Siegfried Bernfeld, né le , à Lemberg, royaume de Galicie et de Lodomérie, et mort le , à San Francisco, est un pédagogue et un psychanalyste autrichien. Il est notamment un pionnier de l'éducation nouvelle.
Biographie
Famille et jeunesse Bernfeld est né le , à Lemberg, en royaume de Galicie et de Lodomérie dans l'Autriche-Hongrie. Il est l’aîné des trois enfants issus du mariage d'Ermine Schwarzwald avec Isidor Bernfeld, un grossiste en tissus d'ascendance juive.
Bernfeld a une sœur, Lilly et un frère Manfred (qui meurt au camp de Theresienstadt ; une partie de la famille de Bernfeld disparaît à Auschwitz).
Il grandit à Vienne où il achève ses études secondaires à l'été 1911. À l'exception d'un semestre passé à Fribourg en 1914 (où il s'agrège au groupe formé autour de Walter Benjamin), il fait toutes ses études universitaires, de 1911 à 1915, à Vienne : il étudie d'abord la biologie, la zoologie et la géologie mais déjà aussi la pédagogie, autour de laquelle il choisit en 1913 d'axer ses études. Il étudie également la philosophie, la psychologie et la sociologieIngrid Lohmann, Siegfried Bernfeld: Sisiphos oder die grenzen der Erziehung. Der geheime Zweifel der Pädagogik In: Klaus-Peter Horn, Christian Ritzi (Hrsg.): Klassiker und Außenseiter. Pädagogische Veröffentlichungen des 20. Jahrhunderts. Schneider Verlag Hohengehren 2001, S. 51-63 http://www.epb.uni-hamburg.de/erzwiss/lohmann/Publik/Bernfeld.pdf.
Pendant ses études il prend part à des mouvements socialistes et sionistes alors en pleine ébullition.
Carrière En 1910, encore lycéen, Bernfeld commence à s'intéresser vraiment à la psychanalyse dont il avait déjà pris connaissance en 1907 : il analyse ses rêves et ses fantasmes et cherche à lire ce qui s'écrit sur le sujet.
Porté par ses convictions socialistes, dans une période troublée marquée par la guerre, la chute de l'empire, le moment dit "Vienne la Rouge", l'avènement de la République de Weimar, l'austrofascisme et la montée du nazisme, il a cherché à articuler socialisme et psychanalyse. Pour cette raison il est considéré comme un des initiateurs de la mouvance regroupée sous le nom de freudomarxisme. C'est aussi un pionnier de l’Éducation nouvelle. Après son immigration aux États-Unis, il joue un rôle déterminant dans la création de la Société de psychanalyse de San Francisco et se démarque par son attachement à la possibilité de l'analyse profane.
En 1912 il publie son premier article dans l'International Journal of Psychoanalysis.
En 1913 il devient membre de la Société psychanalytique de VienneSiegfried Bernfeld Papers, A Finding Aid to the Collection in the Library of Congress, Prepared by C. Langston Craig. http://lcweb2.loc.gov/service/mss/eadxmlmss/eadpdfmss/2013/ms013043.pdf. En 1913, il est membre invité de la Société psychologique du Mercredi.
Entre et il est avec Georg Gretor alias Georges Barbizon, co-rédacteur de Der Anfang, Zeitschrift der Jugend, sous la responsabilité de Gustav Wyneken, théologien et célèbre réformateur qui avait fondé une communauté d'éducation libre à Wickersdorf ; la revue, qui fait scandale à l'époque, et à laquelle contribue également Walter Benjamin (alias Ardor), cesse de paraître à la déclaration de guerreMarino Pulliero, La modernité explosive : la revue Die Tat dans les renouveau religieux, culturels et politiques de l'Allemagne d'avant 1914-1918, Labor et Fides, 2008Kerstin Hausbei, Alain Lattard, identité(s) multiple(s), Presses Sorbonne nouvelle, 2008. En 1914, il publie Die Neue Jugend und die Frauen.
Le il épouse Anna Salomon à Vienne, sous la loi mosaïque. Ils se sont connus à Munich à l'été 1913 et ont passé ensemble un semestre à Freibergen en 1914. Ils auront ensemble deux filles Rosemarie, née le 24/06/1915 et Ruth née le 08/04/1919. Tout comme son frère Fritz, Anna, qu'on appelait Anne, a fréquenté, mais brièvement, l'école de Wickersdorf (elle en fut retirée par son père, le Max Salomon qui était en conflit avec Wyneken ; ce conflit, médiatisé, prit une dimension publique). Les filles d'Anna et de Siegfried, Rosemarie et Ruth fréquenteront aussi cette école. Anna poursuit ses études de médecine et obtient son diplôme à Vienne le Peter Dudek, "Versuchsacker für eine neue Jugend": die Freie Schulgemeinde Wickersdorf 1906 - 1945, Julius Klinkhardt, 2009. Anna a aussi un engagement socialiste et sioniste.
Mobilisé pendant la première guerre mondiale, dès 1914, comme traducteur, il est affecté la plupart du temps à Vienne où il peut poursuivre ses études. Enrôlé dans les "Landsturmdienst" en , il est exempté de service actif, à cause d'un catarrhe pulmonaire, jusqu'en , date à laquelle il est définitivement rendu à la vie civileHeinz-Elmar Tenorth, Klassiker der Pädagogik 2: Von John Dewey bis Paulo Freire, Volume 2, C.H.Beck, 2011. Il change d'ailleurs d'orientation, abandonnant la biologie pour la pédagogie et la psychologie. En 1915 il obtient son doctorat en biologie et en psychologie à l'université de Vienne ; sous la conduite d'Alois Höfler il soutient sa thèse intitulée Uber den Begriff der Jugend. Le de la même année, il devient membre invité de la Société psychanalytique de Vienne (il en devient membre à part entière en 1919). Après l'obtention de son doctorat il est de nouveau mobilisé pour être affecté en divers lieux, notamment en Turquie.
Pendant l'épisode révolutionnaire de 1918, il crée les forces d'autodéfenses juives dont il assure le commandementPréface de Peter Paret à Siegfried Bernfeld, Sisyphus: Or, The Limits of Education, University of California Press, 1 janv. 1973.Il crée cette milice d'autodéfense juive, ultérieurement intégrée aux forces de l'ordre municipales, avec Isidor SchalitGilbert Ravy, Paul Pasteur, Christine Mondon, À la recherche de l'austriacité: mélanges offerts à Gilbert Ravy, Publication Univ Rouen Havre, 2003.
Freud le considère comme son élève le plus doué..
Le , il inaugure le Kinderheim Baumgarten/ Kinderheim für Kriegswaisen, qui ne fonctionnera que pendant six mois. Initiée en , l'expérience pédagogique s'achève en Heiner Hirblinger, Einführung in die psychoanalytische Pädagogik der Schule, Königshausen & Neumann, 2001.
En , surmené, il doit séjourner quelques mois dans un sanatorium à Heidelberg, où, à partir d’août, il assure le secrétariat de Martin Buber avec lequel il collabore à la rédaction du journal Der Jude.Il regagne Vienne au milieu de l'année 1921.
En 1922 il commence à exercer comme psychanalyste en libéral à Vienne, sous la supervision de Freud (Bernfeld avait obtenu de Freud, que, dans son cas du moins, une analyse didactique n'était pas un prérequis) ; Bernfeld commence également à enseigner à l'Institut psychanalytique de Vienne.
En 1924 il devient secrétaire de la Société psychanalytique de Vienne. Il met sur pied un comité (Propaganda-Komitee) qui organise une campagne de publicité sur VienneElizabeth Ann Danto, Freud's Free Clinics: Psychoanalysis & Social Justice, 1918-1938, Columbia University Press, .
À la création de l'institut de formation de la Société psychanalytique de Vienne en 1925, Bernfeld en devient le vice-directeur, (la direction est assurée par Hélène Deutsch et le secrétariat par Anna Freud).
En 1925, il publie Psychologie des Säuglings, traduit en anglais sous le titre The Psychology of the Infant en 1929. La même année il publie Sisyphos oder Die Grenzen der Erziehung (traduit en anglais en 1973).
Il divorce d'Anne Salomon, notamment du fait de désaccords politiques. Celle-ci émigre en URSS, laissant à Bernfeld la garde de leurs deux enfants. Bernfeld se remarie en 1930 avec l'actrice Elisabeth Liesl Neumann, une élève d'Erwin Piscator, qui partage sa vie depuis 1925Peter Weibel, Beyond Art: A Third Culture: A comparative Study in Cultures, Art and Sciences in 20th Century Austria and Hungary, Springer, . Elle est la tante d'Edith Kramer, future pionnière de l'Art-thérapie, qui reconnut l'influence de BernfeldMelvin E. Miller, Susanne R. Cook-Greuter, Creativity, Spirituality and Transcendence: Paths to Integrity and Wisdom in the Mature Self, Greenwood Publishing Group, 2000.
De 1925 à 1932 il assure des formations à l’Institut psychanalytique de Berlin. En parallèle, il suit une analyse personnelle avec Hanns Sachs de 1930 à 1932 (ce sera là son unique analyse). En 1932 il divorce d'avec sa seconde femme Liesl Neumann (celle-ci se remariera avec Berthold Viertel). De 1932 à 1934, il est analyste didactique et conférencier à Berlin. À cette époque, dans un effort d'ancrer la psychanalyse aux sciences physiques, il tente, brièvement et vainement de mesurer la libido avec le physicien Sergei Feitelberg. La publication en 1930 de Énergie und Trieb témoigne de cette "libidométrie", une tentative d'objectivation partagée par d'autres à l'époqueConférence de l'American Psychoanalytic Association, Forgotten Analysts and their Legacy: Siegfried Bernfeld, San Francisco, June 08, 2011 Contribution de Daniel Benveniste, Siegfried Bernfeld and the Spirit of Psychoanalysis http://internationalpsychoanalysis.net/wp-content/uploads/2013/01/BernfeldandSpiritofP-A-APsaA201.pdf. Pendant cette période berlinoise il s'intéresse à la gestalt Psychologie avec Kurt Lewin, et étudie la "Jugenfürsorge" à la Deutschen Hochschule für Politik ; il adhère au Bund Entschiedener Schulreformer et entre dans une controverse avec Wilhelm Reich.
En 1932, au moment de la prise du pouvoir par Hitler, il regagne Vienne. Là, avec Anna Freud, August Aichhorn et Willi Hoffer, il anime un groupe d'étude sur la pédagogie psychanalytique qui dispense des formations à l'intention d'instituteurs et de travailleurs sociaux.Ils collaborent également au Zeitschrift für Psychoanalytische Pädagogik (fondée en 1926 par les Suisses Heinrich Meng et Ernst Schneider cette publication se relocalisant à Vienne sera ultérieurement dirigée par Hoffer)Elisabeth Young-Bruehl, Anna Freud, Payot, 1991 Jean Claude Filloux, Psychanalyse et pédagogie, Revue française de pédagogie, , oct.-nov.dec. 1987, 69-102 . À Vienne, il prend part aux séminaires de Waissman et de Moritz Schlickhttp://thecjc.org/pdf/benveniste.pdf.
Vers 1934, il épouse Suzanne Aimée Cassirer Paret., (fille de Paul Cassirer, qui fait une analyse avec Freud en 1934 ; elle fut aussi analysée par Hanns Sachs ; elle pratique elle-même la psychanalyse et partage les travaux de son mariNicholas A. Cummings, The Essence of Psychotherapy: Reinventing the Art for the New Era of Data, Academic Press, .
Il émigre en France fin 1934 avec sa femme ses deux filles ainsi que les deux filles de sa femme. Ils s'établissent à Menton, où Ernest Jones possède une maison de vacancesChristian Niemeyer, Wolfgang Schröer, Lothar Böhnisch, Grundlinien historischer Sozialpädagogik: Traditionbezüge, Reflexionen und übergangene Sozialdiskurze, Beltz Juventa, ). Là, Bernfeld, qui ne reçoit que peu de patients, continue à étudier les relations entre la biologie et la théorie psychanalytique ; il fait une demande de visa pour les États-Unis via l'Angleterre. En 1935, à Paris, il rencontre René Spitz et fait la connaissance de René Laforgue ; avec sa famille, passant par AmsterdamElisabeth Roudinesco, Michel Plon, Dictionnaire de la psychanalyse, troisième édition, Fayard, , il quitte la France pour l'Angleterre où il reste de janvier à (Bernfeld exercera brièvement à Londres). Rudolph Ekstein situe le mariage de Suzanne Cassirer avec Bernfeld en France, à MentonEkstein in : Franz Alexander, Samuel Eisenstein, Martin Grotjahn, Psychoanalytic Pioneers, Transaction Publishers, .