Jean-Baptiste de Valbelle, né en et mort le à La Reynarde, près de Marseille, est un aristocrate et officier de la Marine française du . Il rejoint la Marine royale. Sans affectation pendant la régence d'Anne d'Autriche, il arme à ses frais plusieurs bâtiments et livre un combat face aux Anglais. Au début de la guerre de Hollande, il conduit une escadre d'aide à la ville de Candie, assiégée par les Ottomans. Il se distingue à plusieurs reprises en 1676 et est nommé chef d'escadre à la mort du marquis d'Alméras
Biographie Origines et famille
Jean-Baptiste de Valbelle descend d'une famille de la noblesse provençale dont l'origine remonte, peut-être, aux premiers comtes de Provence et aux anciens comtes de MarseilleUne note manuscrite du carton de d'Hozier, qu'un M. de la Garcinière écrivait à M. Robin de Briançon, auteur du Nobiliaire de Provence, « que la famille de Valbelle ne remontait pas plus haut qu'a Honoré , apothicaire de son état, qui, après s'être fort enrichi dans son métier, fut élu second consul de Marseille, en l'année 1528, et que de cet Honoré descend toute la famille de Valbelle. ». Cette famille fournira au royaume de France une série de marins valeureux et dévoués, commandant presque toujours des galères construites et armées à leurs frais.
Jean-Baptiste de Valbelle est le fils de Cosme II (1568-1638), sire de Valbelle, seigneur de Baumelles, capitaine de cent hommes d'armes, mort héroïquement le , au commandement de sa galère La Valbelle, au cours de la bataille livrée par Pontcourlai, général des galères, à la flotte d'Espagne et de Sicile à la hauteur de Gênes.
Sa mère est Anne-Madeleine de Paule, fille de François de Paule et de Jeanne de Puget. Le couple se marie en 1632, de cette union naissent : Jean-Philippe de Valbelle, il reçoit un brevet de capitaine de galère le et remplace son père sur La Valbelle Jean-Baptiste de Valbelle
Carrière dans la Marine royale Jeunesse
Valbelle effectue sa première campagne navale dès l'âge de neuf ans, sur la galère de son père. Après avoir été témoin de la mort de son père à la bataille de Gênes, il est fait prisonnier avec son frère, Jean-Philippe, qui servait en qualité de lieutenant sur le même bâtiment, et qui meurt longtemps après d'une blessure reçue à la tête reçue au cours de ce combat
Au service de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem Fidèle à la tradition familiale, Valbelle est reçu de minorité dans l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem en 1640de La Roque, col.245 à l'âge de , et se distingue très jeune dans le service de cet Ordre. Il est promu capitaine de galère en 1647. Le , au siège de Candie, où se trouvait un bataillon de l'Ordre, le chevalier de Valbelle fait prisonnier un pacha turc ; qu'il comptait amener vivant dans la ville, mais étant entouré d'assaillants, il est contraint de l'égorger pour se dégager de ses ennemis.
Guerre de Trente Ans Valbelle prend part, en 1641, à l'âge de quatorze ans, sous les ordres de Monseigneur de Sourdis, archevêque de Bordeaux, au blocus du port de Tarragone, au cours duquel il est blessé. Il se distingue, l'année suivante, en 1642, sous les ordres du marquis de Brezé, à la bataille de Barcelone, « sautant le premier la hache à la main sur un des vaisseaux ennemis, qui fut enlevé. » Il reçoit, pour récompense de cette action, le commandement d'un petit bâtiment qu'il nomme Le Persée. Peu de temps après, il rencontre un navire espagnol plus fort que le sien, et étant attaqué par ce dernier, Valbelle s'en approche, sans tirer un seul coup, lui jette les grappins, l'aborde, et s'en rend maître après un combat acharné, et le conduit à Toulon. Il fait, dans les mois qui suivent, encore plusieurs prises considérables, qui contribuent à sa grande fortune.
Marine royale Il entre dans la Marine royale, et devient capitaine de galère du roi, puis capitaine de vaisseau. Sous la Régence de la reine-mère, il se distingua par une entière fidélité, et lève des troupes qu'il met au service du roi. N’étant pas employé, dans une période où la marine royale est en perte d'influence à la Cour de France, il arme plusieurs vaisseaux à ses frais contre les Espagnols et les Turcs« Son activité le portait tour à tour du service de la Religion à celui de la patrie, partout où il y avait des périls à partager, de la gloire à conquérir. » .
Au mois d', il commande un des vaisseaux de la flotte du chevalier Paul, qui sera son premier maître avant Duquesne, à la prise de Castellammare. Ayant été ensuite détaché avec le chevalier de Goutes pour aller chercher des vivres en Provence, il attaque, à la hauteur de Palerme, trois corsaires marocains, en coule un et capture les autres, après un combat de deux heures. Il accomplit d'ailleurs sa mission avec succès et ravitaille la flotte du chevalier Paul.
Combats contre les Anglais en Méditerranée En rentrant en France, il croise la route d'un vaisseau anglais, plus puissant que le sien, dont le capitaine exige alors qu'il salue le pavillon. Peu disposé à s'exécuter, Valbelle attaque le vaisseau anglais et le prend« Pendant qu'il soutenait une lutte terrible contre les vents et les flots, un bâtiment de guerre anglais, que son mauvais état enhardissait, eut, malgré la paix qui régnait entre les deux nations, la facile audace de lui demander le salut, comme un droit acquis “aux maitres de la mer”. Valbelle était naturellement peu disposé à faire les politesses qu'on exigeait de lui. Il refusa tout net. Il fit mieux: voyant que l'Anglais se mettait en devoir d'obtenir par la force ce qu'il n'avait pu avoir autrement, il arriva droit sur lui et le surprit par un impétueux abordage. Lui-même, il passe sur le pont adverse, donne à tous les siens l'exemple d'une héroïque ardeur, culbute, foule aux pieds les insolents agresseurs, enlève le pavillon de ceux qui naguère voulaient le forcer d'amener le sien, et, après un affreux carnage, finit par se rendre maître du vaisseau anglais. Toutefois, il eut ensuite la générosité d'abandonner cette prise, réclamée, quoiqu'à tort, par le capitaine anglais. » .
Les Anglais ont encore à l'esprit ce fait d'armes« Le bruit de la dernière action de Valbelle avait jeté tous les capitaines anglais dans une extrême irritation. Tous le cherchaient pour venger la honte récemment encourue par leur pays. » lorsqu'en , il est attaqué par une escadre de quatre navires anglais, l'un de , et les autres de , sous les ordres du chevalier Bank entre les îles Majorque et Cabrera, alors qu'il n'avait que son vaisseau, de 30 canons. Le commandant anglais exigent à nouveau le salut, « pour l'honneur du pavillon ». Valbelle - malgré son infériorité numérique - se défend avec tant de valeur, qu'avec un seul vaisseau il démâte deux vaisseaux ennemis et obtient une composition honorable pour être ramené, lui, le reste de son équipage, et son canon, dans un port de France« Quelques récits placent cette affaire au mois de , et font honneur aux Anglais d'une certaine générosité. Selon ces récits, les Anglais enthousiasmés à la fin eux-mêmes de l'héroïsme de Valbelle, déployèrent des signes de paix, renoncèrent au salut, détachèrent un de leurs canots vers Valbelle, et lui firent savoir qu'ils le mettaient à sa disposition pour se retirer en France avec ceux des siens qui avaient survécu. Cette version, que nous avions précédemment suivie faute d'en connaître alors une autre, amène le canot de Valbelle à Marseille et non à Toulon. La version que nous venons de donner est, en partie du moins, celle de d'Hamecourt. ».
L'historien et biographe Léon Guérin décrit cet épisode avec lyrisme :
Plus tard, Valbelle aura l'occasion de croiser le commandant anglais, au Jardin du Luxembourg avec l'ambassadeur d'Angleterre. Alors que les deux officiers échangent un salut de connaissance, l'ambassadeur demande au chevalier Bank qui était le gentilhomme qui lui faisait cette politesse. — « C'est le chevalier de Valbelle, répondit Bank. — Est-ce celui du combat de Majorque ? l'interroge l'ambassadeur. — Lui-même, répond le commandant anglais. — Puisqu'il accorde si gracieusement le salut sur terre, reprit le diplomate, on ferait bien de ne le lui jamais demander sur mer. »
Valbelle réalise de nouveaux exploits dans le Levant contre les musulmans. Lors d'une campagne qu'il effectue, en 1660, pour son propre compte, à bord du vaisseau La Vierge, construit à ses frais, il se distingue à nouveau« [Elle] fut marquée par des coups pleins de hardiesse et par des prises étonnantes. Il ne faisait pas bon à s'embarquer sur son bord quand on n'avait pas le cœur bien décidé : car, dur pour lui-même et ne s'épargnant pas, Valbelle ne connaissait en campagne que le combat et la victoire. » .
Il est promu capitaine de vaisseau en et reçoit le commandement du vaisseau Le Sauveur. En 1669, il commande une escadre pour le secours de Candie, et une autre sur les côtes de Tunis et d'Alger.
Guerre de Hollande thumb|right|La première bataille de Schooneveld, le par Willem van de Velde l'Ancien.
En 1671 et 1673, les Français s'allient aux Anglais, contre les Néerlandais. De Valbelle, en dépit de ses nombreux faits d'armes n'est alors que capitaine de vaisseau« Peut-être faut-il attribuer la cause de ce peu d'avancement à la part très-active que la famille de Valbelle avait prise aux troubles de Marseille pendant le gouvernement en Provence du comte d'Alais et le ministère du cardinal Mazarin. Cette famille, sous la direction d'Antoine de Valbelle, capitaine de galères, lieutenant de l'amirauté, oncle de Jean-Baptiste, avait formé alors une faction puissante qui, sous prétexte de soutenir les intérêts du roi, méconnaissait l'autorité du gouverneur de la province. ». N'étant pas informé des instructions secrètes données au vice-amiral d'Estrées, qui consistaient à économiser les vaisseaux français et à laisser, autant que possible, l'Angleterre et les Provinces-Unies se déchirer l'une par l'autre, Valbelle n'hésitera pas à engager toutes ses forces dès qu'il en aura l'occasion.
Il se distingue à de nombreuses reprises, et surtout lors de la bataille des bancs de Flandre, qui a lieu dans les parages de l'île Walcheren le , entre les flottes combinées de France et d'Angleterre, placées sous les ordres du prince Rupert, et l'avant-garde hollandaise aux ordres du luitenant-admiraal Bankaert. Commandant sur le vaisseau Le Glorieux, , il parvient en compagnie du marquis de Grancey, à manœuvrer habilement de sorte à mettre plus grand désordre l'arrière-garde hollandaise. À la fin de ce combat, il aperçoit une frégate anglaise, le , commandé par le capitaine Herber, qui était sur le point d'être pris par l'amiral Tromp. Aussi son vaisseau est particulièrement remarqué des Anglais eux-mêmes qui pourtant, dans cette occasion, se plaignent du peu d'activité montré l'escadre du comte d'Estrées.
Léon Guérin, dans Les marins illustres de la France, retrace le récit de ce combat :
thumb|right|La bataille du Texel, par Willem van de Velde l'Ancien. Valbelle se distingue encore aux combats du et lors de la bataille du Texel, le , toujours contre les Hollandais.
En 1674, commande la flotte de six vaisseaux et quatre brûlotsCette flotte est composée des vaisseaux L'Agréable, , commandé par Valbelle ; Le Fier, , capitaine d'Hailly ; Le Fortuné, , capitaine de Cogolin ; Le Sage, , capitaine de Langeron ; Le Téméraire, , capitaine de Tambonneau ; Le Prudent, , capitaine de La Fayette, avec trois brûlots, commandés par les capitaines Charles Verguins, Desprez et de Beauvoisis. envoyer au secours de Messine qui s'était insurgée contre les Espagnols. Arrivée devant la ville le , il débarque ses troupes à la vue de la flotte espagnole qui reste immobile. Seul le fort de San Salvador, tire en sa direction quelques coups de canons. Il prend ce fort et chasse les troupes espagnoles de tous les forts qu'elles occupaient.