ramsar en 2005, env. (). La côte Est des États-Unis.
Marais salés, mangroves et séquestration de carbone Une étude basée sur 154 sites de mangroves et marais salés des côtes ouest et est de l'Atlantique et du Pacifique, ainsi que dans l'océan Indien, l'océan méditerranéen et du golfe du Mexique (latitudes allant de 22,4 ° S dans l'océan Indien à 55,5 ° N dans l'Atlantique Nord-Est) a montré que : le sédiment des mangroves contient en moyenne 0,055 ± 0,004 g cm-3 de carbone, ce qui est significativement plus que la moyenne pour les marais salés (0,039 ± 0,003 g cm-3)Chmura GL, Anisfeld SC, Cahoon DR, Lynch JC (2003) « Global carbon sequestration in tidal, saline wetland soils ». Global Biogeochem Cycles 17(4):12. Le taux de carbone du sol de mangroves et de marais à Spartina patens diminue avec l’augmentation de la température annuelle moyenne (sans doute car les taux de décomposition de la MO s’élèvent avec la température). la séquestration du carbone est finalement comparable entre mangroves et marais salants. C’est la quantité de MO accumulée et le taux d’accumulation de sédiments dans les marais qui est le principal facteur de séquestration de carbone, masquant toute relation avec les paramètres climatiques. bien que ces zones émettent aussi du CO2 et du méthane (en quantité longtemps sous-estimée), à l'échelle mondiale la totalité des zones humides stockent néanmoins plus de 44,6 Tg C an − 1 et sans doute bien plus car les bilans carbone manquent pour les marais salés de Chine et sud-américains. les puits de carbone des zones humides d'eau douce ont été bien étudiés (tourbières nordiques notamment) mais le rôle des marais salants et des mangroves a été sous-estimé : selon Chmura & al (2003), ils dégagent des quantités négligeables de gaz à effet de serre et stockent plus de carbone par unité de surface que les zones humides d’eau douce.
Élévation du niveau marin Selon les rythmes de la remontée du niveau marin et de l'alimentation sédimentaire, les schorres disparaîtront si la montée des eaux marines l'emporte sur la sédimentationVerger F., 1999 - Les marais maritimes. In Le littoral, Manuels et Méthodes , Éditions BRGM, .
Écologie des marais Les vasières et marais littoraux constituent des écosystèmes très riches sur le plan biologique. Le rythme des marées, les fluctuations de l'immersion et de la salinité, l'envasement créent des conditions de vie particulières (espèces halophiles).
Le réseau trophique est vaste. L'apport important de matière organique assure une nourriture abondante ainsi les densités individuelles sont considérables notamment pour les mollusques, les vers et les crustacés. De nombreux prédateurs (oiseaux à marée basse et poissons à marée haute) profitent de la richesse du milieu.
La pêche côtière et la pêche à pied y jouent un rôle considérable pour les populations locales.
Les grandes fluctuations de la salinité constitue un facteur écologique majeur de la répartition des organismes du marais et se traduit par une sélection importante des espèces animales et végétales. Les espèces strictement estuariennes (organismes euryhalins : tolérant de grandes variations de la salinité) sont relativement peu nombreuses mais présentent en densités considérables. L'influence de la salinité sur les êtres vivants est liée au phénomène d'osmose qui induit différentes adaptations physiologiques et anatomiques comme : la réduction des feuilles (limitation des pertes d'eau), l'accumulation d'eau dans les tissus (feuilles charnues) et l'exsudation de sel (tamarix, statices, palétuviers), des mécanismes d'osmorégulation, selon l'absorption plus ou moins active de sels ou de leur rejet par l'urine en particulierBaudet J. et al., 1987 - Écologie du Marais Breton Vendéen : étude d'une unité hydrologique. Société Botanique du Centre-Ouest. 32 p..
Types de marais maritimes Les grands types de marais littoraux peuvent se classer en fonction de la latitude (et du climat) ou de l'usage mais également en fonction du degré de salinité. Une typologie propose un classement en marais doux, salés et endigués (marais saumâtres, salés, salants et polders) et côtiers (près salés, schorre, slikke). Ces milieux représentent quelque 13 % de la superficie des biotopes côtiersLasserre P., 1982 - Editorial. In Les lagunes côtières. Actes du Symposium international sur les lagunes côtières, SCOR, IABO, UNESCO, Bordeaux, France, 8-14 septembre 1981, P. Lasserre & H. Postma (dir.), Oceanologica Acta .
Les écosystèmes et les paysages ont considérablement évolué en fonction des usages : pisciculture, ostréiculture, conchyliculture, pénéiculture, élevage extensif de bovins et ovins, chasse, fauche, etc.
En régions tempérées Slikke
La slikke est un terme d'origine néerlandaise désignant la partie basse des marais qui est inondée à chaque marée haute.
Schorre
Le shorre est un terme d'origine néerlandaise désignant la partie haute des marais qui n'est inondée que lors des grandes marées. Elle est occupée par de la végétation halophile.
En régions froides thumb|upright=1.8|Marais maritimes au crépuscule le long de la Route Littorale Fundy 915 dans la Baie de Fundy, Nouveau-Brunswick, Canada