Les pertes du Rhône étaient des gorges situées sur le cours du Rhône, en amont de Bellegarde-sur-Valserine et du confluent entre la Valserine et du Rhône. Elles sont submergées en 1948 par le lac de retenue du barrage de Génissiat. Le fleuve marque à cet endroit la limite entre l'Ain et la Haute-Savoie.
Contrairement à ce que pourrait penser leur nom, les pertes du Rhône ne constituent pas à proprement parler une perte, phénomène dont est par exemple affecté le Danube, mais sont un canyon en fente à la manière des pertes de la Valserine ou encore des gorges du Fier.
Géographie La nature des roches a donné au lit de ces cours d'eau une forme particulière, profonde de soixante mètres, dans laquelle le Rhône disparaissait pendant la saison sèche : ce site était appelé les « pertes du Rhône ».
Dans la littérature Dans ses Météorologiques (I-31), Aristote mentionne Cette tournure laisse penser qu'Aristote parle du Rhône mais Louis Bourgey estime en 1953 que le Rhône n'est cité que pour donner une comparaison de la taille d'un autre fleuve.
En 1665, le prêtre Sébastien Locatelli écrit dans son récit de voyage en FranceC'est l'estimation la plus grande de la longueur de la perte qui n'est ni cohérente avec les autres auteurs ni avec la géographie des lieux..
En 1631 Abraham Golnitz décrit le site dans une description de sa traversée du Bugey en 1630.
En 1779, Horace Bénédict de Saussure visite le site et décrit le fleuve disparaissant totalement par basses eaux dans un canal inférieur creusé par l'eau sous une dalle de roche plus résistante à l'érosion et située à une dizaine de mètres en dessous des rives du fleuve. Une fente assez étroite pour être franchie sépare cette dalle en deux parties dans le sens longitudinal. Il décrit le fleuve disparaissant totalement sur une longueur de 60 pas.
En 1808, Conrad Malte-Brun précise que la traversée du Rhône telle que décrite par De Saussure déjà difficile à cette époque est devenue impossible car les gouvernements français et piémontais se sont entendus pour faire sauter la dalle pour réduire la contrebande.
En 1812, Thomas Riboud étudie le site dans l'espoir de pouvoir le faire franchir par du bois flotté. Il décrit un site grandiose où le fleuve, contraint de passer sous les rochers, travaille à agrandir des galeries pour forcer le passage. Il explore à la période de basses eaux ces galeries autant qu'il lui est possible mais précise que le risque et l'impossibilité de faire du feu pour s'éclairer limitent grandement ce qu'il est possible d'explorer, sans même parler de la partie immergée.
Dans ses Impressions de voyage en Suisse, Alexandre Dumas décrit le site qu'il visite en se rendant à Genève :
Histoire En 1709, Louis Passerat de la Chapelle, chargé de défendre les passages de Gresin, de Lucey d'Arlod et de Malpertuis contre les Austro-Piémontais fait élargir à la mine la perte du Rhône pour en interdire le franchissement par la cavalerie qui, d'ailleurs, ne se présente pas.
Plus tard (vers 1800) les gouvernements français et piémontais se sont entendus pour faire sauter la dalle pour lutter contre la contrebande.
Les pertes sont un obstacle s'opposant au flottage du bois venant de Savoie et de Suisse et plusieurs projets sont proposés pour un canal de 3 à 4 mètres de large sur 150 à 200 mètres de longueur. On ne connait pas la réponse à la demande du mais elle n'a manifestement pas eu de suite. La demande du , beaucoup plus étayée et prévoyant même la rédaction d'un règlement du passage et la perception d'un péage sera refusée pour plusieurs raisons dont : les risques pour les ouvriers lors du creusement du canal. Le risque de la pente excessive d'un canal aux rives forcément irrégulières à cause de la configuration complexe du site favorisant les blocages de bois. Le risque de la difficulté de récupérer tous les bois issus du canal et de voir les bois échappés mettre en danger le pont de Seyssel. Le Rhône étant alors la frontière entre la France et le royaume de Sardaigne le projet demanderait aussi une concertation entre les deux États.
Il semble qu'en 1814 et 1826 des travaux ait été réalisés pour aménager les pertes pour le flottage. La tentative de 1814-1815 aboutit à un échec, les pièces de bois étant détruites lors du flottage les bénéfices ne couvrent pas les frais.
Les pertes du Rhône constituaient une importante attraction touristique au et au début du . Le site était équipé d’un barrage de petite dimension, le barrage des forces motrices, en amont immédiat de l’encaissement.
Utilisation de l'énergie
La télémécanique
Production électrique
Disparition Les pertes du Rhône sont submergées en 1948 quand le barrage de Génissiat est mis en eau au sud de Bellegarde. Le site est noyé par le réservoir de vingt-trois kilomètres de long qui s'étend entre Génissiat et la frontière suisse. Aujourd’hui, à la place du « gouffre » effrayant vu par Alexandre Dumas, il ne reste plus qu’un plan d’eau, qui ne retrouve une partie de sa violence qu'à l’occasion des opérations transfrontalières de gestion des sédiments du Rhône, lorsque le niveau d’eau dans les retenues de Verbois, Chancy-Pougny, Génissiat et Seyssel est abaissé afin d’évacuer une partie des sédiments qui remplissent les retenues. Cependant, le niveau d'eau ne descend jamais suffisamment pour que les pertes du Rhône redeviennent visibles.
Iconographie L'artiste Louis Bélanger a dessiné le lieu en 1798. Ses œuvres sont conservées aux musées royaux des Beaux-Arts de Belgique à Bruxelles.
Notes et références
Annexes
Bibliographie ancienne Alexandre Dumas visite le site sur le chemin qui le conduit en Suisse. La description des pertes du Rhône est publiée dans « Impressions de voyage en Suisse », 1833, p. 45. Théodore Virlet mentionne les pertes du Rhône dans sa brève monographie intitulée « Des cavernes, de leur origine et de leur mode de formation », publiée dans le Feuilleton de l'Observateur d'Avernes, 1836, p. 4. Eugène Renevier professeur de géologie et de paléontologie à l'Université de Lausanne, a publié, avec François Jules Pictet de La Rive, « Description des fossiles du terrain aptien de la Perte du Rhône et des environs de Sainte-Croix », 1854. Edgar Quinet cite les pertes du Rhône à la dernière page de son ouvrage « Philosophie de l’histoire de France », Bruxelles, 1855, p. 965.
Bibliographie moderne Edouard-Alfred Martel décrit le fonctionnement (avec un schéma) de la perte du Rhône dans son ouvrage « Notice sur les travaux scientifiques », Paris, 1911, . . . Articles connexes Barrage de Génissiat Bellegarde-sur-Valserine
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