Le Haras national d'Hennebont est l'un des cinq pôles équestres de la région française Bretagne. Sa création en 1856 à Hennebont, dans le Morbihan, autour de l'ancienne abbaye de la Joie, résulte d'un échange avec l'abbaye Notre-Dame de Langonnet. Inauguré par Napoléon III le , il est classé monument historique en 1995.

Le Haras national d'Hennebont poursuit une longue mission d'étalonnage public, en acquérant et mettant des étalons, majoritairement de race Breton, à la disposition des éleveurs de sa circonscription. Cette fonction historique prend progressivement fin entre 2007 et 2016, via le passage d'une gestion d'État à celle d'un syndicat mixte. La société hippique nationale qui y est hébergée, créée en 1964, cesse ses activités en 2019.

Désormais surtout dévolu au tourisme, ce haras dispose d'un espace de découverte du cheval et d'une école d'attelage, organisant de nombreux spectacles et des manifestations toute l'année, dont un marché de Noël.

Histoire vignette|gauche|Attelages dans la cour centrale du Haras national d'Hennebont (v. 1931). Sous l'Ancien Régime, les dépôts d'étalons ont toujours été plus nombreux dans le nord de la Bretagne que dans le sud. Le système des Haras fonctionne notoirement mal en Bretagne, notamment car les éleveurs recherchent des étalons plus divers, et restent attachés à la race locale du bidet de Briec. Sous le Consulat, en 1803, Chaptal recherche des emplacements pour établir un nouveau dépôt d'étalons dans le Morbihan : le château de Josselin, l'abbaye de Saint-Jean-des-Prés, le château de Crévy, le château de Truscat et l'enclos des Ursulines de Ploërmel sont envisagés, avant un choix arrêté à l'abbaye de Langonnet, en 1806.

Le , les circonscriptions de Bretagne sont définies à partir de ses deux haras. Le dépôt de Langonnet étant mal desservi par des routes étroites et peu praticables, un nouvel emplacement est recherché à partir de 1849. L'abbaye de la Joie, à Hennebont, fait partie des propositions.

Établissement et inauguration vignette|gauche|Porterie de l'ancienne abbaye de la Joie, sur les rives du Blavet (v. 1931).|alt=Photo noir et blanc d'un bâtiment. Un décret paru le autorise le transfert du Haras national de Langonnet vers Hennebont, sur autour de l'abbaye de la Joie. L'échange d'emplacement est signé par le préfet du Morbihan, le . Cet échange se conclut entre la congrégation des Pères du Saint-Esprit, et l'État français : la congrégation souhaite s'établir à Langonnet. Afin de rendre l'échange avec Hennebont, propriété du sieur Queron, plus équitable, la congrégation prend à sa charge les travaux d'une écurie pour 32 étalons, d'un mur de clôture, d'une grille et de deux pavillons, celui des concierges et celui du chef palefrenier. Le transfert du haras est géré par son directeur, M. Drieu. Cette opération s'accompagne d'un re-découpage des circonscriptions bretonnes, le Haras national de Lamballe perdant la gestion de l'Ille-et-Vilaine au profil d'Hennebont, et cédant en échange le Nord du Finistère. Comme le note Gérard Guillotel, ce découpage semble illogique, et pénalise les éleveurs d'Ille-et-Vilaine, plus proches géographiquement de Lamballe que d'Hennebont : il est justifié à l'époque par le développement à venir du Haras national de Lamballe.

Le texte de loi ratifiant l'échange est signé par Napoléon III le .. Le haras devient fonctionnel cette même année. L'entrée se fait initialement par les rives du Blavet, via le pavillon de la conciergerie.

Une forge est construite en 1858.. L'inauguration officielle a lieu un an après l'ouverture, en présence de Napoléon III et de l'Impératrice, le , jour de la Saint-Napoléon. Les façades sont blanchies pour l'occasion. Le maire d'Hennebont, Olivier Levier, remercie l'empereur dans son discours. Un portrait de Napoléon III en pied, portant le manteau impérial, est gardé en souvenir dans l'écurie .

Jusqu'au début du vignette|Seigneur breton partant à la chasse, reproduction d'un tableau donné au musée d'Hennebont par le vétérinaire des Haras M. Desjacques.|alt=Cavalier avec un chien. Des travaux sont menés pour augmenter la capacité du haras : les écuries numéros 2, 3 et 4 deviennent fonctionnelles en 1880.

Initialement tourné vers l'élevage du cheval de trait, le Haras national d'Hennebont acquiert des étalons de race Anglo-normand et Trotteur Norfolk, dans l'objectif d'alléger la race bretonne par le croisement. Parmi ses étalons de départ figure le Trotteur Norfolk Grey Shales, transféré depuis Langonnet. Les « missions vers l'orient » entraînent l'arrivée de dix étalons Pur-sang arabe à Hennebont entre 1874 et 1892. Le premier directeur de l'établissement entreprend un travail de promotion du cheval Postier de Cornouaille, du petit trait du Morbihan, et d'un cheval de trait plus lourd en Ille-et-Vilaine. Une tradition d'élevage de chevaux de sang destinés à la cavalerie existe dans le bassin de l'Odet (entre Scaër et Quimper), dans le pays de Redon, et le nord de l'Ille-et-Vilaine. En 1900, le Haras national d'Hennebont ne dispose plus d'aucun étalon Arabe ou Anglo-arabe, comptant 148 étalons, majoritairement des demi-sang, pour 36 Postiers et 15 étalons bretons de trait, servant environ dans sa circonscription.

De 1901 à la Seconde Guerre mondiale En 1901, un certain M. Perrin vend au Haras national un hectare de terrain situé au nord. Cela permet la construction des écuries numéros 5, 6 et 7. Le logement du directeur et celui du personnel sont bâtis en 1902. Le troisième officier du haras arrive en 1907, lorsque la maison du « surveillant » est construite ; le sous-directeur arrive l'année suivante, une infirmerie étant créée en 1908 également.

Entre 1900 et 1914, le nombre de chevaux demi-sang diminue au profit de Postier et du Trait breton. Parallèlement, le bidet de Briec tend à disparaître. En 1914, ce haras compte 262 étalons reproducteurs.

En 1914, une jument de 4 ans de la souche de Corlay, issue du Haras national d'Hennebont, Caroline, reçoit le premier prix du concours central hippique de Paris, de même que son éleveur M. Roux, originaire de Scaër. Une attention particulière est portée au maintien des naissances de chevaux durant la Première Guerre mondiale, en particulier la production du Postier breton, cheval d'artillerie par excellence. Après l'armistice, le Haras national d'Hennebont compte plus de 100 agents. Les besoins agricoles entraînent un accroissement du nombre d'étalons de trait, ainsi que des importations d'étalons Ardennais, bien qu'ils restent moins nombreux qu'à Lamballe.

supplémentaires sont acquis le auprès de M. Perrin, ce qui inclut la partie basse de l'abbaye avec ses bâtiments du , et toutes ses dépendances, pour la somme totale de . En 1923, le Haras perd les centres d'achat d'étalons bretons de Carhaix et Combourg. L'année suivante, sont saillies dans la circonscription d'Hennebont. En 1927, le site d'Hennebont compte son plus grand effectif, , ce qui en fait le du territoire national. Plus de la moitié des étalons sont répertoriés comme Postier breton, 132 sont des Trait breton, suivant la division du de la race opérée en 1926. Le personnel compte à la même époque. En 1929, Hennebont ne compte aucun étalon de selle. La progression de la motorisation entraîne un déclin des activités du Haras durant les années qui précèdent la Seconde Guerre mondiale.

vignette|centre|upright=2.5|Plan du Haras national d'Hennebont en 1931.

Durant la Seconde Guerre mondiale En 1939, la mobilisation d'un certain nombre de palefreniers entraîne un surcroît de travail pour ceux qui n'ont pas été mobilisés par les besoins de la guerre. Cependant, le directeur du Haras, M. Poujols de Molliens, parvient à maintenir l'activité équestre des lieux durant toutes les années de conflit. La situation de guerre renforce l'idée d'un « élevage culturel », destiné à résister à la défaite puis à l'occupation allemande. Le maintien de M. Poujols de Molliens, en poste durant 15 ans, permet une certaine stabilité.

Les troupes allemandes atteignent Hennebont en . de guerre sont parqués sur le site d'Hennebont jusqu'en 1942, quelques-uns parvenant à s'évader en portant l'uniforme des palefreniers. En 1943, les Allemands occupent la quasi-totalité du site, et y installent un dépôt de munitions ainsi qu'un dépôt alimentaire. Ce dernier est régulièrement pillé par des palefreniers en contact avec la Résistance française (dont fait partie le surveillant du Haras, Michel de Kersabiec), qui connaissent les horaires des rondes des Allemands. Un soldat Allemand antinazi aide ces palefreniers, permettant à un officier français de gagner l'Angleterre, un message étant spécialement adressé aux résistants du Haras national d'Hennebont via la BBC. Hennebont est libérée par les forces alliées le , grâce à un sabotage du pont du Blavet, ce qui empêche la garnison allemande stationnée au Haras de rejoindre la poche de Lorient. Les soldats allemands du Haras se rendent, après avoir démoli la maison du directeur par un tir d'obus depuis la montagne du Salut.

Lors de la reddition de la poche de Lorient, le , le Haras national d'Hennebont est transformé en camp de prisonniers allemands. Après la guerre, ce haras n'héberge presque plus de chevaux, mais il retrouve rapidement ses fonctions traditionnelles.

De 1945 à 2007 Le déclin du cheval de trait s'accentue après 1945, bien qu'il soit relativement lent et progressif en Bretagne, entraînant une démotivation des éleveurs. Des missions étrangères (Italie, Espagne, Japon...) permettent un maintien d'achat de chevaux de race Breton. La reconversion de l'élevage du cheval Breton dans la production de viande permet un maintien d'effectifs de la race. Le directeur M. Gendry entame une reconversion de la sélection en ce sens dès 1946. À partir de 1952, M. Marcilhacy poursuit cette politique. Le système des camions rouleurs se généralise, afin d'amener des étalons chez les éleveurs ayant des difficultés à déplacer leurs juments jusqu'au site du haras ou aux stations de monte. Depuis les années 1960, les primes à l'élevage incitent les éleveurs de la circonscription d'Hennebont à maintenir le cheval de trait. En 1954 et sur , un étalon raceur, Gerfaut, affecté à la station de Bannalec, dans le Finistère, influence durablement la race bretonne dans la circonscription d'Hennebont, par croisement avec les juments postières.

La société hippique nationale d'Hennebont ouvre en 1964., signant l'ouverture de l'établissement vers le sport équestre. M. de Dieuleveult entre en fonction comme directeur en 1965, et favorise le cheval de course et de sport, augmentant le nombre de ces étalons. Ses trois successeurs poursuivent sur cette voie, tout en maintenant un important cheptel de race Breton. En 1970, avec , Hennebont est l'un des plus grands dépôts d'étalons français ; en 1973, douze étalons de sang y sont stationnés.

Ce haras est aussi l'un des établissements pionniers dans l'usage de l'insémination artificielle équine en France, la technique étant testée sur ses étalons de trait dès 1981.. En 1985, il envoie un énorme étalon reproducteur Breton de type boucher, nommé Oscar, à la station de Bannalec.. La tempête du abîme fortement le site.

En 1993, Hennebont compte et de monte qui lui sont rattachées dans sa circonscription : Fouesnant, Pleyben, Quimper, Gourin, Malestroit, Combourg, La Guerche-de-Bretagne, Lohéac, Plerguer, Saint-Aubin-du-Cormier et Vitré. Sa société hippique nationale a 45 chevaux et poneys à sa disposition. Le Haras national d'Hennebont gère par ailleurs une vingtaine de sociétés hippiques, et 22 sociétés de course dans sa circonscription, la plus prestigieuse de ses sociétés hippiques étant celle de Dinard.

Passage sous gestion du syndicat mixte vignette|Voiture de l'école d'attelage du haras d'Hennebont. Depuis 2007, le syndicat mixte du Haras national d'Hennebont gère le patrimoine bâti et arboré du site, hors l'abbaye de la Joie et le pavillon de la Porterie..