Un bâtiment d'archives est un édifice consacré à la conservation et à la consultation de fonds et de documents d'archives. De la structure, des matériaux et des équipements d'un bâtiment d'archives dépendent les bonnes conditions de conservation des documents d'archives. Les bâtiments d'archives font donc l'objet de normes très précises. Mais selon le Conseil international des archives, les bâtiments d'archives, comme toute œuvre, répondent à des problèmes liés à l'architecture, à l'esthétique, à l'émotion, à l'environnement et à la construction..

Statuts et droit Une structure adaptée aux contraintes Les principales fonctions d'un bâtiment d'archives s'organisent autour de principes que l'on trouve déjà définis par Philippe le Bel lorsqu'il confie à Pierre d'Étampes la garde de ses archives en 1309 : .

Les bâtiments d'un service d'archives doivent répondre à une triple mission : la conservation physique des documents, leur communication au public et leur mise en valeur scientifique et culturelle. Plus précisément, le service doit pouvoir assurer la réception, le traitement éventuel, le tri, le conditionnement, l'inventaire, la communication, la reproduction et la restauration des documents qu'il a la charge de conserver.

L'ensemble des locaux et des équipements permettent de mener à bien ces missions. Les bâtiments respectent ainsi une séparation structurelle entre trois types d’espaces : les locaux de traitement et de conservation des documents : magasins, quai de déchargement, salle de dépoussiérage et de désinfection, salle de tri, salle de classement, salle de conditionnement, locaux de déchiquetage, ateliers de microfilmage ou de numérisation et ateliers de restauration ; les locaux réservés au personnel : bureaux, salles de réunion, salle informatique, locaux sociaux (éventuellement salle de restauration, salle de repos) et sanitaires ; les locaux ouverts au public : hall d’entrée, vestiaires, salle de lecture, salles d’exposition ou de conférence et sanitaires.

Un bâtiment d'archives comporte également des parkings, parfois des espaces verts et éventuellement des logements de fonction.

Le seul lieu où le public, le personnel et les documents sont réunis est la salle de lecture. En dehors de cette salle, en aucun cas, la circulation du public ne doit recouper celle des documents ou du personnel. Cette règle nécessite de sécuriser les accès des bâtiments et d'y prévoir des doubles circulations.

Malgré ces contraintes importantes, les bâtiments d'archives adoptent une typologie très variée selon qu'il s’agit de bâtiments conçus à cet effet – et présentant ainsi toutes les caractéristiques techniques obligatoires, ou qu'il s’agit de bâtiments réinvestis et qui ont fait l'objet d'aménagements pour répondre à ces mêmes caractéristiques.

Des normes de construction Les bâtiments d’archives, quelle que soit leur architecture, font l’objet de normes très précises. Leur élaboration est régulièrement l'objet de nouvelles réflexions, menée par des organismes internationaux parmi lesquels on peut citer la Fédération Internationale des Associations de Bibliothécaires et des Bibliothèques (IFLA) et le Conseil international des archives (CIA). Au milieu du , pendant près de trois décennies, l'ensemble de ces organismes a élaboré des normes climatiques universelles. Basées sur des expériences pragmatiques, ces normes sont adaptées, depuis les années 1990, aux lieux, aux climats et à l'ensemble des conditions locales. Ainsi, au sein du CIA, deux comités travaillent en parallèle sur les questions de conservation préventive dans les pays tempérés et dans les pays tropicaux.

D'une manière générale, les bâtiments d'archives doivent être sains et propres (absence de germes, champignons et poussières), protégés de l'humidité et de la chaleur par une aération correcte, si possible à l'abri de la lumière directe du soleil et sécurisés. Les normes de conservation imposent également des mesures contre l'incendie ou l'inondation, ou garantissant la sécurité des personnes.

L'ensemble des normes de conservation est édité dans la norme ISO 11799 . La première contrainte concerne le choix du terrain. Un site accueillant un service d'archives doit être aisément accessible, sain, sec, non inondable, non exposé aux risques de glissement de terrain et éloigné de tout voisinage dangereux (comme un site classé seveso ou susceptible de devenir un objectif stratégique en cas de conflit).

La superficie du terrain doit également permettre une extension future du bâtiment équivalent au moins à son doublement (au minimum ).

La structure recommandée pour les bâtiments modernes est un plancher et des poteaux en béton sans système autoporteur. En France, les structures métalliques autoporteuses, longtemps fréquemment adoptées, comme encore aux Archives départementales du Var en 1972, sont interdites pour les constructions de plus de trois étages depuis la catastrophe du collège Édouard-Pailleron en 1974. La dangerosité de ces structures s'est encore récemment démontrée lors de l'effondrement en des archives municipales de Cologne en AllemagneCet effondrement eut pour cause le creusement d'un tunnel de circulation urbaine..

Les liaisons verticales entre les différents niveaux doivent être assurées au minimum par un monte-charge, un escalier de service et un escalier de secours.

Il existe enfin plusieurs recommandations propres à chaque type de risque auxquels sont exposés les locaux d'archives : la lutte contre l'incendie (planchers et portes coupe-feu, détecteurs et alarmes), contre les dégâts des eaux, contre le vol et l'effraction (accès sécurisés par badges), contre la poussière et contre les insectes et les rongeurs.

Pourtant, aucun bâtiment n'est à l'abri des sinistres, depuis l'incendie de la bibliothèque d’Alexandrie en 640 jusqu'au séisme de 2010 à Haïti. Pour venir en aide aux institutions culturelles victimes des catastrophes naturelles ou des conflits armés, le Comité international du Bouclier bleu (CIBB), depuis , élabore des plans de prévention des risques ou fait intervenir des équipes d’urgence sur les lieux des sinistres afin de sauvegarder le patrimoine.

Des normes de conservation La réflexion sur les conditions de conservation s'est souvent faite de façon empirique. Dans les faits, il n'y a pas réellement de normes de conservation en France avant les années 1970. Toutefois, le souci de la conservation n'est pas nouveau : aux Archives nationales à Paris, les « grands dépôts » construits sous Napoléon III, rue des Quatre-Fils, ont été construits en pierre avec des gaines d'aérations dans l'épaisseur des murs afin de lutter contre l'humidité ; pour garantir l'incombustibilité du bâtiment, les planchers et les combles ont été édifiées en fer et l'ensemble du bâtiment est entouré de trottoirs en granite. C'est encore aujourd'hui l'un des dépôts dont l'hygrométrie est la plus stable dans l'ensemble des bâtiments parisiens des Archives nationales. vignette|200px|Les magasins des Archives régionales de l'Université Charles-Sturt en Australie.

Les normes de conservation concernent en premier lieu les magasins où sont stockés les documents d'archives. Ils doivent être sains, maintenus dans certaines conditions climatiques et également aveugles, car la lumière provoque des dégradations sur les documents. De même, la qualité des matériaux de construction doit être contrôlée : la teneur en eau du béton, par exemple, sans procédure de séchage appropriée, peut provoquer des problèmes d’humidité.

Pour garantir l'inertie thermique des bâtiments, on peut faire le choix de la climatisation mais un entretien souvent coûteux, sans compter les dangers que représentent les pannes pour la conservation, pousse de plus en plus, dans les constructions récentes, à adopter le concept de la « double-peau », comme aux Archives municipales de Lyon (en 2001) ou aux Archives départementales des Yvelines (en 2004). Il s'agit de construire le bâtiment avec une double paroi créant un vide sanitaire qui permet de maintenir l'inertie thermique et hygrométrique des espaces. Dès lors, un système de soufflerie permet de renouveler l'air à l’intérieur des bâtiments.

En France, peu de services ont adopté la conservation en magasins souterrains : construits en sous-sols, ils sont certes à l'abri de la lumière, mais trop souvent soumis aux infiltrations. Les Archives départementales d'Eure-et-Loir ont fait ce choix dans un bâtiment neuf inauguré en 2006. La plupart du temps, le choix de magasins souterrains est dicté par l'installation des services dans un bâtiment ancien réadapté aux besoins de la conservation des archives ou à proximité d'un monument historique interdisant toute construction en hauteur. C'est le cas notamment des bâtiments des Archives nationales à FontainebleauDont les locaux sont interdits d'accès depuis le printemps 2014, à la suite de fissures constatées dans les sous-sols, qui suscitent des doutes sur leur stabilité. installées dans des bâtiments ayant servi de quartier général à l'OTAN et dans le périmètre de protection du château, du Centre national du microfilm et de la numérisation construit à côté du château d'Espeyran, des Archives départementales de la Somme implantées dans un ancien couvent, de celles de l'Essonne implantées dans un château ou encore des Archives municipales de Toulouse installées dans un ancien réservoir d'eau.

En principe, pour éviter les dégâts des eaux, toute canalisation est interdite dans les magasins : si elles ne peuvent être évitées pour des raisons techniques impérieuses, toutes les précautions doivent être prises pour éviter les dommages aux collections.

La capacité des magasins est calculée en mètres linéaires (ml) : selon les prescriptions du Service interministériel des archives de France qui adapte en France les normes internationales, un magasin peut accueillir jusqu'à de rayonnages fixes ou en rayonnages mobiles. La taille d'un magasin ne peut ainsi dépasser , avec une résistance au sol allant de à par m selon qu'il s'agit de rayonnages fixes ou mobiles.

Afin de diminuer les risques d'incendie ou d'infestation, les rayonnages doivent être composés en matériaux ignifugés, tel que le métal. Leur hauteur maximale est fixée à , ce qui impose une hauteur sous plafond, pour les bâtiments neufs, de afin de garantir la circulation d'air. Les rayonnages ne doivent pas non plus être appuyés contre le mur, ce qui permet de lutter contre l'humidité, la chaleur ou la montée éventuelle de termites.

Pour éviter que les rayonnages ne fléchissent ou se déforment, la longueur maximale des épis est de , la largeur des tablettes étant adaptée à la nature des documents. Les allées, enfin, doivent permettre le passage et la manœuvre des chariots et mesurent entre et selon qu'il s'agit d'allées principales ou de circulation entre les épis.

Les différents locaux Les bâtiments des services publics d'archives sont divisés en plusieurs zones : les locaux de traitement et de conservation des documents, les locaux réservés au personnel et les locaux ouverts au public.