Simon Wildsmith est un artiste plasticien (céramique, création graphique sur papier...) né à Londres le . Il vit et travaille en France, dans le Lot, à Savanac près de Cahors.
Parcours
Dès son adolescence, Simon Wildsmith étudie la poterie et les techniques de la céramique à la Croydon School of Art and Design à Londres. Il prend vite pour modèles professionnels des céramistes de génie comme Hans Coper, Lucie Rie ou Grayson Perry, plasticien et potier, couronné par le Turner Prize en 2003.
À la fin des années 1980, logiquement, Simon Wildsmith crée à Londres une entreprise de création de céramique tournée vers les arts de la table. Ses créations sont commercialisées dans des grands magasins prestigieux tels Conran Shop (Londres, Paris), Bergdorf Goodman (New York) ou la Royal Academy of Arts (Londres) . Il remet en pratique la technique du lustro, le lustrage, une méthode de décoration de la céramique mise au point, voilà près d'un demi millénaire, en 1518, à Gubbio, en Italie, par Giorgio Andreoli.
En 1994, Simon Wildsmith, s'installe en France, dans le Lot, à Savanac. Il travaille désormais sur papier. Il utilise la technique de l’impression à jets pigmentaires. Il produit ainsi à partir de fichiers informatiques qu'il "bidouille", selon son expression, des images qu'il produit comme œuvres originales signées, en séries limitées de 1, 3, 6 ou 10 exemplaires.
L'œuvre sur papier
Xavier Pierrée écrit: " Certaines œuvres de Simon Wildsmith sont comme des miroirs dans lesquels l'actualité du monde s'est brisée. Morceau par morceau, l'artiste refond les images d'un monde parfois effrayant. En créant ses images, il passe au scanner certains aspects de notre monde et nous permet de regarder à travers elles ce que nous sommes. ( ... ) On est fasciné par son art de recomposer une vision d'ensemble à partir de la répétition d'un détail.( ... )Il stigmatise nos folies les plus dérangeantes tout en nous prévenant, dans un message ultime, que l'amour est la seule sauvegarde intégrale de notre système. " Catalogue "Tu ne tueras point", pour l'Exposition Simon Wildsmith à La Chantrerie à Cahors du 12 au 30 juillet 2011
Jacques Bouzerand écrit: " Simon Wildsmith ne fixe pas de limites à sa liberté. Figuratives, symboliques, abstraites, ses créations - toujours pleines de signification, d'humour ou de profondeur- cherchent à lutter contre les intoxications qui menacent ou pervertissent l'humanité. " Catalogue Tu ne tueras point, pour l'Exposition Simon Wildsmith à La Chantrerie à Cahors du 12 au 30 juillet 2011
"Ses œuvres ont la particularité de permettre des lectures à plusieurs niveaux. D’emblée, ses grandes images intenses, colorées, nettes, vigoureuses, sont d’une expressivité évidente et d’un charme esthétique indiscutable… Il ne faut pas s’en tenir là, même si cela pouvait suffire au plaisir des yeux. Il faut aller plus loin. Déjouer les pièges de l’escamotage. Au second regard, les images dévoilent des trésors occultés…".
Blandine Dubois écrit : " « What’s your drug ? » interroge le tableau. C’est la question adressée au regardeur par The Big Bang, tableau explosif de Simon Wildsmith, qui concentre en son sein bon nombre de tropismes cher à l’artiste. L'œil est accroché et happé par ce tableau, explosion fulgurante de couleurs lumineuses, jaillissement de croix éclatées irradiant géométriquement aux quatre points cardinaux. Dans une version en cours d’élaboration, un bas-relief, il fige dans la porcelaine lustrée l’instant sublime où le shoot en fait voir de toutes les couleurs. Simon Wildsmith met juste en scène un flash, tout de séduction de la promesse d’un ailleurs. Il nous montre les illusions d’un monde meilleur injecté par des seringues dorées, plantées, bien ordonnées, dans les avant-bras de l’artiste reproduits et moulés dans la matière céramique. Cette volonté de s’inscrire corporellement dans son propre discours prouve l’engagement et la sincérité de l’artiste à dénoncer la folie du monde. Là est sa place, affirme-t-il, animé par une profonde nécessité de créer. Assurément. Par-delà la première lecture de ce bas-relief, où le motif de l’addiction apparait, symbolisé par la présence de ces seringues lustrées à l’or, métaphore évidente de la promesse d’un paradis terrestre et éphémère à portée de tous, Simon Wildsmith nous parle en fait de l’absence de profonde liberté humaine. Il nous raconte un monde se montrant sous son jour le plus séduisant, mais le plus illusoire, nous faisant croire que davantage de bonheur vite accessible est possible. Effectivement, nous dit-il, en chacun de nous est logée une addiction, même a priori saine.
Simon Wildsmith aime les histoires. Ses tableaux, accompagnés de titres polysémiques ou référentiels, sont toujours porteurs d’un récit, à la genèse le plus souvent invisible, faite de bribes d’épisodes personnels et intimes, ou de la réverbération de l’actualité. Ses peintures naissent de ces désirs de récits, de ses secrets déclencheurs de l’image, seuls connus de l’artiste ou de ceux à qui l’artiste, prolixe et amoureux des mises en scène, les a confiés. Bon nombre de ses tableaux sont des autoportraits ou des moments autobiographiques, tels le gracieux et sincère Éloge de la complexité, considération de l’artiste sur sa propre évolution, ou encore I played, I lost, peinture cristallisant une peine de cœur, où les yeux mêmes de l’artiste habitent ce crâne et fixent le regardeur. Cependant, sous couvert de confidences, Simon Wildsmith reste intelligemment secret car complexe. La profusion d’images s’entrecroisant qui composent ses tableaux, la précision recherchée de détails dessinés parfois visibles par lui seul, attestent de cette complexité. L’intérêt de cette intimité apparemment dévoilée est son écho à celle de tout un chacun. Cette intimité est universelle. Simon Wildsmith part toujours du ressenti et de l’analyse lucide de la condition de l’homme et des travers de la nature humaine, pétrie d’obsessions religieuse, politique ou économique et d’addictions.
Un ressenti, une impression, sont conceptualisés, mis en forme, donnés à voir et à dire. En effet, son processus de création est le plus souvent déclenché par un détail visuel, qui sera extrapolé, transposé, transformé, sublimé. Au commencement est un extrait du réel. Simon Wildsmith pratique l’emprunt, l’insertion et la distorsion d’images, l’esthétisation de détails, l’assemblage, la superposition de minces strates de motifs, et le dessin pictural. Son discours est théâtralisé. Il explore les capacités infinies de la composition en insérant même ses propres tableaux dans une nouvelle peinture, comme pour De retour de croisades. Ainsi la lecture de son œuvre s’apprécie à différents niveaux et s’enrichit en s’étirant dans le temps : l’œil et l’esprit, d’abord séduits par l’approche globale peuvent doucement être embarqués dans de véritables et minutieux voyages en focalisant sur chacun des détails. Ici, dans son tableau La Croissance, dont le titre confirme le goût des jeux de mots de l’artiste, une puce de carte de crédit, entendue comme symbole actuel de nos addictions consommatrices, et démultipliée par l’artiste, devient vanité dorée contemporaine. Là, The Beach, semblable à une aura vibratoire et solaire, est une vision agacée d’une plage cannoise en été, où l’homme s’agglutine sur le sable avec ses semblables, comme des mouches. Le détail des pattes de l’insecte s’entrecroisant et pixelisé par l’artiste se métamorphose avec délicatesse en corps de femme en bikini. My mother your daughter my girlfriend your wife est un suaire animé des regards de l’artiste sur les femmes, maternelles ou sensuelles, s’élargissant en une vision générale sur la féminité et la création biologique où Éros et Thanatos fusionnent. Tu ne tueras point, portrait de taureau très graphique, est une extrapolation époustouflante d’imagination et de lectures d’un écrit blanc, « Allah Akbar », peint à l’arrière d’une remorque marocaine rouge aux portes du Sahara. Chaque dessin composant le tableau est en effet un sample métamorphosé de ces mots peints « Dieu est grand » et une douce critique du pouvoir de la religion.
L’institution qui sacralise l’art n’est pas épargnée par la sensibilité de l’artiste, à l’instar de l’attitude dadaïste et de la formule de Picabia : « l’Art est partout, excepté chez les marchands d’Art, dans les temples de l’Art ». De ses nombreuses photos prises du sol gris, piétiné et inconsidéré de la dernière foire Art Basel, temple du marché de l’art contemporain, l’artiste nous fait voir des motifs et silhouettes, écritures, textures, se dégageant d’eux-mêmes de l’image. La méthode peut rappeler les peintures en sable d’André Masson qui cherchait la forme apparaissant et s’imposant au regard d’elle-même. Dans cette vaste série d’art du sol spontanée, car créée en temps limité (exercice fort apprécié de bon nombre de peintres numériques actuels) Simon Wildsmith cadre un détail, un objet, une ligne, une empreinte et l’extrait de ce contexte poussiéreux a priori insignifiant. Il ajoute une trame visuelle transparente ou un aplat coloré, démultiplie le motif. Le sol devient espace. Il part du vil, de l’anodin, met en œuvre son jeu de connexions libres, puis l’élève, transforme le plomb en or, souvent grâce à la figuration d’ailes s’envolant. Il décontextualise le motif pour le faire basculer dans le champ esthétique, dans celui de la réflexion et de la méditation. Ainsi dans Urinoir, dont le titre n’est pas sans rappeler Fontaine de Duchamp, un poil pubien échoué sur la céramique de toilettes à la foire de Bâle, démultiplié, proliféré, devient une chevelure enserrant un désodorisant métamorphosé lui aussi en cellule bicolore et anneau de Saturne, réflexion sur les créations fondamentales tant artistiques que biologiques. Ailleurs, des entailles et traces de craie sur le sol bâlois donne naissance à un effrayant tableau sur la perte de la liberté des élèves étouffée par l’autorité du système éducatif (La Rentrée ou Sacrifice d'un enfant à la sagesse). Les aspérités d'une plaque de voirie en fonte se transforment en étoiles lumineuses, clin d'œil à l'histoire intime du peintre. (La somme de mes amours). Alternance politique, recyclage des idées ou environnemental (Tableau réversible), cynisme des systèmes politico-financiers (Requins), tout objet de pensée peut prendre la forme d'une subtile composition.
Cet intérêt de Simon Wildsmith pour les détails et ces extractions du réel qu’il va extrapoler est à rapprocher de la pensée de la Renaissance ou des philosophies orientales et du système analogique entre microcosme et macrocosme. L’un n’étant qu’une déclinaison de l’autre. Cette possibilité de correspondances entre le grand tout et les petites choses irrigue la réelle compréhension du processus de création de l’artiste. « Dans tout, il y a toujours une part de vérité. » nous dit-il.